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samedi 5 octobre 2019 - S.

Ravenous Altar Festival 2019

CCO - Villeurbanne

S.

Dévoué au Black Metal

Suite au succès de la première édition du Ravenous Altar l’année dernière, les organisateurs remettent le couvert avec la seconde édition de ce qui, espérons, deviendra l’événement incontournable de chaque automne en région lyonnaise. Pour autant, l’affiche proposée a eu semble-t-il du mal à convaincre le public ces dernières semaines. Suite à un manque d’effervescence autour des préventes, il a même été envisagé un temps l’annulation. Fort heureusement, les organisateurs ont tenu bon pour maintenir ce projet mijoté depuis des mois. Dans l’antre du CCO, ce sont donc six groupes qui sont venus jouer ce soir, dans des registres plutôt variés mais avec pour dénominateur commun le sombre et l’extrême : Acedia Mundi, Decline of the I, Ancient Moon, Ultha, Lvcifyre et Oranssi Pazuzu.

Alors que je me sentais presque en retard, j'entre dans l'antichambre du CCO vers 16h10 et vois amassé devant la porte de nombreux metaleux : certains groupes n'ont pas encore fini leurs balances. C'est donc avec environ une demi-heure de retard que le festival débute.

 

S. : Les parisiens d'Acedia Mundi sont les premiers à lancer les hostilités. A ce jour, ils n’ont à leur actif qu’un seul album studio, “Speculum Humanae Salvationis”, paru en 2017 chez Throats Productions.

Si les cinq musiciens font preuve d'une bonne présence sur scène, au niveau musical je décroche très rapidement : leur Black Metal est trop teinté d'influences que je qualifierais de hardcore, tant au niveau vocal que gestuel. Les guitaristes bondissent de temps en temps comme des sauterelles, allant même jusqu'à jouer dans la fosse pour provoquer le public, tout en abusant des larsens. De la violence musicale rappelant un certain esprit punk, mais sans susciter en moi une émotion particulière. Seule la reprise de Katharsis m'interpelle, mais ça ne va pas plus loin. Malgré tout, à défaut de m'avoir convaincu au niveau des compositions, Acedia Mundi m’a impressionné par son engagement sur les planches.

Setlist :

From Sodom To Magog
Ceux Qui Marchent
Deconstructing My Soul
666 (Katharsis Cover)
Nemo Me Impune Lacessit - I Will Kill You
... Sumus Fex Dei
I Wanna Be Your Dog (The Stooges cover)

 

 

S. : C'est au tour des franciliens de Decline of the I. Il s’agit d’un projet mené par Adrastis Korgan, musicien dans de nombreuses formations de la scène parisienne, telles que Vorkreist, Merrimack ou encore Neo Inferno 262. L’univers de Decline of the I gravite autour d’Henri Laborit, neurobiologiste et philosophe, pour lequel le groupe a consacré sa discographie sous la forme d’une trilogie, entre 2012 et 2018 (“Inhibition”, “Rebellion”, “Escape”). Malgré près de sept ans d’existence, le groupe a fait ses débuts en live seulement en cette année 2019.

Decline of the I officie dans un registre Post-Black. Si leurs compos sont jouées avec conviction et dévotion, l'intensité suit un peu une courbe sinusoïdale : aux passages lourds et asphyxiants, répondent des instants épileptiques. Par conséquent, l'ambiance a du mal à décoller. Pourtant, les éléments ne manquent pas pour s'immerger dans leur atmosphère mystérieuse, comme ce fond vidéo assez ésotérique et torturé, où de nombreuses citations sont inscrites, le tout dans des lights à dominante bleue. Pour des questions de goûts personnels, j'ai du mal à pleinement m’immerger dans leur set. J’ai tendance à croire que ce genre de formation s’apprécie davantage chez soi, seul à écouter leurs productions, tant cet aspect introspectif est prégnant.

Setlist :

Mother and whore
Art or cancer
Enslaved by existence
Lower degree of god's might
Hexenface
Je pense donc je fuis
Le rouge le vide et le tordu

 

 

S. : Voilà que se présente le groupe que j'attends le plus de la soirée : Ancient Moon. Ce mystérieux groupe a sorti quelques jours auparavant son second album studio, “Benedictus Diabolica, Gloria Patri”, chez Iron Bonehead Productions. Metal-archives est muet sur l'identité des membres, tout juste sait-on qu'il s'agit d'un projet international. Quelques visages me paraissent tout de même familiers, pour les avoir vu dans d’autres projets parallèles. Pour ce qui est du chanteur, on ne distinguera pas une seule seconde son visage. Dans des toges blanches maculées de sang, avec un parterre de bougies sur le devant de la scène, les 5 musiciens délivrent leur musique au public. Au programme, un Black Metal linéaire, lourd, rapide, dont le caractère répétitif donne un côté hypnotique. L'atmosphère est résolument occulte et mystérieuse. Le jeu de lumière, dans les tons du bleu et du vert, entrecoupés de flashs stroboscopiques, renforce l'ambiance ritualistique. Le quintet s'autorise néanmoins quelques moments mid-tempo pour plonger l'auditoire dans les méandres de l'obscur.

Quelle performance envoûtante !

Setlist :
Hekas Hekas Este Bebeloi !
Benedictus Diabolica, Gloria Patri Pt. 2

 

 

S. : Quatrième groupe de la soirée déjà : Ultha. C'est une totale découverte pour moi, ne m'étant jamais penché sur leurs travaux jusqu'alors. Les Allemands ont à leur actif 3 albums studio (sans compter les splits, EP...), dont le dernier paru l'année dernière chez le gros label Century Media (“The inextricable wandering”).

