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Album

20/03/20 - Storyteller

Intronaut

Fluid Existential Inversions

LabelMetal Blade Records
styleMetal progressif
formatAlbum
paysUSA
sortiefévrier 2020
La note de
Storyteller
9/10


Storyteller

Why not ?

Le terme Metal progressif contient en son sein la contradiction qui a attiré nombre d’entre nous vers ce style : le terme Metal renvoie plutôt à une musique venant des tripes, avec sa dose de brutalité et d’animalité. D’un autre côté, le progressif a une image de musique pour intello, considérée comme prétentieuse, mais aussi très ambitieuse et recherchée. Intronaut se classe dans le Metal progressif et, de l’aveu même de son chanteur, Sacha Dunable, ils ont voulu produire “quelque chose que personne n’a jamais entendu auparavant”, ce qui rappelle l’innovation dont se réclame le mouvement. Cinq années se sont écoulées entre The Direction Of Last Things et la production de 2020 : Fluid Existential Inversions. Entre temps, ils ont changé de batteur et se sont adjoints les services de Alex Rüdinger, connu pour officier dans Whitechapel. Ils ont aussi s’entourer de techniciens capables de mettre en valeur leur projet : Josh Newell à la production et Kurt Ballou au mix (Converge, High on Fire).

On a bien saisi la passion d’Intronaut pour les noms, que ce soit à rallonge (ce qui n’est pas sans rappeler la vague de noms à trois mots dans le Black Metal des années 90) ou même des mots inventés avec malice comme Tripolar. Bipolaire n'est déjà pas le cas le plus simple alors tripolaire, on passe les limites de l’esprit humain ! On pourrait parler de Pangloss aussi, titre mystérieux où se mélangent langues et une certaine idée d’universalité. Un genre d’Esperanto. 

Mais, ne nous méprenons pas, la langue d'Intronaut n’est pas pour tout le monde. Le groupe pratique un Metal Progressif très exigeant. Il faut préciser que si vous aimez le shred, vous ne serez pas servis par ici. Les structures de chansons et les polyrythmies vont demander plusieurs écoutes pour être assimilées. L’intro Procurement of the Victuals (vous avez vu comment ça sonne bien les mots à consonance française?) fait démarrer l’album comme un feu d’artifices, chacun part de son côté, avec son instrument, on se croirait presque au moment où l’orchestre s’accorde. Contraste saisissant avec les premières notes de Cubensis, presque sur la réserve ; cavalcade complètement maîtrisée à l’opposée de l’explosion que l’on attendait. Intronaut va là où on ne les attend pas. Tous les moments où l’on se dit que les riffs et la batterie vont tout lâcher, sans se poser de questions, une cassure, une syncope apparaît, ce qui pousse l’auditeur à poser son oreille attentivement. Mais quel crescendo au fur et à mesure que la chanson se déroule ! Les guitares sont vraiment présentes, la batterie se lâche, on tombe dans un moment vraiment Metal.

On remarque que la variété est de mise, qu’on suit des pistes différentes sur chaque titre. On le remarque sur le chant, mélodique, agressif, plus rauque sur Pangloss ou même passé au vocoder sur Speaking of Orbs. Ce titre a d’ailleurs une petite consonance Cynic à certains moments qui n’est pas pour déplaire. On sent quelques influences bien digérées parfois mais impossible de dire que Intronaut n’a pas de personnalité propre.

Ce qui attire l’oreille immédiatement c’est la structure des titres. N’étant pas de la famille des démonstratifs, ils se sont calés sur un mode opératoire différent : les chansons s’étalent entre six et sept minutes en général. On voit que l’équilibre est de mise sur ce critère. Pour garder l’attention de l’auditeur, ils placent les parties plus planantes et complètement instrumentales au centre de leurs compositions. Ils y développent leurs thèmes mais font aussi respirer une certaine ambiance à l’opposé du reste de la chanson comme sur Contrapasso ou Check Your Misfortune, titres très musclés avec une partie centrale plus éthérée. Ils changent parfois de style en se rapprochant de quelque chose de plus jazz sur Sours Everything.

Sous ses allures un peu prétentieux avec son titre à rallonge, son illustration complètement perchée, Fluid Existential Inversions est un excellent album de progressif. Intronaut met la barre vraiment très haut en proposant une musique résolument Metal, avec des riffs imparables (mais oui, le départ de Pangloss, avec ses saveurs de Gojira, est monstrueux!) et des passages qui montent loin dans l’espace. A mettre dans les tops du genre pour 2020 à mon humble avis. Comme quoi, ça valait le coup d’attendre cinq ans !

Tracklist :
Procurement Of The Victuals
Cubensis
The Cull
Contrapasso
Speaking Of Orbs
Tripolar
Check Your Misfortune
Pangloss
Sour Everythings

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