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Album

19/06/17 - ZSK

In Tormentata Quiete

Finestatico

LabelMy Kingdom Music
styleAvantgarde Black Metal théâtral
formatAlbum
paysItalie
sortiejuin 2017
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Si l’Italie nous présente souvent quelques formations médiocres en termes de Death-Metal et assimilés (formations restant heureusement confidentielles en dehors d’un circuit promo étonnamment très florissant par le passé), niveau Black-Metal au sens large elle n’a en général pas grand-chose à se reprocher. Entre tout ce qui a tourné autour d’Avantgarde Music à une époque voire le catalogue d’ATMF (même si tout n’y est pas parfait) comme Locus Mortis et les groupes connexes, il y a toujours eu des choses intéressantes dans la scène Black-Metal transalpine. Les Italiens ont même un petit savoir-faire concernant le BM qui sort un peu des carcans, qui se situe à l’avant-garde. Et In Tormentata Quiete en est un des plus beaux exemples. Formé en 1998, ce groupe bolonais a d’ailleurs su largement aller au-dessus des codes musicaux du Black-Metal qu’il utilise toujours pourtant et ce même en partie, pour se tourner vers d’autres mouvements musicaux et mêmes culturels. Si sa toute première sortie, la démo I Tre Attimi Del Silenzio (2001) voyait le groupe œuvrer dans un Black sympho un peu spatial, il s’est ensuite progressivement tourné vers du Black progressif teinté de folk, de classique et de théâtre, mais bien sûr à visée résolument avant-gardiste. Si son premier full-length éponyme sorti en 2005 était assez brouillon et bancal, c’est Teatroelementale sorti quatre ans plus tard qui a vraiment fait exploser In Tormentata Quiete au grand jour. Partant d’un concept tiré de l’œuvre de Luigi Pirandello, le groupe ou plutôt collectif italien (il compte pas moins de 7 membres) avait livré un véritable chef-d’œuvre de Metal extrême très progressif et théâtral, des passages narratifs entrecoupaient des bijoux de Metal multi-cartes, naviguant entre riffs mordants et passages raffinés, le tout magnifié par la particularité de In Tormentata Quiete qu’est ce trio de chants - clair masculin, clair féminin et vocalises Black masculines très criardes.

Sorti dans l’indifférence générale chez un My Kingdom Music alors plutôt galvaudé, Teatroelementale reste pourtant un des albums de Metal avant-gardiste les plus originaux jamais sortis, comportant en outre de véritables perles comme "La Danza del Fuoco" ou encore et surtout l’excellent "Il Pianto della Terra". Folk et classique d’un côté, percutant et barré de l’autre, In Tormentata Quiete possède une alchimie assez unique. Depuis, le groupe a continué de tracer sa route même si la succession de Teatroelementale était presque une gageure. Cromagia, qui en 2014 avait signé des changements importants de line-up à savoir le remplacement des deux vocalistes clairs - Simone Lanzoni et (la belle) Irene Pettito ayant respectivement succédé à Giovanni Notarangelo et Elena « Edera » - n’avait donc pas vraiment été au niveau même si le groupe y démontrait encore son savoir-faire au niveau de la structuration de ses œuvres ainsi que sa richesse musicale. Et après un Teatroelementale très progressif et théâtral, la formation opérait un léger retour en arrière, en choisissant un son plus cru et donc plus Black, tout en proposant néanmoins des morceaux très aérés à l’image de "Il Sussurro del Verde". In Tormentata Quiete restait inspiré avec notamment des morceaux de premier choix comme "Il Profumo del Blu" et "La Visione del Nero" mais l’ensemble manquait d’un peu de cohérence. Sans décevoir, ITQ (pour les intimes) montrait surtout qu’il avait déjà posé son manifeste cinq ans plus tôt et que sa suite de carrière allait être plus tranquille. Mais on peut encore espérer que le groupe retrouve vraiment la classe et la réussite de Teatroelementale et Finestatico, quatrième full-length du collectif italien d’« Avantgarde Emphatic Metal », va tenter le défi.

Pour présenter les choses simplement, Finestatico est vraiment dans la lignée de Cromagia ne serait-ce que pour la tout de même forte présence des éléments Black avec encore un Marco Vitale très en vue au niveau de ses cris, particularité présente depuis les débuts d’In Tormentata Quiete et qui font aussi son charme ; mais aussi au niveau des éléments musicaux les plus avant-gardistes, notamment ces claviers qui flirtent souvent avec l’électro. Et le trio de vocaux demeure le même, même s’il semblerait qu’Irene Pettito ait depuis quitté la formation (sniff). Seulement d’autres choses vont changer et ITQ va cette fois-ci se concentrer sur l’essentiel. Exit les interludes conceptuels, Finestatico n’est constitué que de 7 morceaux complets, durant de 4 à plus de 9 minutes. D’ailleurs "Zero" ne se perd pas en palabres et après une légère intro ambiante balance direct blasts, trémolos et vocaux écorchés, histoire de bien montrer qu’In Tormentata Quiete, c’est aussi et toujours du Black-Metal. Un départ très méchant qui laisse pourtant assez vite place à une mise en scène musicale encore très théâtrale, grâce à la savante alternance de vocaux et la variété des instrumentations (avec ici un étonnant break très psyché). Et encore une fois, le guitariste Lorenzo Rinaldi est capable de pondre des riffs hyper mordants et inspirés, ce qui a toujours été une valeur ajoutée pour In Tormentata Quiete et au bout de 4 albums, ça fonctionne toujours. Contrairement à son prédécesseur, Finestatico est plus homogène et plus cohérent, en retournant à l’essentiel ITQ remet en valeur ses particularités les plus remarquables, et laisse de côté une partie de sa créativité pour pondre un album plus efficace mais toujours aussi passionnant et irrésistible, qui se déguste cette-fois ci d’une traite.

