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Album

17/05/19 - ZSK

Vltimas

Something Wicked Marches In

LabelSeason of Mist
styleMetal extrême
formatAlbum
paysInternational
sortiemars 2019
La note de
ZSK
6.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Illud Divinum Insanus. Trois mots qui résonnent encore chez les amateurs de Metal extrême, même huit ans après. Trois mots latins pour désigner le 8ème album de la légende du Death-Metal américain, Morbid Angel. Trois mots pour son album qui sera néanmoins son œuvre la plus… particulière. Ses aspirations Electro-Indus, héritées à la fois de Trey Azagtoth et de David Vincent avec son projet Genitorturers, ont profondément divisé la fanbase de l’ange morbide. Mais bon, même si certains ont crié au génie, il faut bien avouer que la majeure partie des aficionados ont vomi sur cette expérimentation disons-le assez ratée. Inutile de développer davantage, tout le monde du Metal ou presque connaît bien sûr la controverse qu’il y a eue autour de cet album. Mais notons que la même année, voire pratiquement en même temps et sur le même label (!) sortait In The Flesh, premier album de Nader Sadek, le projet mené par l’Egyptien du même nom responsable des visuels chez Mayhem. Un nouveau groupe qui regroupait notamment Rune « Blasphemer » Eriksen (Mayhem), Flo Mounier (Cryptopsy), ainsi que… l’« autre » voix de Morbid Angel, Steve Tucker. Pour un album qui, justement, sentait bon le Morbid Angel période Tucker avec plus de touches Black, et aurait bien fait office d’album « I » pour Morbid Angel si David Vincent n’avait pas été préféré à Tucker à l’époque. Et bien malgré eux (ou pas), tout ceci va s’enchevêtrer et rajouter à la confusion ambiante post-Illud Divinum Insanus. Steve Tucker a été remplacé par Travis Ryan (Cattle Decapitation) chez Nader Sadek pour l’EP The Malefic : Chapter III (2014), et un an plus tard le grand chamboulement arriva : Tucker retournera chez Morbid Angel pour donner naissance deux ans plus tard au satisfaisant Kingdoms Disdained ; Eriksen et Mounier, eux, quitteront Nader Sadek pour donner naissance à Vltimas, choisissant comme vocaliste… David Vincent. Oui, c’est le grand jeu des chaises musicales qui, entre les diverses facéties de Morbid Angel, entre le style de Nader Sadek et maintenant celui d’Vltimas, nous donne différentes visions de ce qu’on peut faire avec les vocalistes présents ou passés de Morbid Angel.

C’est donc seulement quatre ans après sa formation que le trio international Vltimas nous livre son premier opus, toujours chez Season of Mist qui a été le théâtre de la bataille à distance entre Morbid Angel et Nader Sadek il y a huit ans. David Vincent fricote donc avec les musiciens qui ont fait partie du « meilleur rival » d’Illud Divinum Insanus, et c’est finalement assez curieux. Mais soit, et de toute manière, Vltimas ne va pas faire du Morbid Angel « façon Illud Divinum Insanus », ce qui est déjà une bonne chose dans l’absolu. Mais que fait Vltimas alors ? Facile, c’est grosso-modo à première vue du Nader Sadek. Assez logique quand on sait que l’on y retrouve Blasphemer et Mounier et que le rôle du « personnage » Nader Sadek dans son propre projet restait flou. Mais si Nader Sadek donnait dans du Death blackisé un chouïa moderne (et d’ailleurs The Malefic : Chapter III était tout bonnement excellent), Vltimas brasse un peu plus large. Difficile de parler vraiment de Death, de Black, de Death/Black ou de Black/Death, aucun style ne prédomine sur un autre d’autant que Blasphemer vient ajouter une patte Thrash qui nous renvoie bien évidemment à Aura Noir, plutôt que Mayhem (en tout cas les derniers albums). Entre blasts Death, arpèges Black et assauts Thrash, Vltimas donne dans un Metal extrême bien produit assez classique. Quand on sait que l’avenir de Nader Sadek est discutable, c’est déjà ça de pris, et il ne fait nul doute que Blasphemer et Mounier en ont encore dans les doigts et sous la semelle. Avec Something Wicked Marches In, on a donc le droit à du Nader Sadek en plus thrashy, moins poisseux que In The Flesh et plus « propre », avec David Vincent au chant en lieu et place de Steve Tucker et/ou Travis Ryan. Toutefois, si Nader Sadek savait travailler quelques ambiances, Vltimas sera beaucoup plus direct et frontal, même s’il sait varier les plaisirs. Quelque chose de méchant marche, mettons-nous dans ses pas…

