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Album

04/02/21 - Storyteller

Soen

Imperial

LabelSilver Lining Music
styleMetal mélodique
formatAlbum
paysSuède
sortiejanvier 2021
La note de
Storyteller
8/10


Storyteller

Why not ?

Ce qui caractérise Soen, c’est la régularité. Tous les deux ans, un nouvel album. Une période propice à la réflexion, à la maturation d’un projet dont la figure de proue est Martin Lopez, un ex-membre d’Opeth. Mais depuis 2012, le quatuor s’est évertué à s’affranchir de cette marque au fer rouge d’un groupe leader de la scène Metal. Imperial, leur cinquième album, a été soigneusement préparé : trois singles, trois clips, et trois titres démontrant la palette musicale du groupe. On se prend donc à rêver sur le reste de l’album, en se demandant à quel point il sera mélodique, mélancolique ou tellurique. Et le premier abord est visuel, noir avec un serpent aux reflets argentés. Il reste donc dans la veine du précédent, Lotus, avec les mêmes coloris et des images pleines de symboles. On ne passera donc pas des heures à explorer les détails de l’artwork.

Mais vous aurez quarante-deux minutes pour entrer dans un univers qui s’étire autant dans la composition que dans les sons utilisés. Pour Imperial, Soen a choisi un son assez brut, plutôt heavy, mais qui reste très propre. Ils ont voulu flatter l’oreille de l’auditeur tout en lui proposant quelque chose qui ne le surprendra pas. On pourrait presque tiquer parfois sur le côté surproduit qui peut paraitre manquer de naturel, de chaleur. Mais vous rentrez dans l’album à la première écoute et s’ils nous surprennent c’est en insérant des parties de cordes sur les premières secondes de Modesty. Cependant, tout est au service de l’ambiance du titre.

Le placement des chansons est déjà tout un art ; répartis au début, au centre et presque à la fin se trouvent les morceaux les plus pêchus. Pour faire rebondir l’album, pour lui donner un corps métallique sur la longueur. Lumerian, Deceiver, Antagonist et Dissident sont de vrais bons morceaux au cœur heavy, poussés par des grosses guitares et des refrains mémorables. Ils sont représentatifs de la musique de Soen, carrée et percutante, avec des rythmiques légèrement saccadées. Vous remarquerez aussi la finesse de l’enchainement des trois derniers titres, des mots simples mais percutants.

Huit titres, huit mots. Les paroles chez Soen ont un sens et sont mises en scène. Sur Monarch, les couplets sont comme une litanie de mauvaises nouvelles, déclamées sur un ton presque monotone, martial, et sur Antagonist, la liste des exclus, des mis au ban de la société est longue et le chanteur s’y associe. Et pourtant, on ne sent pas que Soen est un groupe revendicatif. Mais ils font preuve d’une certaine empathie et délivrent des messages poétiques et forts.

Ce qui rend les morceaux mémorables et qui ressort de cet album, c’est le chant. Mis en avant, poussé sur le devant de la scène, Joel Ekelöf est la carte maitresse du groupe. Soen n’est pas un groupe démonstratif, il bâtit ses fondations sur des ambiances. Mais le chant unit tout. Si le spectre vocal présent sur l’album n’est pas extrêmement étendu (pas de growls, de chants féminins, ou autres), l’identité mélodique est réelle et surtout elle s’impose dans les titres : le break de Monarch ou celui de Dissident sont de vraies sucreries dans un univers plus amer. Il fait aussi rebondir les couplets de Deceiver.

Mais quand l’ambiance se fait plus calme, chaque musicien prend sa place, comme sur Illusion, titre mélancolique et slow tempo, un poème triste avec un feeling prog rock : des touches de guitares, des breaks de batterie, de la reverb spatiale, on se laisse emporter. Ce titre se détache du lot, mais pas autant que le final de l’album, Fortune, au tempo d’une chanson de doom, là encore sublimé par le chant mélodique et quelques effets de cordes. La performance de faire un titre lourd - mais pas trop - est assez admirable. On peut cependant arguer que le groupe ne prend pas beaucoup de risques. Car vous allez rentrer dans cet album à la première écoute, pas d’écueils, pas d’aspérités. Mais aussi pas de démonstration de technique ou de virtuosité. Soen fait dans l’émotion.

Et vous allez prendre un plaisir fou à écouter et réécouter Imperial. J’aurais du mal à en faire l’album de l’année, car il manque parfois d’un peu de personnalité, on se retrouve à écouter un groupe qui a digéré des influences de Opeth et parfois de Katatonia. Si l’on fait fi de ce détail, les incroyables lignes mélodiques, les paroles pleines de sens, cet incroyable chanteur ne vous feront pas regretter d’avoir posé une oreille sur Soen.

 

Tracklist :

  1.  Lumerian
  2.  Deceiver
  3.  Monarch
  4.  Illusion
  5.  Antagonist
  6.  Modesty
  7.  Dissident
  8.  Fortune