Chronique Retour

Album

28/02/20 - Matthias

Ars Veneficium

Usurpation of the Seven

LabelImmortal Frost Productions
styleBlack Metal
formatAlbum
paysBelgique
sortiefévrier 2020
La note de
Matthias
8/10


Matthias

Punkach' renégat hellénophile.

J'ai découvert Ars Veneficium par le plus grand des hasards, alors que le groupe ouvrait les hostilités pour l'édition 2017 du Throne Fest. Aux prémices d'un festival, le public prend habituellement plus de temps à baguenauder entre le bar et les stands de merch' qu'à faire attention aux concert ; mais le groupe limbourgeois avait, lui, réussi à retenir une audience, certes clairsemée, mais attentive. Ars Veneficium, qui avait sorti l'année précédente son premier album, The Reign of the Infernal King, nous avait prodigué un Black Metal très classique, surtout comparé aux préceptes en vigueur dans la Church of Ra, qui monopolise quelque peu l'attention dans la chapelle belge du Metal extrême. Mais la passion du groupe et la présence scénique de son chanteur Surtur ont fait de ce concert un vrai moment de communion luciférienne, dont je garde un très bon souvenir, ainsi qu'une certaine sympathie pour le groupe. Depuis, les blackeux flamands se sont tenus éloignés de la scène afin de se pencher sur leurs prochains ouvrages. D'abord le single "A Thousand Weeping Angels", sorti sur un split avec le groupe russe Ulvdalir, que j'ai évoqué plus longuement ici ; mais surtout un second album intitulé Usurpation of the Seven, fort logiquement sorti chez Immortal Frost Productions, label né en Australie et installé en Lotharingie depuis 2010, et dont S. n'est autre que le manager.

Retour en 2016, avec The Reign of the Infernal King : ce premier album bénéficiait déjà d'une production des plus soignées, mais c'était l'aspect sans concession d'Ars Veneficium, son luciférianisme exacerbé et militant, qui m'avaient fait arpenter ce sentier obscur jusqu'au bout, tant les Flamands avaient réussi à coupler leur brutalité oldschool avec une approche résolument soignée des compositions, sans réverbération à outrance. Avec Usurpation of the Seven, le groupe a changé d'approche. Si "Wrath of Life" ouvre violemment les hostilités avec un S. possédé, les compositions prennent déjà un ton plus épique et Ronarg tire de sa guitare des soli qui donnent une dimension plus contemplative à cet album, comparé à son prédécesseur. A partir de "De Luiaard Heerst" ("Le règne de la fainéantise" si j'en crois mon flamand ô combien bancal), cette nouvelle approche prend toute son envergure, et la musique, accompagnée de la voix de V.Priest (Acherontas, Shibalba) déclamant en grec depuis outre-Styx, semble flotter autour du récit plein de fureur avec lequel S. nous dépeint cette trahison infernale. Une sonorité mythique, emplie de hargne et pourtant contemplative à sa manière, qui se renforce encore avec "In the Fires of Eternity", dont le riff lancinant accompagne le Porteur de Lumière dans sa longue chute ici-bas. Un morceau véritablement magnifique, auquel succède la montée en puissance d'un "7" obsédant, froide parenthèse instrumentale de trois minutes pendant laquelle mes yeux se sont fermés naturellement, comme aspiré dans cette théogonie du Malin. Suivent encore deux morceaux tout aussi soignés, dont un "The Flame of Endless Yearning" au riff envoûtant, et pourtant, l'écoute passée, le retour du silence me laisse pantois, comme frappé d'une sensation de manque. Il faut dire qu'avec 38 minutes seulement, Usurpation of the Seven ne s'embarrasse pas de fioriture, sans pour autant tenir de la ligne droite musicale !

Avec ce second album, Ars Veneficium passe un nouveau cap, réputé difficile, dans la carrière d'un groupe. De toute évidence, les musiciens veulent donner à leur cause toutes les qualités d'une formation professionnelle. Et si l'on reste dans un Black Metal relativement classique, Usurpation of the Seven démontre que les Limbourgeois ne rechignent pas à l'instrumentation. Ce ne sera sans doute pas la sortie la plus surprenante de l'année, mais elle mérite amplement que l'on salue ses qualités !

Setlist:

Hymns of Chaos

Wrath of Life

Devour the Light

In Sin, Bred by Madness

De Luiaard Heerst

In the Fires of Eternity

7

Under the Wings of Beautiful Darkness

The Flame of Endless Yearning