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REVUE D'ACTU #48 : Ghost, Cailleach Calling, Meshuggah, Hällas, Sakis Tolis...

vendredi 28 janvier 2022
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

L'année 2022 vient à peine de débuter. Pourtant, on ne sait déjà plus où donner de la tête, entre les premières grosses sorties déjà parues, celles annoncées et les autres qui sont encore dans les tiroirs. Pour clore ce mois de janvier en beauté, l'équipe Horns Up a fouillé dans les tréfonds de l'actualité pour vous trouver les perles qui ont retenu toute notre attention. Du Death/Black martial de Kanonenfieber au nouveau Meshuggah, en passant par Matt Heafy faisant du Black Metal. Bienvenue dans cette 48ème Revue d'actu.   

MWWB

S.A.D.E : Alors que le groupe tournait à pratiquement une sortie par an depuis sa formation en 2015, MWWB (anciennement Mammoth Weed Wizard Bastard) nous a fait patienter depuis 2019 pour The Harvest, son quatrième album. Et à l'écoute du premier extrait, le titre éponyme, on se dit que cette maturation plus longue n'a pas été vaine. Le quintet gallois propose avec ce titre un son plus lourd et épais, avec un riffing bien baveux sur les couplets. Les arrangements psychédéliques sont toujours présents et me semblent mieux insérés dans le mix qu'il ne l'étaient auparavant. Et enfin, le chant me paraît également plus intéressant : la voix de Jessica Ball se fait plus habitée, plus présente d'une certaine manière, tout en gardant un côté vaporeux déjà présent sur les sorties précédentes. Et une dernière petite remarque pour la route, le changement dans l'artwork : exit les formes géométriques sur fonds cosmiques, place à quelque chose de plus... futuriste et étrange, difficile de trancher sur ce cyborg forestier à la fois inquiétant et bizarre.
The Harvest sort le 25 mars chez New Heavy Sounds.

 

Kanonenfieber

Matthias : En octobre dernier, j'avais été fort agréablement surpris d'apprendre que Kanonenfieber, alors un one-man band débarqué par surprise plus tôt dans l'année, allait évoluer vers une formation complète et s'essayer aux concerts live. Il faut dire que l'époque semble propice aux groupes de Black Metal sous PTSD qui hurlent l'horreur absolue que fut la Grande Guerre, mais Kanonenfieber a su sortir des rangs avec quelques nuances tirant vers le Metalcore et qui ne desservent en rien le propos, bien au contraire.

Fort de ce bon accueil critique, Kanonenfieber repart déjà à l'assaut sur un nouveau front avec "The Yankee Division March", nouveau morceau issu d'un futur EP intitulé Yankee Division dont la date de sortie n'a pas encore été révélée, et qui évoquera, on pouvait s'en douter, l'implication des États-Unis dans le premier conflit mondial à partir de 1917. Le morceau en question ne surprendra pas le vétéran des tranchées, avec son intro issue d'un air patriotique d'époque imbibé d'optimisme américain avant la découverte de la guerre totale. Alors que le clip sorti pour l'occasion confirme que le groupe se produira bien en live dans une esthétique qui rappelle à la fois Mgłaet 1914, on remarque quand même que Noise, commandant supprême de cette coalition de circonstance, préfère continuer à chanter en Allemand, ce qui surprend quelque peu sur un morceau consacré aux doughboys. Mais c'est largement compensé par la présence de Trevor Strnad de The Black Dahlia Murder en guise de renfort surprise, ce qui d'ailleurs accentue l'influence Deathcore/Metalcore déjà présente. Bref, une belle surprise qui me rend d'autant plus impatient de découvrir ce que vaut Kanonenfieber en première ligne.

Notre chronique du premier album de Kanonenfieber ici.

