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Album

29/12/17 - Malice

Orphaned Land

Unsung Prophets & Dead Messiahs

LabelCentury Media Records
styleMetal Oriental
formatAlbum
paysIsraël
sortiejanvier 2018
La note de
Malice
8/10


Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Il aura donc fallu plus de quatre ans pour qu'Orphaned Land donne suite à All Is One, sorti en 2013 et qui avait vu le célèbre groupe israélien délaisser l'approche progressive de The Neverending Way of OrWarriOr au profit d'une musique très directe, accrocheuse, aux orchestrations peut-être moins fines et un peu plus « faciles » mais qui lui avait permis d'élargir considérablement sa fanbase. La question, toutefois, était de savoir si cette direction somme toutes « commerciale » allait être le nouveau fil rouge d'Orphaned Land ; une des questions, du moins, car le départ de Yossi Sassi en 2014 laissait également les fans dans l'expectative.

Si Orphaned Land a pris son temps, c'est qu'All Is One a eu l'effet escompté : le groupe a pris de l'ampleur, a tourné intensivement, effectué un bref tour européen en acoustique et, ne l'oublions pas, enregistré un album aux côtés d'un autre poids lourd du metal israélien, Amaseffer - un K'naan commandé par le directeur du théâtre de Memmingen qui voulait une bande-son pour sa comédie musicale sur la vie d'Abraham. Bref, si cinq ans séparent les deux opus, le groupe n'a pas été inactif ... et a visiblement pris son temps aussi pour nous balancer quelque chose de plutôt fouillé, plus proche des albums-concept qu'étaient Mabool et OrWarriOr que du très direct All Is One. Unsung Prophets & Dead Messiahs, c'est son nom, est une oeuvre ambitieuse, aux thèmes mêlant hardiment philosophie, mythes modernes et anciens, analyse sociétale, sortant un peu – et c'est bienvenu – du thème et des mythes religieux souvent employés auparavant.


Dès The Cave, l'idée principale de l'album, ce qui en constituera le fil rouge, est posée : la « caverne », c'est bien sûr celle de Platon, celle dont tout homme doit sortir pour découvrir la lumière, mais dans laquelle il préfère rester par peur de celle-ci. Kobi, de sa plus belle voix claire, le chante sur un refrain lumineux, accompagné de choeurs féminins rappelant All is One (« I can easily forgive a child who is afraid of the dark / But one cannot forgive a man who is afraid of the light »). Chant clair donc, mais aussi, et c'est une des grandes nouvelles de ce UP&DM, growl de retour dès ce premier titre, probablement un des meilleurs jamais composés par Orphaned Land et mêlant à la fois les rythmes plus up-tempi d'AiO, ses mélodies et son chant plus mélodique que jamais, mais ramenant le côté plus progressif des opus précédents, notamment via un solo de guitare à se décrocher la mâchoire.

Si le growl revient sporadiquement sur ce premier titre, il fait un retour tout sauf cosmétique sur UP&DM car deux titres y sont intégralement interprétés en chant extrême. Un growl à classer dans la catégorie « audible », comparable à celui de Tomi Joutsen (Amorphis) – et c'est tant mieux tant les textes font partie intégrante de la musique d'Orphaned Land.We do not resist, qui suit The Cave, file la métaphore de l'aveuglement volontaire, utilisant cette fois le conte d'Andersen, « Les habits neufs de l'Empereur » pour faire baser son message (« The naked emperor walks, to his new clothes we clap our hands »). Kobi Fahri avait dit que de son état d'exaspération face au monde dépendrait le retour du growl, et il est plutôt énervé à en juger un titre comme Only the dead have seen the end of war , peut-être le plus énervé d'Orphaned Land et qui voit même Tomas Lindberg (At the Gates) venir pousser la gueulante.

Pour autant, pas la peine de s'attendre à du metal extrême sur UP&DM : les Israéliens conservent ici un cap assez easy-listening et ne reviennent pas aux compositions sombres et épiques de Mabool ; du côté des orchestrations, bien plus qu'une musique orientale « traditionnelle », on est ici dans un type de sonorités orientales modernes. Loin des groupes de pagan folk ou de musique purement folklorique, Orphaned Land se base plutôt sur la version actuelle de la musique orientale pour colorer sa musique (comme le fait un Myrath), celle qui peut être entendue sur les ondes au Moyen-Orient. Certains utiliseront le terme « pop », « commercial » - ils auront totalement ... raison. Le fan de musique traditionnelle orientale doit probablement regarder Orphaned Land comme le fan de musique traditionnelle celtique regarde Eluveitie ; la comparaison me paraît toutefois cruelle tant la spontanéité des premiers, leur message positif et intelligent et tout bonnement la qualité de leurs compositions est une constante.

UP&DM n'est toutefois pas exempt de moments plus faibles, comme ce Yedidi 100% « oriental » qui ne parvient pas à atteindre le niveau de Shama'im sur l'album précédent ou encore le plutôt répétitif Left Behind ; globalement, on ne tient pas ici la dragée haute à Mabool, qui restera longtemps la référence absolue du groupe, mais Orphaned Land réussit à proposer une belle synthèse de toute sa carrière. Chains fall to gravity rappelle ainsi l'emphase de New Jerusalem sur OrwarriOr ; le chant clair de Fari évoque parfois Mikael Akerfeldt (Opeth) sur ce titre au final poignant, traversé par un solo du légendaire Steve Hackett. My brother's keeper voit Fari revenir à un chant narré et entame une fin d'album plutôt sombre, que clôt l'enchaînement Take my Hand, au riff étonnamment martial qui tranche avec un refrain très aérien, avant ce titre de clôture furieux où Tomas Lindberg incarne, explique Kobi Fahri, la voix de tout ce qui retient l'homme vers la « caverne » et dans le noir. Une conclusion un peu sombre pour un album dont le premier single, Like Orpheus, était pourtant particulièrement lumineux, Hansi Kürsch (Blind Guardian) venant poser sa voix très particulière sur un titre aux accents presque power metal, vrai tube de ce UP&DM.

Orphaned Land avait plusieurs vrais défis à relever sur Unsung Prophets & Dead Messiahs : assurer la transition suite au départ de Yossi Sassi, confirmer un statut de poids lourd de la scène metal oriental mais aussi rassurer certains fans qui espéraient peut-être que la direction prise sur All is One ne soit pas définitive. Si ce n'est pas un sans faute – on n'atteint pas ici le niveau de Mabool, l'album alternant l'excellent et l'anecdotique – il faut saluer le travail réalisé par le groupe, qui conserve son identité à part tout en renouvelant son message et propose une synthèse idéale de l'ensemble de sa carrière. Mission accomplie, donc ...  

Tracklist

1. The Cave (8:26)
2. We do not Resist (3:31)
3. Propaganda (3:41)
4. All Knowing Eye (4:38)
5. Yedidi (2:39)
6. Chains Fall to Gravity (ft. Steve Hackett) (9:48)
7. Like Orpheus (ft. Hansi Kürsch) (4:43)
8. Poets of Prophetic Messianism
9. Left Behind
10. My Brother's Keeper
11. Take my Hand
12. Only the Dead Have Seen the End of War (ft. Tomas Lindberg)
13. The Manifest - Epilogue 

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