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Album

11/05/21 - ZSK

Harakiri For The Sky

Mære

LabelAOP Records
styleBlack Metal mélodique
formatAlbum
paysAutriche
sortiefévrier 2021
La note de
ZSK
7/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Cela va bientôt faire 5 ans que III: Trauma est sorti. Depuis, où en est Harakiri For The Sky ? En termes de réputation, d’avenir et tout simplement de qualité musicale ? Les avis sont disparates. Il y en aura pour vous expliquer qu’en fait, III: Trauma était surcoté depuis le début, que c’était mieux sur les deux premiers albums, même qu’en fait ça a jamais été bon, etc etc… Il y en d’autres qui suivent avec grand intérêt la carrière du groupe dès lors, et qui en extirpent les qualités mais aussi les défauts. On restait donc sur un Arson (2018) qui, s’il avait confirmé certaines dispositions de III: Trauma, était peut-être moins marquant, à cause déjà de la disparition de l’effet de surprise. Mais cet album plus homogène recelait d’excellents morceaux, et confirmait les qualités du duo quand il s’agit de s’adonner à de languissantes envolées mélodiques emplies de spleen. Harakiri For The Sky ne progressait pas vraiment, mais affinait son style qui s’extirpait d’un strict « Blackgaze » pour partir dans un registre de « Black » très mélodique, même si le travail des atmosphères entrevu sur III: Trauma laissait place à plus de simplicité pour plus d’efficacité. Il est maintenant de nouveau temps d’aller de l’avant, avec un cinquième album qui laisse beaucoup d’incertitudes en amont, dans ce délicat croisement entre envie de retourner aux sources, de rester sur une formule plutôt gagnante, ou de se renouveler voire carrément changer des choses. Harakiri For The Sky a choisi de ne pas trop s’embrouiller l’esprit, et de continuer le chemin tracé par Arson, lui-même déjà défriché par certains morceaux de III: Trauma. Mais des petites aspérités et particularités vont apparaître, davantage dans la forme que dans le fond, ce qui sera un peu surprenant en définitive. Et Mære de se poser bien vite comme un album qui va un peu diviser, pour diverses raisons. Même si au fond, on peut avant tout attendre de Harakiri For The Sky qu’il reste inspiré et continue à proposer de bonnes compositions et de belles mélodies. Qui croire ?

Mære sera un album loin d’être exempt de défauts, on va d’ailleurs évacuer ça bien vite, vous avez constaté la baisse de note entre Arson et cet opus de 2021, et ce n’est pas pour rien. Déjà, et c’est un constat que je fais curieusement pour pas mal de groupes ces dernières années, mais Harakiri For The Sky régresse ici dans la forme, même si la recherche d’un son plus organique est parfois volontaire. La production est plus rustre, les guitares plus terreuses, plus brouillonnes parfois, y compris au niveau des mélodies. C’est un constat que l’on faisait déjà un peu sur Arson par rapport à III: Trauma, et que l’on fait ici dès qu’on a entendu le premier single et morceau d’ouverture, "I, Pallbearer". Le mixage n’est pas un modèle d’équilibre, la batterie de Krimh est parfois trop en avant surtout lors des quelques blasts, et le chant de J.J. trop en retrait. Parlons-en du chant d’ailleurs, qui retrouve un ton un peu plus criard, sans pour autant revenir vers le chant typique de la période éponyme-Aokigahara. Est-ce que c’était voulu où est-ce que c’est tout simplement parce qu’il est plus faiblard ? Seuls les intéressés ont la réponse, mais le chant n’est clairement pas le point fort de Mære, même s’il est toujours porteur d’émotions. Quoi qu’il en soit, derrière, M.S. se lâche avec un album bien long. Voire même un peu trop, un peu beaucoup même. A tel point qu’avec la reprise de Placebo en bout de course, Mære dépasse les 80 minutes et a donc été pressé par défaut sur 2 CDs. Mais pourquoi s’emmerder à faire de Mære un double album alors que sans cette reprise anecdotique qui fait plus bonus qu’autre chose, l’album aurait tenu sur une seule galette ? C’est quand même un choix étrange. Ou alors, il aurait fallu raccourcir certains autres morceaux… Car Mære va vite être plombé par certaines longueurs. Le milieu de l’album souffre quand même de grosses rallonges, dès l’interminable "I’m All About the Dusk" qui dépasse 11 minutes sans justifier de la qualité d’un "Calling the Rain" ou d’un "The Graves We’ve Dug". Et les corrects mais pas inoubliables "Three Winters" et "Once Upon A Winter" finissent d'alourdir le truc ensuite. Bref… c’est mal engagé pour un Mære qui a, c’est sûr, le défaut de trop en faire sans forcément pondre des morceaux à la hauteur des pépites de III: Trauma et Arson. Mais pourtant et par ailleurs, le charme de Harakiri For The Sky va continuer à opérer.