Le quintet est à la croisée du Black Metal et du postcore, dans l'esprit de Regarde les Hommes Tomber, Celeste ou Der Weg Einer Freiheit. Ils produisent une musique assez atmosphérique et répétitive, la plupart du temps instrumentale. Plongé dans un épais brouillard avec des lumières rouges fixes et immobiles derrière eux, ce qui leur donne un côté fantomatique, le quintet a ce pouvoir d'immersion assez incroyable sur l'auditoire, leurs titres sont tous aussi hypnotiques les uns que les autres. Un set envoûtant et intense, une belle surprise !

Setlist :

The Night Took Her Right Before My Eyes
Constructs Of Separation
Fear Lights The Path (Close To Our Hearts)

 

 

S. : Place désormais aux Anglais de Lvcifyre. Depuis que je les ai découvert en 2014 avec leur second opus "Svn Eater", ils font clairement partie de mes formations préférées dans leur registre, à savoir un Death/Black bien malsain, caverneux et poussiéreux. Ce soir, le quatuor nous fait la démonstration qu'ils ne sont pas ici pour faire du tricot. Emmenés par l'impressionnant T.Kaos à la guitare/voix, les Britanniques donnent la définition même de ce que sont la puissance et la brutalité. C'est carré, violent et sans concession. Pas besoin d’en écrire des tonnes pour dire que Lvcifyre a mis tout le monde d’accord.

Setlist :

Intro
The Greater Curse
Liber Lilith
Sun Eater
In Fornication Waters
Nekuomanteion
Fiery Spheres of Seven
Interlude
Fyre Made Flesh

 

 

S. : Bon, on ne va pas se mentir. A l'annonce de la tête d'affiche, ma réaction fut un "Ah." perplexe. Je n'imaginais pas qu'un tel groupe pouvait truster le haut du programme. N'étant pas vraiment fan de leurs albums, à part quelques titres par ci par là, je suis plutôt dubitatif à l'approche de leur set.

Sur les planches du CCO, les 5 membres sont accompagnés d'une armada d'appareils électroniques, synthés et autres joyeusetés du genre. Les Finlandais envoient leur (Black) metal psychédélique et ressurgit en moi une certaine angoisse : celle de revivre le concert de Saturnalia Temple à Bruxelles en mars dernier. Les deux formations ont plutôt quelques similitudes. Si le côté répétitif des autres groupes de la soirée me convenait, ici c'est plutôt l'inverse : je n'accroche pas, malgré toute l'énergie déployée par les musiciens. Mon ennui se confond alors avec l'attente de la fin du set. Le public ne semble pas du même avis, depuis le balcon qui domine la salle, je constate une certaine approbation pour l'unique show européen des Finlandais cette année, au vu des nombreux individus littéralement possédés par les morceaux d'Oranssi Pazuzu. Pourtant, en revoyant la captation live de la soirée, j’aurais plutôt tendance à dire que c’était pas si mal et assez transcendant par moment, une sorte d’impression de redécouvrir le set. Etait-ce le son trop fort qui m’a obligé à enfoncer davantage les bouchons d’oreille, perdant ainsi une bonne partie de la finesse dans les aigus (là où se trouvent les arrangements de synthé) ? Nul ne sait. Du coup, j’ai le sentiment d’être passé à côté de quelque chose...

Di Sab : Unique date européenne pour les finlandais d’Oranssi Pazuzu dont la collaboration plus tôt dans l’année avec Dark Buddah Rising, sous le nom de Waste of Space Orchestra, a secoué pas mal d’estomacs. Car bien loin de l’exaltation guerrière ou des frissons, c’est dans la folie et dans les viscères que se déploient les sets d’Oranssi Pazuzu.

En 2015, au Fall of Summer, un décalage amusant avait lieu entre le cadre spatiotemporel (une plage en plein soleil) et la musique du groupe. Cette fois-ci, tout est en place pour que la transe se mette en place : son extrêmement fort et plutôt bon, surtout en seconde partie de concert et un light show équilibré, loin du matraquage stroboscopique que j’imaginais. La surprise réside dans leur jeu de scène qu’un groupe d’indie rock n’aurait pas rejeté : tapage de pied devant projeteurs, tournoiements sur eux-mêmes, contorsions du claviériste, je n’avais pas le souvenir d’un show aussi habité et d’une aussi bonne présence scénique.

En interview, le groupe explique que le but pour eux est que le public ne distingue pas l’improvisation des compositions. Bien que la setlist soit encore orientée sur le plus qu’excellent dernier album le groupe se lance, tout comme en 2015, dans de vastes jams qui s’insèrent parfaitement dans le set, rallongeant des plans, les distordant, se faisant confiance pour toujours aller là où on ne les attend pas. Cette absence de repères a une répercussion directe sur le public. Exception faite d’une ovation pour le début de Lahja chacun vit une expérience individuelle et ne fait corps avec le reste de la foule.  

Au terme d’une heure éprouvante pour nos physiques, le groupe peut partir avec le sentiment du devoir accompli. Au nombre de regards torves provenant des premiers rangs déphasés, on sait qu’Oranssi a rempli sa mission de toujours : emmener loin leurs fans et les perdre.  

Setlist :

Non communiquée

 

Merci à tous les acteurs de cette soirée et, espérons-le, rendez-vous en 2020 pour une troisième édition !

Revivez une partie de la soirée avec 6 vidéos :

Photos