 

Sakis Tolis

Matthias : Le Grec blanchi sous le harnois revient lui aussi sans prévenir avec "Among the fires of Hell", morceau inédit issu d'un album solo éponyme qui devrait sortir dans l'année et regrouper des compositions issues du travail de Sakis Tolis durant les périodes de confinement. Une bonne idée, d'autant que le Grec a une réputation de stakhanoviste dès qu'il s'ennuie un peu, que ce soit pour Rotting Christ ou pour Thou Art Lord. Il faut dire aussi que Sakis aura 50 ans en 2022, c'est donc sans doute aussi l'occasion de marquer le coup et de sortir une oeuvre qui correspond mieux à la personne qu'il est maintenant. C'était d'ailleurs une démarche assez présente dans les dernières sorties de son groupe le plus connu.

Quant au morceau, on y retrouve la patte de Sakis, avec un usage de mélodies mid-tempo qui ne relèvent plus vraiment d'un style extrême, sa voix rauque et une très jolie envolée aérienne en guise de solo. Le résultat rappelle un peu le dernier album de Rotting Christ, The Heretics, avec toutefois une dimension moins épique, plus personnelle, qui n'est pas pour me déplaire ; un morceau apaisant de la part d'un artiste qui n'a plus rien a prouver.

 

Ibaraki 

Malice : Voilà un petit temps qu'on sait Matthew Heafy, frontman de Trivium, grand amateur de black metal et qu'un projet dans le style est dans les cartons. Ca fait même presque 10 ans qu'il en parle, à vrai dire, mais la dimension prise par Trivium depuis In Waves n'a certainement pas aidé Heafy à avancer. Qu'à cela ne tienne, l'heure est enfin venue, la pandémie ayant visiblement amené un véritable bouillonnement d'idées chez le natif d'Iwakuni, au Japon. Après l'un des meilleurs albums de sa carrière (In the Court of the Dragon) l'année passée, voici Ibaraki, qui met à l'honneur cette culture nippone chère à Heafy et révèle son premier single "Tamashii no Houkai".

Côté black metal, on est plutôt proche de ce que peut proposer en solo un Ihsahn (justement en featuring sur ce titre, et dont on sait que le travail est primordial dans le développement de Matt) que dans quelque chose de "raw" ou même véritablement extrême ; oui, ça tremolo-pick, ça blaste, mais le chant légèrement plus saturé n'en reste pas moins clairement signé Heafy. On regrette aussi ce chant clair très présent, assez entêtant et comme toujours réussi, mais qui empêche au final un peu d'entrer dans l'univers qui se veut pourtant si différent qu'essaie de proposer son auteur. La qualité de compo, elle, est bien présente. À voir. Leffe Leffe, pour tout l'Ibaraki

 

Cailleach Calling

S.A.D.E : Formé au printemps 2021 par Tony Thomas et Chelsea Murphy (déjà comparses dans Dawn of Ouroboros) et rejoint par Yurii Kononov (ex- White Ward), Cailleach Calling sortira Dreams of Fragmentation, son premier album, le 11 mars prochain chez Debemur Morti. Dans une veine Black metal moderne, aux entournures progressives et atmospheriques, le premier titre dévoilé, Bound By Neon, donne déjà à entendre une approche assez personnelle du genre. La guitare tremolo picking sur les parties agressives est très souvent soutenue par des claviers, en nappes ou en cascades, et surtout elle développe une saturation particulière, une sorte de saturation claire si vous m'autorisez l'oxymore. Quand aux passages plus atmosphériques et progressifs, ils offrent des respirations intéressantes, mais loin des méditations sur la nature vierge et la solitude champêtre : Cailleach Calling nous parle du spleen urbain et de la solitude dans l'effervescence. A la fois beau, hargneux et minutieusement arrangé et travaillé, le Black metal de Cailleach Calling promet de belles choses

 

