Chronique Retour

Album

18/03/21 - ZSK

In Tormentata Quiete

Krononota

LabelMy Kingdom Music
styleMetal d'avant-garde
formatAlbum
paysItalie
sortiefévrier 2021
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Parler de l’Italie dans la rédaction de Horns Up, ça peut faire évoquer pas mal de choses. Comme la Juve pour Di Sab, la San Pellegrino pour Michaël, ou encore les pâtes de Fleshgod Apocalypse pour Sleap. Moi, ça peut me rappeler de mauvais souvenirs webzinaux à base de promos de Mélodeath de troisième zone bien gênants. Mais il y a aussi de bonnes choses en termes de Metal en Italie, notamment du côté de la scène Black et de ses dérivés, avec par exemple Locus Mortis, Handful Of Hate ou encore Progenie Terrestre Pura. Et toujours dans le Black et dérivés, on peut encore citer In Tormentata Quiete, le groupe le plus avant-gardiste et aussi le plus « italien » du giron. Le groupe de Bologne commence d’ailleurs à avoir une belle carrière, commencée à la fin du siècle dernier, l’année où Luigi Di Biagio a raté son tir au but. Et passée la démo I Tre Attimi Del Silenzio (2001), nous en sommes avec Krononota à leur cinquième album. Ce n’est pas énorme en 20 ans, mais la formation a toujours sorti des disques remarquables. En commençant par le chef-d’œuvre qu’était leur deuxième opus, Teatroelementale (2009). Groupe ancré dans une forme de Black-Metal ou tout du moins de Metal extrême (les vocaux arrachés de Marco Vitale et les riffs incisifs de Lorenzo Rinaldi étant constamment là pour le prouver), In Tormentata Quiete a agrémenté et raffiné son art avec une certaine passion pour le théâtre et la littérature, qui a donné des albums travaillés et flamboyants. Teatroelementale, avec ses interludes, ou Cromagia (2014) avec ses thématiques sur les couleurs et les saisons, sont là pour le prouver. Et dans la forme, entre ses aspirations mélodiques et avant-gardistes et ses particularités comme le trio de vocaux (chant Black criard, chant clair masculin, chant clair féminin, tous interprétés en italien), In Tormentata Quiete demeure unique en son genre même si on peut le comparer à un Solefald ou un Thy Catafalque. Finestatico (2017), album plus homogène et plus classique dans la forme, mais d’une grande qualité et d’une inspiration sans faille, continuait à démontrer les qualités du groupe italien même si Teatroelementale reste inatteignable en l’état. Suivant un nouveau cycle de 3 ans, In Tormentata Quiete est de retour en bacs, toujours fidèle à My Kingdom Music, pour sa cinquième œuvre longue-durée, toujours présentée avec cette pochette à moitié blanche, Krononota.

Mais en 3 ans, il y a eu un peu de changement. La base « Metal » reste la même à l’exception du poste de bassiste, Luca Pasotti ayant succédé à Maurizio D’Apote qui était présent depuis le premier album éponyme (2005). C’est déjà une petite révolution, mais il y en a une autre : In Tormentata Quiete a - de nouveau - changé le duo de ses chanteurs clairs ! Simone Lanzoni et Irene Petitto avaient déjà succédé pour Cromagia et Finestatico au duo de Teatroelementale, Giovanni Notarangelo (aussi présent sur l’éponyme avant) et Elena Edera. Le duo est donc renouvelé pour une troisième mouture, avec maintenant Davide Conti et Samantha Bevoni (Diabula Rasa). Cela ne change pas grand-chose aux habitudes de la formation, quoique, Davide Conti possède quand même une voix assez différente de ses deux prédécesseurs, prenant parfois des accès plus Heavy. Le duo parfait avec le temps aurait été Giovanni Notarangelo - Irene Pettito, mais soit, et il va falloir à nouveau redécouvrir un duo de chants, à côté de l’inamovible Marco Vitale et ses cris si particuliers. Mais pour le reste de la musique, rien ne change vraiment, même si Krononota réservera quelques surprises. Par ailleurs, cet album est à nouveau conceptuel, même si ma méconnaissance totale de la langue italienne ne me permettra pas d’en dire plus. En tout cas, chaque morceau hormis le premier et le dernier sont précédés d’une mention d’un moment de la journée (l’aube, le matin, l’après-midi, le soir, la nuit). Les plus passionnés creuseront, les autres se contenteront d’un nouvel album d’In Tormentata Quiete, qui ne va pas perdre sa verve après l’excellent Finestatico. On retrouvera toujours ces moments très colorés et feutrés entre deux passages de Metal toujours bien sentis. Et Krononota s’ouvre d’ailleurs par un "Urlo Del Tempo" aux accents de Black atmosphérique dépouillé, un peu à l’allemande d’ailleurs. Ce qui est déjà surprenant même si l’on se retrouve de suite en terrain connu à l’aide de quelques claviers et d’ambiances typiques. Du chant narré accompagne également cette intro de luxe, avant que In Tormentata Quiete ne fasse déjà ressortir ses capacités avant-gardistes, avec déjà du saxophone très en vue, encore plus que sur les précédents albums. Et ça ne fait que commencer pour cet album qui va remettre en selle la créativité du groupe italien après un classique mais efficace Finestatico.