Si "I, Pallbearer" est un opener suffisamment plaisant mais relativement anecdotique, l’excellent "Sing for the Damage We’ve Done" montre que Harakiri For The Sky en a quand même encore sous la semelle. M.S. demeure inspiré sur le plan mélodique, et est toujours capable de nous livrer de belles partitions tout autant que des moments vraiment magnifiques avec des envolées lumineuses. On retrouve donc quelques passages mélodiques incroyables, comme c’était le cas à l’époque de III: Trauma et même jusque dans les morceaux plus faibles et longuets de milieu de course ("Three Empty Words" par exemple). Mære ne retrouve pas l’homogénéité parfaite de Arson, mais continue à proposer des compositions qui sortent du lot. Le plus enlevé "Us Against December Skies" reste enivrant, et le plus enjoué "And Oceans Between Us" se pose comme le tube de ce Mære. "Silver Needle // Golden Dawn" nous abreuve encore de pures compos HFTSiennes, dommage que "Time Is A Ghost" ne parvienne pas à conclure l’album en fanfare, sans parler de la reprise de Placebo qui n’est pas mauvaise en soi mais… bref. Il y a donc toujours de quoi faire, et inutile de dire que si comme moi vous attendiez surtout de Harakiri For The Sky qu’il soit en verve au niveau des mélodies, Mære sera quand même un bon album. Mais il est clairement moins bon que Arson et, évidemment, que III: Trauma. Les vrais bons morceaux indispensables sont parcimonieux, la production est moins bonne, le chant s’essouffle, les longueurs sont rédhibitoires. Ce disque est donc mi-figue mi-raisin et autant dire que c’est tout de même un peu juste pour un groupe qui a pondu une masterclass comme III: Trauma. Ça passe encore pour cette fois car les beaux moments sont bien là, mais ça ne sera peut-être plus le cas la prochaine fois et il va falloir que Harakiri For The Sky se trouve un second souffle bien vite. Alors bien évidemment, ça donne du grain à moudre pour les détracteurs, qui placent maintenant le duo autrichien à la limite de la gêne metallique, ou qui au minimum baillent ostensiblement. Harakiri For The Sky ne fait plus l’unanimité, s’il l’a faite à un moment certes, il n’a plus l’aura qu’il avait il y a 5 ans, certes aussi, Mære n’est pas son meilleur album, certes encore, mais sur certains points les fans auront la dose qu’ils attendent. Quand aux autres, on peut dire qu’ils en auront mære…

 

Tracklist de Mære :

1. I, Pallbearer (7:06)
2. Sing for the Damage We've Done (8:05)
3. Us Against December Skies (8:21)
4. I'm All About the Dusk (11:09)
5. Three Empty Words (9:28)
6. Once Upon A Winter (10:27)
7. And Oceans Between Us (8:57)
8. Silver Needle // Golden Dawn (7:09)
9. Time Is A Ghost (8:33)
10. Song to Say Goodbye (Placebo cover) (5:25)

 

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