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Album

09/12/18 - Gazag

Horrendous

Idol

LabelSeason Of Mist
styleDeath Metal
formatAlbum
paysEtats-Unis
sortieseptembre 2018
La note de
Gazag
9/10


Gazag

Dès les premiers titres lâchés sur les divers webzines cette année, il était assez clair que la version 2018 d’Horrendous allait frapper fort. Et ce fut le cas avec un magnifique neuf sur dix qu’il est beau. L’album s’éloigne de la note ultime d’un petit point car il n’apporte pas de fracture nette en l’état : pas de nouvelles sonorités ou de révolution dans la composition. En revanche, Horrendous garde intacte cette manière unique d’aborder le Death Metal et propose à chacune de ses sorties une série de peintures originales et travaillées. Par conséquent, et assez simplement au vu de la note, achetez Idol, écoutez Idol. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin. Le travail de la chronique est fait, la recommandation est là. L’absence de papiers sur Horns Up concernant les Américains nous oblige malheureusement à poursuivre l’écriture. Il faut donc parler d’artisanat, de Merlin l’enchanteur, et de sentiments humains.

Mais d’abord, voilà les news. Pour la première fois depuis 2009, les Américains procèdent à un changement de line-up. Personne n’est viré bien au contraire : Horrendous se dote d’un bassiste attitré, en la présence d’Alex Kulick. Il intègre la triplette de la stabilité, incarnée par les indéboulonnables Jamie, Damian et Matt. Maintenant, la seconde nouvelle, et non des moindres : le groupe quitte Dark Descent pour le tirailleur Season of Mist. Changer de calibre pour atteindre de nouvelles cibles, un argument compréhensible qui ferme un premier cycle et en ouvre un second, débutant par ce quatrième album : Idol.

Disruptriffs

La première écoute d’un CD d’Horrendous est souvent déterminante. Si les morceaux surprennent et apportent de la nouveauté, une victoire est alors possible. Cet Idol respecte ce mantra et se qualifie haut la main pour la suite de la compétition. Peu importe le style, le segment, ou les instruments mis en jeu, le groupe tente toujours. Une expérimentation à la limite entre le peu conventionnel et la prise de risque totale. Ces nouvelles idées bien fraîches sont emballées dans du papier cadeau Death Metal bien connu. Du danger dans son propre jardin, comme une recette revisitée.

Les riffs ont cette imprévisibilité, cette petite variation, qui perce toutes les défenses, déchire l’indifférence et confisque l’attention. Pas besoin de polyrythmies en cascade, de blaster à tout va, où de marteler comme un demeuré. Les influences et les intentions sont digérées, le groupe aime prendre son temps. Pas pour ralentir le jeu, non, mais pour fabriquer calmement des riffs intenses et brûlants qui pètent dans l’arrière boutique. Un talent qui reste discret, qui se respire plus qu’il ne s’observe. Alex apporte une nouvelle strate de lecture avec une basse qui rebondit de façon sèche et vigoureuse, tout en restant humblement au second plan, dans son rôle dirigiste. Beaucoup de riffs de cet Idol sont mémorables, au sens propre du terme.

Hockety packety wockety wock  

Encore si ce n’était que les riffs. Horrendous serrait alors une usine à motifs, sans aucune autre prétention, permettant aux autres formations de piller cette matière première et de l’agencer, de lui donner vie, à la place des Américains. Mais ces mecs là n’ont besoin de personne. La composition de cet Idol est d’une cohérence mes aïeux mais d’une cohérence ! Tellement cohérente qu’il est vital d’expliciter les deux impératifs d’un riff bien exploité. Premier impératif, le liant : ce qui se trouve avant et après le riff, sa légitimité. Ce riff a le droit d’exister maintenant et à cet endroit précis car il est fermement maintenu à ses deux extrémités. A gauche, le motif qui s’achève ouvre les portes au bon moment puis déroule le tapis rouge. Le riff passe. De l’autre côté, le prochain riff attend, le bras tendu, confiant, prêt à s’emparer du témoin et poursuivre le morceau dans la bonne direction. Un travail d’équipe. Le second facteur pour un riff bien cuisiné, ce sont les itérations. Plus le motif boucle, plus il a de visibilité dans un morceau. Trop de boucles, c’est l’ennui, pas assez, c’est du gâchis. Et à ce petit jeu, Horrendous renseigne tout les bons paramètres et ordonne ses riffs quasiment parfaitement à chaque fois.

Le tour de force est d’avoir entre les oreilles une musique très contrastée mais criante de cohérence. Tous les morceaux ont leur propre identité. L’ennui est absent, une grande variété de Death est visitée. Même l’unique piste acoustique de cet album, souvent cantonnée au rôle de respiration, est d’un réalisme qui désarçonne (Threnody). Mais le pire. Le pire avec ce genre de compositions est que tout ce travail semble naturel, facile. Rien n’est forcé, tout semble simple, cristallin, comme si le Death Metal, c’était ça en fait. Un travail d’orfèvre clair comme de l’eau de roche.

Le seul principal grief à cet album est qu’il n’atteint jamais vraiment l’intensité maximale nécessaire, requise, pour accéder au statut de chef d’oeuvre. Idol est un album rond. Ainsi, pour qu’il tienne parfaitement en équilibre, des coups de rabot ont été apportés sur les aspérités, afin que cette monstruosité soit la plus digeste possible. Contrairement à Ecdysis, leur deuxième album, qui transperce les sommets du riffing Death épique et mélancolique, Idol est excellent partout, mais parfait nulle part.

So Happy I Could Die

Au delà de l’analyse de l’album, de la dissection de ces morceaux, et de l’extraction nauséabonde de son nectar souvent appelé chronique, il y a le simple ressenti. Horrendous a beau mettre de magnifiques visuels tous plus macabres les uns que les autres (Brian Smith), nous parler de fatalisme, d’ignorance, de mort, de douleur et de peine, cet Idol transpire la joie. Derrière la musique, on sent un groupe content de jouer ensemble. Plus encore, on sent le plaisir que porte chaque musicien à faire vibrer son instrument, à s’exprimer à travers lui.

Alors qu’il se veut souvent mortuaire, inhumain, rempli de créatures fantastiques et de spirales chaotiques pleines de cadavres, le Death Metal d’Horrendous est résolument humain. Un humain vivant, qui bouge pendant 40 minutes, et même qui invite à danser parfois. Cette sincérité permet de déployer une large palette d’émotions, que certains groupes de Prog ne peuvent que jalouser. Découpé en huit morceaux bien juteux, cet Idol est un CD de Death Metal d’une rare fraîcheur. Horrendous fait parti de ces groupes auquels on peut coller sans hésitation l’étiquette d’artiste avec un grand A.

Prescience
Soothsayer
The Idolater
Golgothan Tongues
Divine Anhedonia
Devotion (Blood for Ink)
Threnody
Obolus