"Sapor Umbro" nous remet donc dans la voie d’In Tormentata Quiete, entre les riffs bien appuyés et inspirés, le trio florissant de vocaux toujours aussi bien géré, et toujours ces mélodies et cette ambiance si « italienne » très particulière. Mais le groupe s’autorise plus de touches folk, avec l’intervention d’accordéon en milieu et en fin de course (un superbe final d’ailleurs), ainsi qu’un étrange break introduisant une musique façon cabaret ou vieux cinéma, qui reviendra à plusieurs moments de l’album tel un fil rouge. Si le très mélodique "Color Daunia" avait pu déjà être défriché en tant que single, il reste classique mais toujours enlevé, et de toute façon le meilleur est à venir. Déjà avec "Lo Sguardo D’Anteo", morceau qui passe par toutes les humeurs entre un départ éthéré et un final épique, des partitions vocales excellentes et surtout le retour de riffs très accrocheurs à la Teatroelementale, avant un break « vintage » si particulier qui ajoute beaucoup à l’ambiance particulière de ce Krononota. Ensuite avec "Abbraccio D’Emilia", peut-être la meilleure piste de cet album, entre ses irrésistibles mélodies tout du long (avec même le retour de quelques riffs aux accents mélodeath), les chants toujours aussi bien arrangés, les compos parfaitement inspirées et l’ambiance toujours aussi dépaysante. Encore une belle performance d’In Tormentata Quiete, d’autant que ces deux morceaux font 8 et 9 minutes, et les Italiens ne nous avaient pas habitués à tenir aussi longtemps. "Odor Mediterraneo" tutoie même les 10 minutes, pour un morceau complet portant bien son nom qui a la charge de conclure tout en couleurs chatoyantes et en atmosphères solaires (et avec pas mal de saxo) cet excellent Krononota. Qui s’achève sur une belle outro onirique, "KronoMetro", et nous laisse avec 50 belles nouvelles minutes de musique signée In Tormentata Quiete, qui ne baisse ni de niveau ni d’intérêt après le déjà recommandable Finestatico. Krononota ne surprendra pas forcément les fans, mais In Tormentata Quiete a choisi ici de varier certains équilibrages, faisant ressortir son côté plus « folklorique » avec pas mal d’instrumentations singulières, tout en ne négligeant pas son aspect le plus Metal et bien sûr sa composante avant-gardiste. Un Teatroelementale reste intouchable, et je préférais personnellement certains des anciens vocalistes, mais tout ceci est encore une fois orchestré de main de maître. Il faut aimer cette musique 100% « italienne », bien qu’il ne soit pas nécessaire d’adhérer aux références culturelles (ce n’est pas mon cas d’ailleurs), mais dans un registre qui lui est vraiment propre, In Tormentata Quiete vaut toujours le détour, et livre encore une fois un très bel album, extrême mais diablement raffiné.

 

Tracklist de Krononota :

1. Urlo Del Tempo (6:34)
2. All'Alba: Sapor Umbro (7:11)
3. Alla Mattina: Color Daunia (6:23)
4. Al Pomeriggio: Lo Sguardo D'Anteo (8:07)
5. Alla Sera: Abbraccio D'Emilia (9:08)
6. Alla Notte: Odor Mediterraneo (9:50)
7. KronoMetro (2:55)

 

Les autres chroniques