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Album

28/04/18 - ZSK

The Dali Thundering Concept

Savages

LabelApathia Records
styleDjent/Death-Metalcore
formatAlbum
paysFrance
sortieavril 2018
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

La France va-t-elle devenir l’autre pays du Djent ? C’est la question qu’on est en droit de se poser après l’avènement de Kadinja l’an dernier avec son excellent Ascendancy, et avec dans son sillage un groupe bien ambitieux, The Dali Thundering Concept. Le groupe parisien formé en 2010 avait déjà montré l’étendue de son savoir-faire en 2014 avec son premier opus Eyes Wide Opium, réussi dans le fond comme dans la forme même si l’ensemble était peut-être un peu trop linéaire pour se démarquer vraiment. Quatre années plus tard, The Dali Thundering Concept que l’on va amicalement appeler TDTC dès à présent est donc de retour chez Apathia Records pour casser quelques bouches. Car la formation a pris le temps de travailler son second album pour lui adjoindre un concept (ça tombe bien) particulier, qui prendra forme d’un album divisé en trois actes de trois morceaux, un peu à la manière de Grorr pour son The Unknown Citizens, à la différence que TDTC a ajouté deux interludes de luxe et ne marque pas totalement une singularité musicale entre les actes présentés, mais le découpage est bien là. Il accompagne un concept sur le déclin de l’humanité, avec un propos très mordant (il suffit de regarder la lyrics video de "The Myth of Happiness" - exceptionnellement mise en scène d’ailleurs - pour s’en convaincre), et qui se finira de manière apocalyptique en voyant grand. Je vous laisserai découvrir tout ça en détail, parlons plutôt musique surtout qu’il y aura aussi de quoi faire, même si bien évidemment le style proposé ne nous fera pas partir dans des actes grandiloquents et théâtraux façon Prog’ à la Ayreon et consorts. Car TDTC est tout de même là pour envoyer du petit bois dans un style qui part du terme général « Djent » pour aller plus loin et démontrer une certaine richesse, la forme accompagnant encore une fois le fond.

Alors que Kadinja - dont le chanteur apparaît en guest sur le morceau "Utopia" - s’arrêtait sur du Djent pur et dur, TDTC lui voit plus large, si bien que la notion de « Djent » est finalement assez restrictive et qu’étiqueter simplement mais correctement un album comme Savages est un exercice peu évident. Apathia Records parle de Mathcore, ce qui n’est peut-être pas tout à fait exact mais on retrouvera pêle-mêle du Djent (donc), du Metalcore progressif, complexe et mélodique, autant que du Deathcore bien cossu et encore d’autres surprises ici et là. Le chant de Sylvain oscille toujours entre voix bien grave et lourde façon gros Metalcore/Deathcore américain et des vocaux criés plus classiques, et pour le chant clair c’est nope sauf sur "Utopia" et son guest susnommé. Le son, essentiellement fait maison, est bien puissant sans en faire des caisses donc en restant un minimum abrasif, et rien que pour ça TDTC mérite bien d’être dans la cour des grands. Savages va donc nous proposer un Djent globalement groovy et couillu, bien lourd à certaines occasions et plus épique à d’autres. Cet album est ainsi séparé en trois actes ou plutôt trois « ères » - "Abundance", "Collapse" & "Anomy", constituées de trois morceaux chacune et séparées par les interludes ou plutôt les morceaux un peu différents que sont "Cassandra" et "Demeter". Et la première ère démarre sur les chapeaux de roue avec le départ en fanfare sur "Ostrich Dynasty", tout en lourdeur (l’arrivée du chant est monumentale à souhait) avec quelques moments très écrasants mais avec de petits riffs djenty sautillants qui font mouche. C’est déjà dit, TDTC est là pour mettre un certain nombre de mandales mais aussi pour nous faire réfléchir et planer (avec déjà pour commencer un solo technique et mélodique somptueux). Après cette ouverture déjà assez complète et inspirée on passera donc du très sombre "The Myth of Happiness", monument de lourdeur incisive, au plus aérien et mélodique "Blessed With Boredom" qui est tout de même contrasté par des breakdowns très méchants à l’atmosphère oppressante. La première ère s’achève déjà sur la satisfaction de constater que TDTC continue à progresser vis-à-vis de Eyes Wide Opium et confirme ainsi le savoir-faire qu’on avait pu y entrevoir.