"Sole" nous permet alors de constater encore une fois l’alchimie parfaite entre les trois vocalistes d’autant que leurs voix sont vraiment de qualité, avec des paroles intégralement en italien per favore. Et l’alchimie se fait aussi avec les musiciens, assurant derrière que ça soit dans le registre metallique, mélodique ou acoustique, alors que d’autres instrumentations folkloriques se font également remarquer. On est bien loin du capharnaüm de Ne Obliviscaris (troll totalement gratuit et volontaire, veuillez m’en excuser). Et sur ces bonnes bases In Tormentata Quiete fait encore montre d’inventivité avec notamment le clou du spectacle Finestatico qu’est "R136a1", une des œuvres les plus monumentales et originales du groupe qui commence dans une lourdeur avant-gardiste assez inédite pour eux (avec des vocaux harsh à l’avenant), avant de passer par un raffinement très cristallin puis d’emboîter sur les riffs assez énormes dont Lorenzo Rinaldi a le secret, le tout surplombé par des lignes vocales claires particulièrement entraînantes. Et entre ces effets électro quasi-cosmiques et des parties acoustiques de toute beauté puis des montées sidérantes, on fait bien le tour de tout le spectre musical d’In Tormentata Quiete, dans un ensemble à la fois extrême et classieux, ce qui les définit depuis plus de 10 ans finalement. Naviguant sans cesse entre ses contrastes mais avec une cohérence et une fluidité à toute épreuve, ITQ embraye ensuite sur le magnifique "Eta Carinae", le morceau le plus long et le plus épique de Finestatico, qui nous entraîne dans un tourbillon d’émotions à l’aide de claviers classiques et futuristes, de lignes vocales très lumineuses, de jolis breaks folk et de riffs libérateurs (qui ici flirtent même avec un mélodeath très couillu).

Finestatico se poursuit avec le plus classique mais résolument théâtral "Sirio", qui regorge de passages chantés remarquables mais aussi d’instrumentations encore une fois très avant-gardistes. Même chose pour le globalement très doux et stellaire "RR Lyrae", qui propose encore quelques petites originalités pour montrer que In Tormentata Quiete essaye toujours de faire un peu de neuf. On peut d’ailleurs, finalement, reprocher au groupe de ne pas tellement surprendre son auditoire (même ici au fil des morceaux), ceux qui ont suivi leur carrière depuis leurs débuts ou au moins Teatroelementale ne trouveront ici rien de révolutionnaire pour un groupe qui a trouvé sa recette magique et l’applique à chaque fois en changeant juste quelques dosages. Finestatico est donc un album relativement éthéré - et le final très atmosphérique "Demiurgo" est là pour le prouver - mais qui reste très Metal dans l’ensemble. Assurément meilleur que Cromagia car il n’y a pas grand-chose à jeter et qu’il est fluide et cohérent de bout en bout, Finestatico n’atteint pas pour autant la classe folle de Teatroelementale et sa poignée de morceaux et moments inoubliables. Mais il n’en est pas moins un excellent et magnifique album de Metal avant-gardiste très personnel, subtilement teinté de Black, de Folk, de « progressif », de théâtralité évidente et bien d’autres choses encore. Bien qu’encore très peu connu (il n’y a qu’à voir les lieux très incongrus qui servent parfois de cadre à leurs concerts), In Tormentata Quiete est sans conteste un des groupes les plus inventifs, originaux et talentueux de la scène Black-Metal italienne (au sens très large), et ce Finestatico riche, accrocheur et très bien bâti est une bonne occasion pour vous de donner sa chance à ce plus que sympathique collectif italien, et se pencher sur leur chef-d’œuvre Teatroelementale si ce n’est déjà fait. En attendant, et bien que ce Finestatico ne lui fait pas honte, qu’ils soient en mesure de re-rivaliser avec cette pépite…

 

Tracklist de Finestatico :

1. Zero (4:27)
2. Sole (6:51)
3. R136a1 (8:03)
4. Eta Carinae (9:22)
5. Sirio (8:09)
6. RR Lyrae (5:14)
7. Demiurgo (4:50)

 

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