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Album

24/11/17 - Di Sab

Electric Wizard

Wizard Bloody Wizard

LabelSpinefarm Records/Witchfinder Records
style"Drugs, sex, every sort of filth"
formatAlbum
paysU.K
sortienovembre 2017
La note de
Di Sab
5/10


Di Sab

Les lames, les trips à l’acide en Harley dans ce Dorset coupé de la civilisation, le shit 50% pneu, la paranoïa, les yeux rouges dans lesquels se reflètent les muses de Rollins et de Jess Franco, la chaleur moite des studios de répèt vétustes. Malgré la description anxiogène de leur quotidien et de l'endroit dont ils viennent, Electric Wizard ne serait-il pas le groupe le plus dandy des temps modernes ? Le cheikh et calife Jus Oborn règne sans partage et as Caligula (comme il le dit dans Incense for the Damned) depuis Dopethrone (au bas mot) sur la contrée du stoner/doom, contrée en expansion perpétuelle. Sortis de son harem, une armée de fanatiques armés de pédales fuzz essaient de faire comme papa, avec un succès plus ou moins relatif mais dans un mimétisme touchant.

D’aucuns situent le début de la chute du Wizard après 2007 et ce Witchcult Todayayant fait l’unanimité. Je ne suis pas d’accord, Black Masses étant pour moi l’apogée de la mue moderne d’Electric Wizard, alors que le groupe était en train de franchir un cap en matière de popularité. Et c’est là que ça merde. Au faîte de son succès, Jus, d’une main boudinée et pleine de bagouses lance en pâture un rance Time to Dieà ses fans affamés, fans qui après l’offrande se divisent entre les satisfaits d’avoir eu ce qu’ils cherchaient et les autres, conscients du peu d’effort fourni en cette occasion par le groupe. Et c’est là que ça devient dandy, car plutôt que de satisfaire les jeunes âmes qui commencent à se pervertir les poumons avec de la Devil’s Letuce mal visser’ sans se fouler en sortant un Dopethrone de contrefaçon tous les 3 ans, Jus, dans un geste (qui aurait pu/dû être) sublime, tourne le dos à toute cette merde, laisse le doom fuzzé à ses successeurs et fait dans l’éducation. À tous les kids fans d’Electric Wizard qui n’ont jamais écouté Fun House, Love it to Death, Vincebus Eruptum ou Kick out the JamsJus décide de montrer d’où vient le Sorcier Électrique, se la joue vieux saumon et décide de donner une leçon de heavy rock.

L’idée était franchement bonne. Le résultat l’est un peu moins, en tout cas après une dizaine d’écoutes. Je ne désespère pas d’arriver à l’apprécier après quelques temps (à l’instar de Witchcult Today, album que je n’ai apprécié qu’après 6-7 ans), mais les premières impressions restent mitigées. Peut-être cette déception est-elle liée au fait que tous les voyants étaient au vert pour le retour du Grand Wizard : six titres pour un album supposé sans remplissage, un artwork des plus sleazy avec ce sang ultra épais « rouge carmin Leroy Merlin » qui rappelle les meilleurs giallo(s), et un premier extrait prometteur. Sauf qu’au terme de l'album, on se retrouve face à un Wizard qu’on suppose en mutation et donc face à un album qui pourrait être plus abouti.

En effet, à l’inverse de ce qui fut dit dans les interviews, Electric Wizard n’a pas totalement clôt un chapitre de son existence avec Time to Die.Wizard Bloody Wizard contient de nombreux gimmicks qui ont ponctué la carrière du groupe, survivants aux divers virages amorcés au sein de la dite carrière : lyrics en patchwork, collage d’obsessions où sont citées des chansons préexistantes (le "turn off our mind" de See you in Hell), fin d’album sur une pièce finale de plus de 10 minutes (après Saturnine, Dopethrone, Saturn’s Children) et une façon circulaire d’écrire ses albums (les "see you in hell" qui constituent la clé de voûte du dernier titre tout en renvoyant au premier). D’ailleurs, d’un point de vue structurel, l’album est divisé en deux parties égales et si distinctes que l’écoute globale en est perturbée : les trois premiers titres sont plus bluesy, raw et directs alors que les trois derniers sont plus conventionnels, dans un registre assez minimaliste avec une prod rappelant totalement Black Masses.

À proprement parler, il n’y a pas un point particulier où le bât blesse, mais à l’instar de Time to Die, l’ensemble n’est pas inspiré. Certains riffs ressortent (Necromaniac), certains refrains aussi (Mourning of the Magicians, See you in Hell) mais là où tous les albums pré-Time to Die(excepté Electric Wizard) agissaient sur les structures mentales, on ressort de Wizard Bloody Wizardindemne, on se retrouve même à s’ennuyer franchement à certains moments (cet interminable I Hear the Sirens Screams) alors que cette structure six pistes directes était taillée pour l’efficacité. Rajoutons à cela la franchement piètre performance du nouveau batteur (qui nous rappelle cruellement à quel point Greening manque) qui ne fait véritablement qu'accentuer ce côté mitigé.

Electric Wizard a eu une bonne intuition et le courage de faire ce qu’ils avaient envie de faire. Mais eux qui se revendiquent sans compromis et jusqu’au-boutistes n’ont justement pas poussé le délire sleaze/heavy rock au maximum et se sont raccrochés à leurs acquis sur une moitié d’album. Le résultat n’est pas mauvais mais forcément en deçà des attentes et de leur glorieux passé. Mais après tout, cette lente décadence d’un sorcier, un peu mérovingien dans l’âme, devenu trop gros et enfumé pour rester électrique, est peut-être le destin rêvé pour tout groupe de doom.

 

Tracklist : 

1. See You in Hell (6:38)
2. Necromaniac (6:14)
3. I Hear the Sirens Scream (8:44)
4. The Reaper (3:15)
5. Wicked Caresses (6:43)
6. Mourning of the Magicians (11:18)

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