Et TDTC va déjà bien surprendre car le concept de Savages va l’amener à faire quelques écarts. Et quel écart en la présence du morceau "Cassandra", interlude entre les deux premières ères qui s’avère être un morceau d’électro-synthwave tout à fait délicieux, incongru mais pas incohérent, et franchement excellent avec une ambiance futuriste incroyable. Mais le Metal va vite reprendre ses droits avec un "There Is No Calm Before the Storm" plus lourd et sombre que jamais, avec une ambiance nocturnale assez sidérante, et toujours ces leads techniques et complexes qui viennent compléter le tableau. "Ink" rebascule ensuite dans un Djent/Death-Metalcore plus classique, avec même quelques ambiances à la Meshuggah, mais TDTC se montre toujours aussi dynamique, toujours enclin à balancer quelques instrumentations plus complexes, et toujours bien sombre, avec en point d’orgue l’intervention du chanteur de Oceano pour des vocaux bien gras. Même chose pour "Flying With the Sheperds" où TDTC se montre encore très inspiré (flirtant pour le coup avec du Mathcore effectivement) mais semble privilégier l’efficacité à l’originalité, avec de gros breakdowns assez convenus mais hyper puissants. Pour l’originalité, on s’arrêtera donc sur "Demeter", deuxième morceau de transition qui lui va opter pour une ambiance plus aérienne avec des instrumentations jazzy de partout, et même du chant féminin inattendu en bout de course. TDTC sait surprendre, mais pour ce qui est du Metal/core, il reste tout de même dans les clous. La troisième et dernière ère de Savages ne va donc pas plus révolutionner son monde, "Empty the Void" arborant encore toutes les caractéristiques Djent/Death-Metalcore à tour de bras avec quelques leads mélodiques et petits effets d’ambiance, idem pour le plus Djenty "Utopia" avec encore du breakdown bien fat et un break cuivré. Le grand final "We Build the Past" va néanmoins clôturer Savages dans la grande classe, avec un aspect épique épicé par des claviers et un chant crié à fleur de peau, accompagné de chœurs et d’un formidable break futuriste ponctué par un solo ultime, tout ceci prouvant que TDTC peut faire de grandes choses.

Et The Dali Thundering Concept a donc mis les formes avec un concept ambitieux très bien fignolé, qui donne un certain crédit à ce Savages qui n’aurait pu passer que pour un banal album de Djent/Metal/core. Toutefois… malgré des moments remarquables où les arrangements musicaux apportent de la matière au concept comme "Cassandra" ou encore l’intro de "Utopia" avec ses vocaux narrés et quelques ambiances singulières ici et là (notons aussi que les sonorités ouvrant l’album sont celles qui le clôturent, pour former une boucle), Savages est tout de même un album assez voire trop homogène où malgré la séparation en trois parties, il n’y a pas vraiment de distinction musicale entre les actes, pas vraiment de fil conducteur, même si les morceaux s’enchaînent de manière très fluide. C’est un peu dommage surtout que le groupe semblait avoir des idées à revendre, mais peut-être en attendais-je plus ou trop, surtout quand je prends pour référence l’excellent The Unknown Citizens de Grorr où chaque partie avait sa cohérence et son atmosphère propre. Cela aurait pu donner une sacrée performance, TDTC en est donc resté à l’essentiel musicalement bien que le concept proposé vaut le détour et les quelques petites originalités apportent un plus. De toute manière, si l’on s’attarde juste sur le côté purement Djent/Death/Metal/core de l’ensemble, on sera servi car Savages est un très bon album. Le quatuor en a sous la semelle et enchaîne les compos mordantes et dodues, entre Death-Metalcore qui cogne bien (j’avais même du mal avec les voix au début mais au fil des écoutes elles s’avèrent redoutables) et Djent remuant et maîtrisé, avec tout ce qu’il faut de technique et de complexité, sans jamais devenir indigeste et en restant toujours efficace, et rien n’est à jeter, il y a même du hit. Même s’il est vrai qu’il n’y a rien de bien neuf musicalement là-dedans (on pourrait citer un bon paquet d’influences ou de groupes approchants stylistiquement), Savages est un album bien bonnard qui fait du bien par où il passe, avec une forme inspirée et un fond intéressant bien qu’il aurait pu être encore plus poussé. En France, on a pas de pétrole, mais on commence à trouver du bon gros Djent…

 

Tracklist de Savages :

1. Ostrich Dynasty (5:00)
2. The Myth of Happiness (4:49)
3. Blessed With Boredom (5:49)
4. Cassandra (3:26)
5. There Is No Calm Before the Storm (5:08)
6. Ink (4:20)
7. Flying With the Sheperds (4:09)
8. Demeter (4:39)
9. Empty the Void (4:34)
10. Utopia (5:33)
11. We Build the Past (6:16)