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Album

11/04/20 - ZSK

Borgne

Y

LabelLes Acteurs de l'Ombre
styleBlack Metal ambiant & industriel
formatAlbum
paysSuisse
sortiemars 2020
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Borgne, c’est un peu devenu l’Œil-qui-a-tout-vu… En désormais 22 ans de carrière, le projet est passé par toutes les humeurs, dun Black très Raw jusqu’à un Black atmosphérico-ambiant très raffiné, en passant par le Black à la Darkspace et des aspirations Black-Indus. Une carrière qui commence à forger un certain respect, et qui avait été entérinée par [∞] il y a deux ans, sorte d’album-bilan où Borgne résumait avec brio tout ce qu’il a pu faire jusqu’alors, entre le Black très ambiant de III, celui plus industriel de IV et enfin celui, plus raffiné, de la trilogie Entraves de l’Âme - Royaume des Ombres - Règne des Morts. Mais le groupe ne va bien évidemment pas s’arrêter là. Le revoilà sur un label français, Les Acteurs de l’Ombre, pour ce qui sera son 9ème album, sobrement intitulé Y. Ceci est-il toutefois annonciateur d’un album à nouveau plus conceptuel ? Pas vraiment, une revue de la tracklist nous permet de constater que les thèmes chers à Borgne évoqués sur la trilogie Entraves - Royaume - Règne sont toujours de mise. Les tracklists à l’avant-garde de Darkspace des premiers albums et les planètes naines transneptuniennes de IV ne sont plus de la partie, et le projet Suisse alterne à nouveau l’anglais et le français - langue qui n’a été utilisée pour la première fois que sur Règne des Morts (2015). Le projet qui s’affiche également désormais clairement comme un duo, avec bien sûr Bornyhake mais aussi la claviériste Lady Kaos, en réalité présente depuis Royaume des Ombres (2012) ainsi qu’en Live depuis 2011. Le background est posé, et si Borgne avait surpris avec IV avant de stagner légèrement sur la trilogie suivante, [∞] lui avait permis de tout remettre à plat et de livrer au passage ce qui était son meilleur album, le plus complet. La tâche est donc ardue et Y va avoir la dure mission de passer après cet excellent opus, dont les voix finales de "I Tear Apart My Blackened Wings pt 1" résonnent encore dans les cœurs, deux ans après…

Alors bien évidemment, il n’y aura pas de surprise à l’écoute de Y, où Borgne poursuit sa route dans l’obscurité forestière, juste éclairée par un ciel étoilé. Mine de rien, le projet suisse a fini par se poser comme une formation de qualité dans un style se situant parfaitement et pertinemment entre Black atmosphérique et Black réellement ambiant, « dépressif » mais pas trop, plutôt propre mais tout de même âpre, aux vocaux déchirants sans être maladifs. La trilogie E-R-R avait permis à la fois au projet de livrer de bons « tubes » (sur Entraves de l’Âme notamment) mais aussi de proposer une musique pas mal travaillée, à l’image de l’ambitieux Règne des Morts. Sans pour autant balancer des chefs-d’œuvre à tour de bras, Borgne faisait un travail admirable. [∞] transformait définitivement l’essai en mixant le style de la trilogie précédente aux facéties industrielles qui avaient fait le charme et la particularité de IV. Et c’est dans cette lignée que va se situer Y, Borgne semblant avoir trouvé sa recette parfaite, hors de tout concept. Malgré tout, la globalité de l’album penche tout de même vers ce qui avait été fait sur la trilogie E-R-R, mais les touches Indus seront toujours bien présentes. Et comme un [∞] s’ouvrait sur le très Indus "La Porte du Chaos", Y déballe directement des ambiances et bruitages industriels à peine l’album lancé sur "As Far As My Eyes Can See", avec un départ ambiant mais aussi un Black-Metal très mécanique notamment au niveau de la batterie, qui éparpillera quelques autres incursions industrielles évidentes tout au long de ce morceau d’ouverture. Malgré cela, Borgne commence à nouveau par dévoiler toute sa panoplie, trémolos noirs, vocaux et ambiances nocturnales typiques, avec déjà à la clé des montées assez monumentales qui font aussi le charme du projet. Nous aurons donc affaire, quoi qu’il arrive, à un Borgne en forme qui va donc faire le nécessaire pour maintenir le niveau de [∞]. Et qui a désormais bien fixé son style et ses singularités, faisant bien vite montre de ses qualités à l’image de la transition très rapide vers "Je deviens mon propre Abysse", où les synthés commencent à se tailler la part du lion. Le défi va-t-il être relevé ?

