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Album

18/02/21 - Matthias

Zaratus

In The Days Of Whore

LabelVán Records
styleBlack Metal
formatAlbum
paysGrèce
sortiemars 2021
La note de
Matthias
7.5/10


Matthias

Punkach' renégat hellénophile.

Le black metal est arrivé à un moment de son histoire où, alors que tous les tabous musicaux semblent avoir sauté et où les expérimentations buissonnent en tous sens, certains témoignent d'une forme de nostalgie pour un style, un état d'esprit qui passe pour authentique et qui aurait été perdu au tournant du millénaire. Une forme bien typique de « c'était mieux avant », comme si la révolution Internet avait tué l'époque bénie d'un « vrai » black metal, plus exigeant envers l'auditeur ; un genre musical qui se découvrait sur des cassettes réenregistrées une douzaine de fois depuis le seul album d'un groupe norvégien mystérieusement arrivé dans les rayons de la médiathèque d'une petite ville de province. Fort logiquement, on voit régulièrement apparaître des groupes qui, à mi-chemin entre l'hommage, la nostalgie, et le fondamentalisme, se targuent de restituer le son âpre et brut de l'adolescence du mouvement et de démontrer à la face du monde comment le black metal devrait sonner aujourd'hui, pour un résultat qui oscille selon les cas entre le génial et le très dispensable.

Cela dit, quand la leçon est donnée par deux vétérans de la phalange hellénique, j'arrête tout ce que j'étais en train de faire et je m'assieds au premier rang. Fondé en 2019, Zaratus associe la voix de Stefan Necroabyssious (Varathron, Kawir, Katavasia,etc) avec les talents de multi-instrumentiste de Bill El Zobolas (Thou Art Lord, Nergal, Rotting Christ en live, et bien d'autres) ; excusez du peu ! Hommage assumé au son reconnaissable entre mille que les Grecs se sont forgés durant les années 90, le projet s'est rodé autour de The Descent, un EP de quatre titres plutôt conséquent, et qui surtout associait à la perfection les accents typiques de cette scène méditerranéenne avec une production impeccable. Un très bel essai que Zaratus cherche donc à transformer avec ce In The Days Of Whore. Si l'album est certes un peu lent au démarrage, malgré l'usage surprenant d'un saxophone, la leçon commence à porter avec le morceau éponyme, dont le riff principal illustre à merveille la combinaison d'agressive simplicité et de saturation qu'était le black metal en voie de radicalisation, tandis qu'une cymbale chtonienne scande les invocations éructées par un Necroabyssious en transe. "In The Days Of Whore" se permet même une coupure à mi-morceau laissant la place à un synthé lancinant avant de repartir de plus belle sans perdre aucunement de son intensité. L'album s'aventure ensuite vers des sonorités plus gothiques avec "The Haunted Palace", qui explore pièce près pièce un studio de cinéma horrifique comme j'en imagine pour les films de la Hammer. L'album continue sur cette veine plus mid-tempo avec un "Chaos and Blood" aux faux airs de ballade torturée. Mais c'est sur le très orientalisant "Zoroastrian Priests" que Zaratus révèle tout son potentiel avec un morceau plus personnel, expérimental même dans sa rythmique hypnotisante et son texte plus raconté que véritablement chanté.

Si Zaratus voulait rendre un hommage au black metal grec originel c'est plutôt réussi, sans pour autant que In The Days Of Whore ne soit une succession de gimmicks. L'album recèle toutefois quelques points faibles, comme une guitare qui me semble constamment sous-mixée, et peut-être un ordre des morceaux qui favorise la seconde moitié de l'album. La faute sans doute à la comparaison avec un premier EP qui, en 21 minutes, ne nous offrait aucun temps mort. Mais nos deux héros blanchis sous le harnois s'offrent là une nouvelle aventure qui mérite de rejoindre la liste des hauts faits du black metal des fils de Danaos.

TRACKLIST

1. Ceremonies Before Light's Existence

2. Darkness And Decay

3. In The Days Of Whore

4. The Haunted Palace

5. Chaos And Blood

6. Heritage Of Fire

7. Zoroastrian Priests