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mardi 5 octobre 2021

Amenra (acoustique) + Brieg Guerveno + The Devil's Trade

L'Etage - Rennes

Dolorès

Non.

J'attendais cet automne avec impatience : les feuilles roussies, les potirons, le grand retour des concerts Garmonbozia. A cette date, était initialement prévue une date électrique du grand Amenra, mais c'est finalement une date acoustique qui est proposée en attendant un retour en avril. Si beaucoup ont hésité à venir par peur de ne pas adhérer, c'est plutôt ce qui m'a motivée à venir. J'ai vu un paquet de fois Amenra. A chaque fois, c'était une claque et je pense que j'avais bien besoin d'enfin voir ce que ça donnait en set acoustique pour renouveler l'affection que je leur porte.

 

The Devil's Trade

Si on transposait les films en noir et blanc dépressifs des pays de l'Est en musique, ça donnerait ce que nous offre Dávid Makó avec The Devil's Trade.

Format assis pour l'Etage ce soir-là, la salle est bien remplie, le son est excellent. Résonnent la guitare (ou le banjo) et un chant aussi intimiste que maîtrisé. Je n'avais pas spécialement accroché, notamment au timbre de sa voix que je trouvais trop mis en avant, après une petite écoute sur bandcamp. En live, le personnage devant nous apporte beaucoup à sa propre musique doom/dark folk. Sa musique sonne finalement beaucoup plus directe et moins rock sur scène, via une guitare folk à l'écho très prononcé. Il y a un feeling très introspectif qui plane sur le set. Entre les titres, il nous donne quelques informations sur ses inspirations et les thématiques qu'il aborde, dans une voix douce et grave, aussi mélancolique que confiante. Il dégage une grande sincérité et il crée une telle empathie du public envers lui ! On a presque envie de lui tapoter l'épaule en lui disant « ça va aller » lorsque défilent les titres...

En tout cas, le rôle d'ouverture est bien assumé et le ton est donné : on va clairement passer une soirée peu joyeuse.

Brieg Guerveno


Finalement, l'entre-deux breton atténue un peu le niveau de dépression général. J'étais très curieuse de voir cela en live, car j'avais vu passer son nom dans la programmation du Château de Nantes il y a quelques temps, au détour d'une description de son art qui m'avait bien accrochée. J'en attendais finalement quelque chose de plus planant et plus sombre, là où aujourd'hui le duo chant/guitare et violoncelle crée une ambiance bien moins lugubre que les deux autres projets à l'affiche.

Rien n'y fait, son timbre de voix ne m'interpelle pas plus que ça et c'est surtout la violoncelliste, Bahia el Bacha, qui m'hypnotise par son jeu et ses parties incroyables. Je crois que je serais très curieuse de voir Brieg Guerveno en format « groupe », car ça manquait toujours d'un petit quelque chose en plus (percussion, plus de choeurs ?). A revoir peut-être, aussi, dans un autre contexte car je pense que le public n'était pas forcément dans des conditions très réceptives vu la tête d'affiche.

Amenra


Bon. Je ne suis pas forcément très familière de leur album acoustique ou des morceaux récents qu'ils ont l'habitude d'arranger dans cette formule. La découverte live fut sublime et cela valait bien un aller-retour Nantes-Rennes dans la soirée.

Pourtant, les premiers morceaux m'ont déstabilisée. « Plus près de toi » est l'un des titres les plus émouvants du groupe, mais il se mêlait alors en moi une impression d'un manque de puissance (attendue, inconsciemment, car bien connue) et un feeling émotionnel assez présent vu le morceau en question. Finalement, l'attente d'une explosion électrique finit par s'estomper et il n'est pas difficile de rentrer pleinement dans les arrangements acoustiques : un chant clair tremblotant et bouleversant, des guitares acoustiques qui se répondent, une basse très présente et rassurante, une batterie qui sait trouver sa place et disparaître. Une violoniste (alto ?) les rejoint pour amener une vibration nouvelle.
 


On est constamment dans le domaine du subtil, de la lente ascension rampante où scintillent quelques lumières tamisées. La simplicité des compositions, qui ne gardent que l'essentiel, fait écho à la sobriété de l'espace scénique. Les six sont assis en cercle, formant un noyau auquel on assiste vraiment de l'extérieur. Presque aucun regard pour le public, certains nous font dos. Chacun a sa petite light blanche au dessus de sa tête, si bien que certaines s'éteignent pour mettre en lumière les duos et les trios qui prennent place au sein du set. Il arrive que Colin chante simplement accompagné de l'un des guitaristes, parfois rejoint par les frottements du violon.

Ce chant nu, clair, qui tend à s'éloigner de l'anglais pour se rapprocher du flamand natal, n'est pas un paramètre étranger à cette touche un peu plus intimiste que propose Amenra en acoustique. Le point culminant du set était d'ailleurs, pour moi, l'enchaînement de « De Evenmens » et « A Solitary Reign » : le premier, mettant admirablement en valeur cette langue sur le dernier album, le second étant l'un des plus beaux titres composés par le groupe.

Je pensais qu'ils finiraient par « Aorte », qui reste le titre qui m'a fait plonger dans la sphère Ra à l'époque et malheureusement, ce sera le grand absent de ces (quand même) 1h15 de concert. C'est finalement ce qui donne envie de revoir le groupe en concert acoustique une prochaine fois. Je ne reste pas sur une impression d'expérience aboutie et complète.

23h45, les dernières notes sonnent, chacun quitte tour à tour son siège pendant que la lumière de chaque membre s'éteint. Alors que la scène est plongée dans le noir, le fond de scène qui jusqu'ici était décoré des projections abstraites ou sinistres typiques du groupe, laisse apparaître « La tristesse durera toujours. ». C'est dans le silence et la solennité qu'on réalise alors la claque qu'on vient de se prendre. Tout est dit.
 

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Un grand merci à Garmonbozia pour l'invitation,
aux groupes et au personnel de la salle, ainsi qu'à Tangui
pour son petit "pass spécial" qui me fait toujours bien sourire.

Crédits photos : Mathias Averty / Violent Motion