Meshuggah

ZSK : Une poignée de jours après l’annonce de la sortie de son nouvel album Immutable, Meshuggah ne perd pas trop de temps et nous propose un premier extrait, "The Abysmal Eye". Meshuggah ne va pas surprendre pour l’instant mais il est toujours là, avec son style si particulier, le Math-Metal d’origine, le vrai. On se situe donc dans la stricte lignée de The Violent Sleep Of Reason. Depuis Koloss, Meshuggah fait parfois du « lent », et il y en avait encore de franches traces dans The Violent Sleep Of Reason. Pour ce premier jet issu de Immutable, on penche plutôt vers une vitesse moyenne à rapide, même si la lourdeur issue des deux précédents albums est bien là. Jens Kidman semble un peu reprendre de la voix, ce qui est une bonne nouvelle, même s’il est encore dans un registre assez dégueulé/traînard. Mais c’est du pur Meshuggah est c’est tout ce qu’on demandait, surtout qu’il y a de l’inspiration, marquée par des leads assez savoureux, ainsi qu’un solo de Thordendal tout à fait sensationnel. Bref, c’est du bon, même si ça prêchera aux convertis avant tout. Rendez-vous le 1er avril, et ça ne sera probablement pas une mauvaise blague.

 

Annihilator 

Malice : L'info est toute fraîche, et elle est un peu surprenante : le frontman d'Annihilator, Jeff Waters, qui avait repris le micro en 2015 un peu contraint et forcé suite au départ de Dave Padden, vocaliste depuis 2003, a annoncé qu'il allait à nouveau se concentrer sur la guitare (où il excelle). On ne peut pas dire que le chant ait été le point fort d'Annihilator tout au long de la carrière du groupe, et Waters était probablement le pire du lot. Mais surtout, il est remplacé par un sacré nom : Stu Block, qui avait quitté son poste de vocaliste d'Iced Earth depuis la participation de Jon Schäffer aux émeutes du Capitole, de triste mémoire. 

Block est un surdoué du micro, qui avait eu un peu de mal à s'émanciper du "moule" formé par ses prédécesseurs chez Iced Earth, où le costume était difficile à remplir - il s'en était cependant sorti avec les honneurs, amenant progressivement sa patte. Chez un Annihilator en nette perte de vitesse, il pourrait bien être le sang neuf qui manque au groupe pour sortir un premier album vraiment intéressant depuis, au bas mot, Feast. Et pour ceux qui se demandent ce que pourra donner la versatilité vocale de Block au micro, un titre avait déjà été révélé il y a quelques mois avec le garçon en "guest", pour un résultat ... très Phil Anselmo-esque. 

 

Arð

Malice : Il y a deux mois, Prophecy Productions et Mark Deeks (claviériste de Winterfylleth) présentaient Arð, projet de "doom monastique" très influencé par la musique chorale, grégorienne mais aussi par le folk britannique qui peut parfois imprégner la musique de Winterfylleth. Soyons clairs, je l'ai déjà fait savoir en live report, je trouve qu'on parle là d'un des groupes les plus chiants de toute la scène (et le black atmosphérique en regorge), mais c'est justement cette identité éthérée et "anglaise" que j'ai toujours assez appréciée. Pas question de black ici, vraiment d'une espèce de doom très mélodique et solennel, dont le dernier single et morceau-titre de l'album, "Take up my Bones", expose une facette franchement intéressante. Je suis dubitatif sur l'intérêt d'un album entier, mais Arð a mon attention. 

 

Deficiency

ZSK : C’était promis depuis des mois, le voilà ! Le premier grand aperçu du prochain album des mosellans de Deficiency. Avec un clip à couleur très locale, qui a été tourné au parc minier de Petite-Rosselle. Pour un album, Warenta, qui sera justement ancré autour de ce concept. Pour le reste, nous avons donc toujours le droit au style particulier du groupe, un Thrash aux multiples influences mais qui reste dans un registre très mélodique et relativement moderne. La production semble d’ailleurs revenir au son plus fat de The Prodigal Child après un The Dawn Of Consciousness plus traditionnel. Le chaînon manquant sera peut-être là, pour l’heure nous avons toujours le droit à ce Thrash efficace et entraînant à souhait. Le chant de Laurent se pare d’ailleurs de pas mal de variations. C’est toujours aussi frais et sympathique, et Deficiency reste l’autre « fierté de la Lorraine » avec Fractal Universe. Le reste de Warenta se découvrira le 11 mars prochain, via le label du groupe, Metal East Productions. A suivre !

