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Album

27/11/17 - ZSK

Almyrkvi

Umbra

LabelVán Records
stylePost-Black Metal astral
formatAlbum
paysIslande
sortienovembre 2017
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Des profondeurs terrestres et volcaniques islandaises, surgissent des formations de Black-Metal d’une noirceur et d’une furie sans égal. Mais si un MysÞyrming met en images et en musique l’intérieur d’une caverne éclairée par le rouge écarlate du magma en fusion, Almyrkvi lui est sorti à l’air libre, en pleine nuit, a vu les étoiles entre deux nuages de cendre et a décidé de s’en approcher le plus possible. Le duo formé par Garðar S. Jónsson et Bjarni Einarsson de Sinmara et Slidhr s’est donc dès ses débuts éloigné du son terreux de ses compatriotes insulaires pour nous livrer une version plus astrale et apocalyptique du Black-Metal islandais, noir à sa manière, avec ses propres influences. La sortie de l’EP Pupil Of The Searing Maelstrom l’année dernière a permis à Almyrkvi de révéler tout son potentiel. Son Black-Metal stellaire, rituel, sombre et possédé avait tout pour prendre une dimension inégalée et devenir une des sensations en termes de BM qui vient du froid et des paysages lunaires. Sorte de croisement entre Darkspace et The Ruins Of Beverast le tout sous une couche de neige et de cendre et emporté dans une capsule spatiale à la dérive, l’art d’Almyrkvi avait déjà fait sensation l’espace d’un EP de 5 titres. Un an et demi plus tard, il est temps pour le combo de Reykjavík de confirmer ses dispositions avec un très attendu premier full-length, Umbra, toujours chez Ván Records. Une planète noire en proie à un certain chaos apocalyptique, tel est le visuel que nous propose Almyrkvi, pour une nouvelle fois une musique résolument astrale mais aussi d’une noirceur sidérante, un Black-Metal venu d’ailleurs qui a regardé dans un trou noir et a sombré dans la folie.

Mais Almyrkvi a plusieurs cordes à son arc et Pupil Of The Searing Maelstrom l’avait montré d’ailleurs. Les bases ne vont pas pour autant changer et pour Umbra, le duo améliore même sa production sonore ce qui lui permet de mieux appuyer ce qu’il y a de plus sombre dans sa musique, ces riffs âpres et râpeux, cette voix rauque hallucinée, cette batterie tribale et rituelle. Là-dessus, Almyrkvi pose son univers malgré tout stellaire, on contemple la voûte céleste mais nous flottons tout de même dans le zéro absolu en frôlant l’anti-matière, les mélodies cosmiques accompagnant l’ambiance noire suffocante où l’air est inexistant, l’atmosphère absente. Mais musicalement, Almyrkvi joue forcément sur les atmosphères. Et va, pour son premier album, réussir à trouver son équilibre avec le peu de molécules qu’il a à sa disposition dans le vide astral. Pupil Of The Searing Maelstrom commençait par le très aérien "Primeval" avant que "Shrouded in Blinding Light" ne mette en avant la noirceur et la lourdeur de la musique du groupe. Eh bien pour Umbra, Almyrkvi fait majoritairement le pont entre ces deux dosages, les molécules se rééquilibrant et se répartissant d’elles-mêmes dans le nouvel espace vide constitué par les 42 minutes de Umbra. Almyrkvi va y trouver un nouveau souffle mélodique mais ne va en rien oublier ses aspirations chaotiques et apocalyptiques. Lorgnant même vers du pur Post-Black, Almyrkvi n’oublie pas d’instaurer une certaine terreur même si cela ne se fera jamais dans la brutalité ou l’agression. Le groupe islandais affirme donc son côté le plus astral, au sein d’un album forcément sidérant qui instaure à chaque instant une ambiance de fin du monde, ou plutôt de fin d’un monde dans des contrées bien éloignées des nôtres.

