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Album

27/01/19 - S.A.D.E

Witchthroat Serpent

Swallow The Venom

LabelSvart Records
styleDoom Stoner
formatAlbum
paysFrance
sortienovembre 2018
La note de
S.A.D.E
7.5/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Un groupe dont on peut à tout moment percevoir l'influence principale est-il un mauvais groupe ? Autrement formulé, une formation misant sur l'efficacité plutôt que sur l'originalité est-elle nécessairement sans intêret ? Vaste question vous en conviendrez, à laquelle chacun aura sa réponse, ses arguments et ses démonstrations par l'exemple. Quant au groupe qui nous intéresse, les Toulousains de Witchthroat Serpent, ils n'en ont tout simplement rien à carrer : Swallow The Venom, comme ses prédécesseurs, est ancré à mille pourcents dans la veine Doom/Stoner d'Electric Wizard et tant pis s'il y en a que ça gonfle.

On retrouve en effet une fois de plus ce son de guitare très fuzzé, avec une basse épaisse et bien ronde et un paquet de riffs pesant chacun un bon quintal. Witchthroat Serpent reste dans son registre, et ses détracteurs n'auront pas besoin d'aller chercher plus loin que Lucifer's Fire pour savoir que le Wiz' demeure la source de ce que produisent les Français. Pourtant, même si la comparaison est inévitable, deux éléments jouent en la faveur de Witchthroat Serpent : la mise en place d'une identité plus marquée qu'auparavant et la qualité des compositions. Avec ce troisième album, on sent s'affirmer dans pas mal de petits détails un particularisme qui, s'il n'efface pas la parenté avec EW, donne à Swallow The Venom une saveur supplémentaire. Le chant est toujours aussi envoûtant, Fredrik Bolzmann n'hésitant pas à se faire plus langoureux sur certains titres (Pauper's Grave, Red Eyed Albino), même si le registre un peu plus criard reste dominant. Il y a également pas mal de plans qu'on ne retient pas forcément dès la première écoute mais qui construisent une galerie de moments où la magie noire opère d'une façon aussi insidieuse que libératrice. Je pense ici aux accalmies qui ponctuent les titres, aux passages où des nappes viennent se greffer aux riffs, où des samples ajoutent de la matière à l'atmosphère d'un titre.

Mais c'est bien dans la composition en elle-même que Witchthroat Serpent est plus fin qu'on ne le croit. Chaque riff est un exemple d'efficacité et de maîtrise du genre : comme les cinéastes vampirisant l'oeuvre de leur aînés (coucou Tarantino) pour les revisiter avec un autre regard, Witchthroat Serpent a parfaitement saisi ce qu'est le Doom Stoner, sa nature profonde, et de cette connaissance tire l'essence de sa musique. Ils n'inventent rien mais cherchent sans relâche ce qui peut se faire de plus efficient dans le registre. Et ça marche ! Tout au long de l'album, on se retrouve à secouer la tête tant le moindre riff déclenche immédiatement cette sensation de lourdeur et de puissance devant laquelle on est obligé de s'incliner. Prenez Pauper's Grave (le titre le plus réussi de l'album, je pense) : une intro simplissime lorgant plus vers le Doom classique qui, soudainement, au détour d'une ligne de chant, se transforme en locomotive stonerisée complètement implacable, avant que le pont ne calme à nouveau le propos. La dernière phase du titre reprend du poil de la bête et nous emmène jusqu'à un solo final tout à fait approprié (d'ailleurs, les solos dans leur ensemble sont toujours bien amenés, et pourtant ça ne coule pas toujours de source). Rien de compliqué, rien d'extraordinaire sur ce titre, mais tout respire la maîtrise.

Sans prétention aucune, Witchthroat Serpent s'installe avec assurance et savoir-faire dans le paysage Doom français. Artisans d'une musique à la fois hommage et héritage, les Toulousains brillent par leur capacité à synthétiser le meilleur d'un style désormais maintes fois exploré. Et c'est bien plus difficile que cela peut en avoir l'air : rester dans l'ombre d'un groupe culte tout en parvenant à produire quelque chose de pertinent, voilà qui n'est pas donné à tout le monde. Swallow The Venom ne bouleverse rien, c'est simplement (si j'ose dire), un album de Doom Stoner d'une excellente facture.

Tracklist de Swallow The Venom :
01.Feu Sacré
02.Lucifer's Fire
03.Pauper's Grave
04.The Might Of The Unfail
05.Scorpent Serpion
06.Hunt For The Mountebank
07.Red Eyed Albino
08.No More Giant Octopussies

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