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Album

15 décembre 2020 - Matthias

Yoth Iria

As the Flame Withers

LabelPagan Records
styleBlack Metal
formatAlbum
paysGrèce
sortiejanvier 2021
La note de
Matthias
9/10


Matthias

Punkach' renégat hellénophile.

Alors que la presse musicale s'esbaudissait devant un nouveau groupe de Los Angeles pour la simple raison qu'il se composait des rejetons de quelques rockstars, j'ai trouvé salutaire de plutôt me pencher sur le travail de quelques vétérans pas vraiment du genre à convoiter le feu des projecteurs. Ce n'est plus une surprise pour personne, j'ai une attirance certaine pour la Grèce ; son Histoire, sa cuisine, son black metal. Alors quand Jim Mutilator, troisième membre fondateur d'un de mes groupes préférés, s'associe avec George Zacharopoulos alias The Magus, qui a lui aussi produit ou joué pour une bonne partie de la scène extrême hellénique, je ne vais pas faire mystère de ma hype, les lecteurs réguliers de notre revue d'actualité peuvent en témoigner.

Les deux compères ont assemblé l'année passée le projet Yoth Iria, et sorti coup sur coup un EP et un split fidèles au son si particulier du black metal hellénique du siècle dernier, tout en lui faisant bénéficier de la patine que leur confère l'expérience. Si la recette gardait un arrière-goût nostalgique, le duo la concoctait avec la maîtrise et le panache de ceux qui n'ont rien à prouver. Avec ce As the Flame Withers, c'est presque un troisième service dans l'année qu'ils nous offrent mais, si l'on reconnaît, dès le refrain de "The Great Hunter", cette invocation scandée et finalement si peu gutturale et ces riffs saccadés à la saturation si particulière qui composent le style grec, ce premier album ne se résume pas à un énième projet consacréé à une époque dépassée. The Magus, claviériste avant tout, introduit sur le morceau éponyme ces effets si entêtants, qui auraient parfaitement leur place dans un film horrifique de la grande époque du cinéma de genre et qui se rappelleront régulièrement à nos tympans, comme une bande-originale en communion avec sa pellicule. Plus que véritablement black metal originel, les compositions de As the Flame Withers rappellent plutôt les expérimentations que le genre a traversé durant la seconde moitié des années 90; Yoth Iria se pare d'atours gothiques sur "Hermetic Code" ou "The Mantis", mais restitue ses lettres de noblesse à un qualicatif musical trop souvent devenu péjoratif.

Au fur et à mesure que s'enchaînent les morceaux, les deux briscards de l'Attique alternent moments de recueillement et phases de transe, et assemblent ainsi un univers sonore et mental cohérent, teinté d'un mysticisme aussi noir que romantique dans lequel je m'immerge totalement, même s'il est vrai que la nostalgie peut y jouer son rôle. Mais cette ambiance surnaturelle-là, tangible dans un refrain si prenant que celui d'un "The Red Crown Turns Black" qui ne m'avait pourtant pas convaincu de prime abord, me marque finalement bien plus que nombre de compositions plus modernes, tant pour leur musique que pour leur philosophie. Je suspecte d'ailleurs nos Grecs d'avoir recyclé quelques démos qui prenaient la poussière, tant "Unbound, Undead, Eternal" me rappelle aisément un Varathron ou un Rotting Christ millésime 1995. Mais comme au cinéma, les décors tangibles vieillissent bien mieux que les effets numériques, et on goûtera ce As the Flame Withers avec délectation, tant il nous rappelle le tanin de tant de cuvées de vinyles qui n'en finissent pas de bonifier sous la poussière, mais tout en nous offrant sous la langue quelques frissons inédits.

Setlist:

The Great Hunter

Yoth Iria

Hermetic Code

The Mantis

The Red Crown Turns Black

Unbound, Undead, Eternal

Tyrants

The Luciferian