Something Wicked Marches In démarre sur les chapeaux de roue avec son morceau-titre qui a tout d’un tube en puissance. Blasphemer est plutôt inspiré et Mounier lui emboîte une nouvelle fois bien le pas, David Vincent se charge avec brio de l’accompagnement avec un refrain simple mais efficace. Seulement la bonne impression laisse vite place à une certaine réalité. Vltimas ne pisse pas bien loin et sa recette lasse assez vite. Et même ce premier hit potentiel finit par se traîner un peu. Blasphemer assure au niveau des compos bouillonnantes mais la plupart des morceaux de Something Wicked Marches In sont assez répétitifs, à l’image d’un "Praevalidus" qui démarre fort mais perd vite de sa puissance. La recette Vltimas ne marche pas à tous les coups, le très remuant et furieux "Total Destroy!" fonctionne, de même que le très incisif "Everlasting" (avec un Mounier au top) ou encore le super efficace et très thrashy "Diabolus Est Sanguis". Mais c’est plus compliqué pour un "Truth and Consequence" par exemple, qui tranche bien mais tourne vite en rond. Parfois trop basique, Vltimas ne parvient pas à garder une certaine tension. Et choisit malgré tout de s’adonner à un peu de variété en abaissant ici et là les tempos ou en se la jouant plus « dark », sans forcément convaincre ("Monolilith" (lol) est à nouveau très répétitif, le légèrement plus mélodique "Last Ones Alive Win Nothing", le final équilibré "Marching On" qui lui aussi est vite lassant). Blasphemer a un minimum de ressource, nous livrant d’ailleurs ici et là des leads et solos bien furieux que l’on aurait aimé moins parcimonieux, mais la mayonnaise ne prend pas sur la majorité de l’album. On retient quelques bons riffs bien sentis, moins les morceaux qui n’ont rien de particulier pour sortir du lot. L’ensemble est tout de même relativement efficace, surtout quand Mounier se lâche et notamment grâce à la prod bien puissante, mais Vltimas montre bien vite ses limites et nous fait dire que l’héritage de Nader Sadek sera plus dur à mettre en place que prévu, peu de compos étant ici à la hauteur de celles de The Malefic : Chapter III.

Et puis… il y a le chant de David Vincent. Et autant dire qu’il faut aimer. Car bien sûr, son ton et sa performance sont dans la lignée de ses vocalises sur Illud Divinum Insanus, rien à voir ici avec le chant d’antan de Morbid Angel entre Altars Of Madness et Domination. Il faut donc supporter pendant 38 minutes son ton déclamé si particulier et autant dire que si vous n’y arrivez pas, laissez tomber Vltimas dès à présent. Je n’ai rien contre sa voix, ce n’était pas le premier défaut que j’aurais mis en avant pour Illud Divinum Insanus, mais il faut bien avouer que le chant ni vraiment Death ni vraiment Black ni même Thrash de l’Américain est, sur la durée, assez… agaçant. Et ceci dès le premier morceau de l’album d’ailleurs, même si ça colle bien dans l’absolu. Il y a quelques moments assez exagérés qui passent mal, comme le chant plus grave assez pompeux sur "Praevalidus", les sortes de chant clair sur "Monolilith" ou les lignes plus traînardes assez fatigantes, les chœurs assez spéciaux que l’on retrouve notamment sur "Diabolus Est Sanguis" et "Marching On"… et même sans bizarreries, le chant global d’un "Last Ones Alive Win Nothing" par exemple est assez irritant. Cela lasse aussi, ajoutant à la lassitude des compos. Bon, Vltimas n’est pas non plus un super-groupe tendance pétard mouillé, mais Something Wicked Marches In est assez mitigé. On sent poindre une efficacité folle mais ça ne fonctionne pas sur la durée, on en attendait un peu plus, surtout des géniteurs des méfaits de Nader Sadek jusque-là, ce qui nous fait dire que finalement, Nader Sadek devait finalement y être pour quelque chose… Blasphemer est ici dans une forme juste correcte, Vltimas semble capable de mieux, l’ensemble est un peu trop basique et finalement attendu. Ça marche sur quelques écoutes, sur quelques compos ou patterns, voire un ou deux morceaux qui charcutent bien, mais Something Wicked Marches In est un album qui se digère vite et qui donc s’oublie vite. Et encore une fois, la division est possible entre les pro ou anti-David Vincent, et c’est à prendre ou à laisser. A moins que, soyons fous, le jeu des chaises musicales ne vienne à reprendre… ?

 

Tracklist de Something Wicked Marches In :

1. Something Wicked Marches In (4:28)
2. Praevalidus (3:39)
3. Total Destroy! (2:57)
4. Monolilith (5:25)
5. Truth and Consequence (3:42)
6. Last Ones Alive Win Nothing (5:29)
7. Everlasting (3:40)
8. Diabolus Est Sanguis (3:27)
9. Marching On (5:34)