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Album

31/12/20 - Circé

Ulver

Flowers of Evil

LabelHouse of mythology
styleSynth Pop
formatAlbum
paysNorvège
sortieaoût 2020
La note de
Circé
7.5/10


Circé

Sudiste du nord

Les membres d'Ulver ont bien choisi leur moment pour sortir leur dernier album. Ou plutôt peut-on dire qu'ils ont “bénéficié” d'une étrange coïncidence, avec un opus composé avant la crise sanitaire mettant en musique tout un tableau de fin du monde et de nostalgie semblant résonner parfaitement avec l'actualité. Flowers of Evil arrive fin août et propose de nous noyer dans un nouveau voyage vers les 80s, la new wave et la synth pop. Pour un groupe passé du Black Metal à cette douce pop en passant par le folk, le drone et des expérimentations électro diverses, se réinventant à à peu près chaque album, on est presque étonnés de voir les loups norvégiens revenir avec un style identique à celui de l'album précédent, mais comme le confirmait déjà l'EP Sic Transit Gloria Mundi, le groupe semble s'épanouir dans une musique qui les a accompagnés et influencés depuis longtemps.

Après une parenthèse Drone actée par la sortie d'un live l'an dernier, Ulver nous réoffre donc une cuvée de Depeche Mode-nostalgie. Et pourtant, malgré la recette inchangée... Ce Flowers of evil garde tout de même un goût étrange. Bien que je l'écoute régulièrement depuis sa sortie avec plaisir, j'en sors toujours avec une impression en demi-teinte.

The Assassination of Julius Caesar avait une patte, une identité née de l'étrange tableau antiquo-spatio-apocalyptique qu'il dressait, une aura en plus de compositions milimétrées pour sonner comme des tubes au succès immédiat. Et oui, Flowers of Evil en propose moins, de “hits”. Il sonne d'emblée plus hétérogène. Tandis que le très dansant “Machine Guns & Peacock Feathers” ou l'emblématique “Nostalgia” (morceau donnant une parfaite définition musicale de son nom) accrochent l'oreille dès les premières écoutes, un “Hour of the wolf” moins direct, plus axé sur l'atmosphère que la mélodie catchy qui fait mouche, a définitivement du mal à ressortir. Il nécessitera plus d'efforts de la part de l'auditeur, alors qu'il est facile et tentant de skipper les quelques pistes ne nous ayant toujours pas marqués au bout de quelques écoutes. “Russian Doll” et “Little Boy”, choisis comme singles, apparaissent au final assez linéaires et surtout plus pauvres au niveau de leur orchestration.
La froideur qui se dégage des beats comme des synthés fonctionne pourtant assez bien, dressant un paysage de béton terne sous un ciel sans plus de couleur dans laquelle les quelques touches mélodiques ajoutent un peu de douceur. Ulver confirme en tout cas la composition très standardisée couplet-refrain comme sur The Assassination, mais expérimente encore moins sur les instrumentations et textures des claviers. Reste donc que la force principale de ces fleurs du mal est de nous plonger dans ce décor de fin des jours, d'apocalypse tranquille et plus terre à terre que celle de TAOJC. Un jugement dernier à l'imagerie religieuse, entre mélodies dansantes et rêveuses. Ulver sait au bout du compte toujours si bien communiquer une émotion pure ou une vision intime, peu importe la simplicité de la musique, de Kveldssanger à Flowers of Evil.

Il est peut être donc après tout mal venu de comparer les deux derniers albums des norvégiens, malgré leur ressemblance stylistique. Et comment analyser un groupe étant capable de proposer des albums à la démarche aussi diamétralement opposée que les fleurs du mal dont il est question ici, et, par exemple, un Messe I.X-VI.X ? Ulver présente en tout cas en 2020 une formule plus conventionelle, l'élégance décalée et décadante de The Assassination est ici remplacée par une amertume nostalgique plus crue qui transparaît tant au niveau du texte que du choix du son. Ce qui ne fait pas de Flowers Of Evil un mauvais album mais simplement une sortie moins extravagante, répondant certainement à l'état d'esprit, aux envies des musiciens l'ayant écrite. Rien que dans le texte de "One Last Dance" ouvrant l'album, le semi-spoken words et la partie qui s'en suit peuvent faire craindre un hypothétique chant du cygne pour le groupe. Aucune certitude heureusement, mais le résultat semble en tout cas résonner parfaitement avec le monde qui l'entoure.

 

Tracklist :

1. One Last Dance
2. Russian Doll
3. Machine Guns and Peacock Feathers
4. Hour of the Wolf
5. Apocalypse 1993
6. Little Boy
7. A Thousand Cuts

 

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