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Album

22/01/19 - ZSK

Monuments

Phronesis

LabelCentury Media Records
styleDjent
formatAlbum
paysAngleterre
sortieoctobre 2018
La note de
ZSK
7/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Monuments, c’est à la fois quelque chose d’hyper commun mais aussi une denrée rare. Un groupe de Djent « de base », qui n’a jamais vraiment migré vers le trop progressif, l’atmosphérique ou le Deathcore, et qui garde donc les caractéristiques les plus générales du style. Ce qui fait de lui, paradoxalement, un groupe à part tant le Djent a bien évolué, et les formations pratiquant le style de manière brute sont un peu plus rares, ou n’ont pas assez percé pour se faire réellement remarquer. Monuments et Periphery sont donc un peu les détenteurs et défenseurs du Djent « d’origine », avec dans une moindre mesure des groupes comme Kadinja et SeeS, d’autant que le groupe anglais demeure un pionnier du genre avec son EP We Are The Foundation sorti en 2010, et sachant qu’il descend de FellSilent, groupe qui regroupait également des futurs membres de TesseracT et Heart Of A Coward. Monuments est d’ailleurs aussi « djenty » dans ses galères de line-up, il a vu comme TesseracT et Periphery passer plusieurs chanteurs et Chris Barretto, ex-Periphery (!), est leur cinquième vocaliste, arrivé après seulement 6 ans d’existence du groupe. Et les choses sont encore plus compliquées car bien que pratiquant un Djent lavé de bon nombre de possibles sous-styles adjacents, Monuments demeure un peu à part avec son riffing différent, plus saccadé, marque de fabrique du talentueux John Browne, même si l’ensemble reste assez classique et s’est affiné tel quel avec les années. Arrivant un petit peu après la guerre, Monuments s’était assez raté avec son premier album Gnosis (2012), sabré par des choix de production discutables et un chanteur à la ramasse (Matt Rose). L’arrivée de Chris Barretto, qui avait déjà montré ses talents chez les excellents Ever Forthright (dont on attend désespérément un nouvel album après la claque qu’avait été Ever Forthright en 2011), a remis tout cela en place et le très bon The Amanuensis (2014) avait enfin signé le départ de la carrière de Monuments sous de meilleurs auspices, signant facilement un des meilleurs albums de Djent « pur et dur ».

Quatre ans plus tard, et alors que les musiciens ont connu quelques galères personnelles, Monuments est donc de retour pour un troisième album, toujours chez Century Media qui s’est acoquiné du genre Djent en signant également TesseracT par le passé, Periphery et Vildhjarta (qui lui aussi se fait sérieusement désirer, Måsstaden ayant 7 ans d’âge…). Pas grand-chose ne va changer, et on va dire tant mieux tant The Amanuensis était parfait, avec bien peu d’accrocs si ce n’est quelques morceaux moins bons que des autres et une production peut-être pas encore à la hauteur. Phronesis corrige un peu le tir sur ce point de forme, mais Monuments sait conserver un son de gratte assez abrasif pour ne pas paraître trop clinique et mettre en valeur le jeu toujours plus lourd et saccadé de John Browne. Pour l’accompagner, Chris Barretto fait encore une fois grandement le taf, avec un chant gueulé qui correspond bien au style Monuments et un chant clair de grande qualité, qui se bonifie d’ailleurs avec le temps. Il ne faudra donc rien attendre d’autre de Phronesis qu’une nouvelle salve de compositions de Monuments, déterminé à conserver sa forme et repartir de l’avant après une absence discographique de 4 ans, loin de la productivité de certaines autres formations (même si Periphery a un peu levé le pied). Pour le reste, il n’y a rien à dire tant on reste en plein dans les codes du Djent, mélodique et enlevé mais jamais trop « mainstream », lourd et efficace quand c’est nécessaire. Nous aurons le droit à 10 nouvelles pistes pour un petit peu moins de 40 minutes, et il va falloir partir à la chasse aux tubes, qui vont avoir la lourde tâche de succéder aux brûlots de The Amanuensis comme "I, the Creator", "Horcrux", "Quasimodo", "The Alchemist", "Jinn"… Challenge accepted.

"A.W.O.L." essaie de brouiller les pistes d’entrée avec un départ symphonique surprenant, limite à la Betraying The Martyrs, mais pas de panique, le reste sera 100% Djent sans fioritures. Sans fioritures, oui et hélas, car Monuments ne va vraiment pas surprendre et faire uniquement ce qu’on pouvait attendre de lui. Et si John Browne demeure inspiré dans les compositions, Phronesis sera un album assez linéaire et finalement très redondant, avec des morceaux assez semblables sans grandes aspérités, oscillant constamment entre lourdeur et lumière. C’est un mal pour un bien car Phronesis sera très homogène et il n’y aura rien à jeter. Mais en termes de réelles accroches, le bilan sera un peu plus maigre. Les refrains sont tous bien menés mais se ressemblent entre eux, ce qui fait qu’on a un peu de mal à les retenir. Pour ma part c’est surtout "Mirror Image" qui tire son épingle du jeu, sinon tout est bien et il n’y a rien à redire sur ces morceaux de qualité, mais Phronesis se déroule sans qu’il ne se passe grand-chose de vraiment remarquable. L’entrée sur le déjà complet "A.W.O.L." cartonne, "Hollow King" est gras à souhait, ensuite on est parti pour une palanquée de potentiels hits sympathiques ("Stygian Blue", "Leviathan", "Jukai") mais Phronesis rentrerait presque par une oreille et ressortirait par l’autre pour tout habitué au Djent. On fait donc bien vite le tour de Phronesis, album réussi et qui ne faiblit à aucun moment, mais qui a un peu de mal à accoucher du truc qui tue et qui fera office de référence dans la carrière de la formation. De nouveaux morceaux de Monuments, formant un nouvel album de Monuments, voilà le bilan simple mais extrêmement parlant de Phronesis tant le groupe anglais fait ce qu’il a à faire, sans réel plus. Cela est suffisant pour en faire un bien bon album de Djent dans l’absolu, mais inutile de dire que The Amanuensis reste au-dessus. Sans réellement être décevant ou sentir le réchauffé, Phronesis est un album « commun » pour un groupe qui est « commun » sans l’être car le Djent pur et dur n’est pas celui qui est le plus en vue, et qui garde ses originalités. Pour les mordus de Djent, cet album est bien évidemment indispensable vu que nous avons affaire à une des références du style qui demeure en forme, mais il ne faut pas en attendre énormément plus et pour de nouveaux tubes, il faudra repasser… ou attendre à nouveau.

 

Tracklist de Phronesis :

1. A.W.O.L. (4:02)
2. Hollow King (2:54)
3. Vanta (3:55)
4. Mirror Image (4:56)
5. Ivory (3:36)
6. Stygian Blue (3:03)
7. Leviathan (4:34)
8. Celeste (3:39)
9. Jukai (4:53)
10. The Watch (4:16)