 

Hällas

Circé : Hällas m'avait conquise deux fois d'affilée avec Exerpts from future past et Conundrum, deux petits bijous de hard rock singulier, aux accents retro et prog à souhait. Alors qu'on attend encore, covid oblige, la tournée de Conundrum sorti début 2020, nos valeureux troubadours reprennent les armes pour un troisième album (ou quatrième en comptant l'EP des débuts). Intitulé Isle of Wisdom, il sortira le 8 avril 2022 et comporte djéà un artwork (moins évocateur que les précédents, malheureusement) ainsi que deux titres dévoilés. C'est un peu du 50/50 pour l'instant, avec un premier titre, "Earl's Theme" très tranquille et linéaire, ponctué heureusement par quelques petites incursions au synthé. Comme toujours, c'est propre et bien composé, mais il manque quelque chose. On est ni sur un tube à la "Carry On" ni sur un voyage prog à la "Fading Hero", pour citer des morceaux de l'album précédent. Un entre deux un peu fade malheureusement, qui marquera sûrement une pause dans l'album. “Stygian Dephts”, en revanche, offre tout ce qu'on attend du groupe et plus : un chant inspiré et versatile, une vraie progression dans la composition, des mélodies entêtantes très prog 70s, solos, envolées lyriques... Ces deux titres continueront sûrement d'éloigner du groupe les détracteurs de Conundrum pour l'absence de tonalités plus heavy, mais pour les autres, Hällas semble toujours être capable de délivrer une formule qui marche.

 

Ghost

Di Sab :Prequelle et en particulier sa doublette "Danse Macabre" / "Rats" a permis à Ghost de franchir encore un palier en termes de popularité. Zénith de Paris / Halle Tony Garnier blindés, show ultra carrés, pour la première fois, Ghost assumait son statut de tête d’affiche auquel on le destinait depuis 2012. Malheureusement, Prequelle allait un peu trop loin dans le préfabriqué. Exit la dimension baveuse et gloomy qu’on retrouvait jusqu’à Meliora. Tout était surproduit, surmaquillé et les ambiances morbides étaient lisses et belles comme des gisants de marbre là où, à mon sens, le charme de Ghost résidait dans sa dimension « train fantôme »

C’est donc très agréablement surpris que je me suis retrouvé à réellement apprécier le premier extrait d’Impera, l’album à venir. "Call me Little Sunshine" est beaucoup moins prévisible que les titres du précédent album. Le riff principal rappelle le meilleur de Meliora (entre "Circe "et "He Is") et bien que le groupe verse encore un peu trop dans le rock de stade le titre est suffisamment catchy pour s’intégrer aux setlist futures mais suffisamment bien écrit pour passer la barre des deux écoutes sans le trouver ennuyeux à mourir. L’attente de la date parisienne avec Uncle Acid et Twin Temple n’en est que plus longue.

 

Amorphis

Varulven : J’avais quitté Amorphis sur un Queen of Time en demi teinte. Les Finlandais avaient, le temps d’un album, perdu l’éclat et la créativité retrouvée sur Under The Red Cloud, pour rester campés sur leur position de groupe routinier dans sa création artistique. Heureusement, la sortie à venir de Halo va peut-être changer la donne. C’est ce que laisse en tout cas présager les deux premiers extraits de ce quatorzième album. Si l’on reste globalement dans quelque chose de très calibré et conforme à ce que fait Amorphis depuis 15 ans, on constate de suite que l’aura traditionnelle et progressive d’Elegy ou UTRC fait à nouveau briller les compositions du groupe. Si « The Moon » s’incrit dans la veine des singles les plus catchy et frais proposés par Amorphis, « On The Dark Waters » revient quand à lui vers les explorations sinueuses que l’on retrouve déjà sur les albums pré cités. De quoi espérer un album accessible et travaillé à la fois. Comme ils savent si bien le faire depuis tout ce temps.