Y va donc, entre ce Black ambiant/atmo très gracieux mais toujours ténébreux, redévelopper la facette la plus Indus de Borgne, "Je deviens mon propre Abysse" le prouvant encore avec quelques rythmes typiques et même un break électro. Des touches industrielles bien voyantes se retrouveront encore au sein de morceaux comme "A Hypnotizing, Perpetual Movement That Buries Me in Silence", "Derrière les Yeux de la Création" pour son fond de synthés et ses passages bruitistes, le début de "Qui serais-je si je ne le tentais pas ?", ou encore pour l’entièrement ambiant "Paraclesium" juste émaillé de voix lointaines. L’aspect industriel est donc souvent présent sans être omniprésent, se fondant dans l’ensemble de manière plus homogène que pour [∞]. Mais cela ne fera pas de Y un album à la IV, car c’est bien le Black-Metal atmo/ambiant à synthés qui va prédominer. Notamment pour le très rampant "A Hypnotizing, Perpetual Movement That Buries Me in Silence" aux synthés très en verve. Y en sera, du coup, relativement classique malgré tout, même si des moments forts se feront remarquer, notamment pour "Derrière les Yeux de la Création" avec son départ acoustique prenant et la performance de Bornyhake au chant ; ou encore pour le grand final qu’est "A Voice in the Land of Stars", une œuvre particulièrement complète et presque ultime de plus de 17 minutes (!), qui atteindra son paroxysme lors de l’utilisation de voix plus graves ainsi que pour l’intervention finale en chant clair de C.S.R. de Schammasch - qui apparaîtra aussi sur "A Hypnotizing, Perpetual Movement That Buries Me in Silence". Y ne surprend pas vraiment, possède même quelques longueurs d’autant que le tempo de l’album n’est globalement pas élevé, on a bien affaire à du BM atmosphérique sur ce point même si les deux premiers morceaux pulsent assez, de même que le plus véloce et épique "Qui serais-je si je ne le tentais pas ?" (avec à clé et par ailleurs du chant en français très prenant). Bref, Borgne sait bien faire les choses mais Y ne dépasse pas, à mon humble avis, l’excellentissime [∞] qui continue à faire office de référence et mètre-étalon. Y est davantage un nouveau Règne des Morts, avec le retour de touches industrielles, et quelques moments de grâce. C’est tout de même largement appréciable et Borgne continue ainsi à se poser comme une formation assez redoutable dans les sous-genres qu’il exploite. On peut même considérer le projet comme assez sous-estimé au final, surtout après tant d’années de carrière, de très bons albums et une discographie sans failles. Y n’est peut-être pas son meilleur album mais il possède toutes les qualités d’un projet qui roule sa bosse, dans l’underground ou un peu au-dessus, depuis une bonne vingtaine d’années entre autres projets comme Enoid ou Pure. Alors l’Œil-qui-a-tout-vu mérite bien notre respect et notre considération !

 

Tracklist de Y :

1. As Far as My Eyes Can See (5:46)
2. Je deviens mon propre Abysse (6:51)
3. A Hypnotizing, Perpetual Movement That Buries Me in Silence (9:39)
4. Derrière les Yeux de la Création (9:21)
5. Qui serais-je si je ne le tentais pas ? (7:12)
6. Paraclesium (9:23)
7. A Voice in the Land of Stars (17:27)

 

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