"Vaporous Flame" démarre Umbra un peu comme "Primeval" avait débuté Pupil Of The Searing Maelstrom, avec du chant clair majoritaire mais Almyrkvi y rajoute un côté plus épique, avec un démarrage classieux appuyé par de légers blasts. Une montée vers les cieux très mélodique, mais une fois que l’on quitte l’atmosphère pour plonger dans le cosmos autrement plus noir, on se retrouve avec tous les éléments sombres dans le paysage sonore, avec une batterie écrasante et bien sûr le chant possédé de Garðar. "Forlorn Astral Ruins" nous plonge donc vraiment dans l’ambiance si particulière du Black-Metal d’Almyrkvi, on retrouve les riffs bien rocailleux et la batterie percussive, mais le duo islandais joue donc avec ses équilibres et au milieu de toute cette noirceur et de ces rythmes prenants flirtant avec le Black/Doom, on se surprend à trouver un véritable refrain en chant clair, une lueur au milieu de tout ce noir absolu. Almyrkvi nous propose donc désormais de véritables symphonies astrales et ce à sa manière. Il y a déjà de tout dans un morceau comme "Severed Pillars of Life", œuvrant dans un Black/Doom bien sombre et sidéral, émaillé de breaks mystiques (avec même des instrumentations acoustiques), de leads transcendants, mais aussi de mélodies qui viennent contrebalancer les vocaux bien hallucinés. La balance des rares molécules continue à se faire, la matière danse avec l’antimatière, et "Stellar Wind of the Dying Star" oscille entre lourdeur et mélodie, avec des riffs appuyés mais aussi des trémolos et des leads, et encore un peu de chant clair avant un final particulièrement apocalyptique. Almyrkvi est donc allé un peu plus loin que Pupil Of The Searing Maelstrom en renforçant son côté Post-Black et Black/Doom, et en hésitant pas à partir dans des contrées plus mélodiques, façon leads astraux de Darkspace mais pas seulement, même s’il n’oublie pas ses bases très sombres en témoigne le très dark et inquiétant "Cimmerian Flame", le morceau le plus proche de ce qui avait été fait sur son premier EP.

Le voyage inter-galactique se termine sur les 7 minutes de "Fading Hearts of Umbral Nebulas", un final résolument épique qui là encore fait bien l’équilibre entre compos ténébreuses et mélodies sidérantes, avant de s’embarquer logiquement dans une conclusion cosmico-apocalyptique. Et Umbra, sur les bases de Pupil Of The Searing Maelstrom, de tenir ses promesses sur le potentiel d’Almyrkvi. Maintenant, est-ce que Almyrkvi a pondu un chef-d’œuvre de premier album, c’est plus discutable. On en attendait peut-être trop sachant qu’il s’agit n’oublions pas de leur premier album malgré tout, mais le duo islandais peut très probablement faire encore mieux, et il ne fait ici que confirmer ce qu’il avait fait sur Pupil Of The Searing Maelstrom sur une durée plus conséquente (pour une seule piste de plus). Almyrkvi se cherche encore et cet album, un peu moins sombre que l’EP qui lui précède, confirme que le groupe doit encore vraiment choisir sa voie, pure noirceur astrale ou aspirations Post-Black aériennes. Il faut aussi bien avouer que l’effet de surprise est passé, Pupil Of The Searing Maelstrom ayant donné toutes les bases, sachant que Umbra a distillé les éléments d’un morceau comme "Primeval" dans tout le reste, qui perd un peu en noirceur par moments. On attendait peut-être autre chose, peut-être plus, des compos encore plus marquantes mais on reverra ça plus tard et même si les morceaux Pupil Of The Searing Maelstrom restent encore au-dessus de ce qui est proposé sur Umbra, cet album n’en est pas moins réussi et surtout assez singulier, surtout dans la scène islandaise. Un sacré album bien sombre qui offre une vision assez apocalyptique d’un Black-Metal astral, nous n’en attendions pas moins d’Almyrkvi qui excelle dans la mise en place de son ambiance stellaire terrifiante, avec des riffs aussi rocailleux que la surface d’un astéroïde, des vocaux oppressants et une batterie aliénante, mais aussi des mélodies issues de la lumière des rares étoiles environnantes et un chant clair annonceur d’explosions apocalyptiques. Quand le Black islandais offre sa vision d’un Black ambiant Darkspacien sous l’égide du label de The Ruins Of Beverast, cela nous donne un Almyrkvi mystique et obsédant qui n’est pas loin de confirmer son potentiel inter-planétaire.

 

Tracklist de Umbra :

1. Vaporous Flame (9:20)
2. Forlorn Astral Ruins (6:55)
3. Severed Pillars of Life (6:17)
4. Stellar Wind of the Dying Star (6:15)
5. Cimmerian Flame (6:15)
6. Fading Hearts of Umbral Nebulas (7:03)

 

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