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vendredi 6 octobre 2017 - Malice

ADX

Pascal "Betov" Collobert

Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Voilà un peu plus d'un an maintenant ouvrait dans mon village (Lens, modeste homonyme de la ville du Pas-de-Calais) le Titans Club, un café-concert à la programmation particulièrement foisonnante, souvent entre groupes régionaux belges qui y ont établi leurs quartiers ou presque et groupes de cover. Puis, entre tout ça, parfois, des noms interpellants : Arkan, DGM, les vétérans de la NWOBHM Tyrant ou encore... ADX. La venue des légendes du heavy metal français à l'ancienne était l'occasion idéale de poser quelques questions au bavard et sympathique Betov (guitare) !

Florent : Salut Betov ! On va commencer par l'actu : cette tournée Non Serviam, qui dure depuis un petit temps maintenant, comment ça se passe ?

Betov : On a pas arrêté de jouer depuis la sortie de l'album voilà un an et demi maintenant presque, c'est vrai. La semaine passée, on était à Madrid, c'était un nouveau public pour nous ; pas mal de vieux fans mais aussi beaucoup de jeunes qui découvrent ADX sur le tard... C'était plutôt sympa. Aujourd'hui, on joue avec nos vieux potes de Drakkar avec qui on a mis ça en place voilà déjà un an. On finit la tournée dans un mois et demi et ça se termine en beauté en retrouvant des amis.

C'est donc le moment de tirer les bilans sur l'accueil réservé à Non Serviam...

Mieux qu'attendu et encore meilleur que l'album précédent ! On est ravis et ça nous force à continuer et à faire encore mieux pour le prochain.

L'air de rien, c'est déjà le quatrième album depuis votre « nouvelle vie » et Division Blindée ! Ca fait autant qu'entre 85 et 91, la grande époque... C'est un cap symbolique.

Je vais te dire quelque chose : j'ai passé plus de temps sur les dix dernières années avec la reformation d'ADX que j'ai pu en passer dans les années 80. Oui, c'est symbolique, aussi parce qu'on ne s'y attendait vraiment pas. On s'est revus à l'époque, on a fait un boeuf pour le plaisir et l'envie est revenue... On ne s'attendait pas à un tel retour. Il y a un revival autour de ce qu'on fait, aussi, une forme de nostalgie. Et entre nous soit dit, on en profite énormément : on ne sait pas combien de temps ça va durer !

C'est que du bonus, quoi ?

Complètement ! C'est pour ça qu'on tourne autant, qu'on vient jouer dans des endroits où les gens nous disent « mais qu'est-ce que vous faites là ? ». ADX veut jouer partout, aller voir les gens ! On s'éclate bien, on a un peu plus de moyens aussi... Puis, forcément, on est rodés à tout ça : ce soir, on joue dans un club, on installe le matériel, on a une équipe qui tourne et on se donne la peine de jouer dans de bonnes conditions où que ce soit.

Qu'est-ce qui change, justement, si on compare les deux périodes, dans la manière d'aborder les tournées et de composer les albums ?

A cette époque-là, on pouvait dormir beaucoup moins et boire beaucoup plus (rires) ! On est peut-être un peu plus sages maintenant, encore que... Non, une différence principale, c'est qu'à l'époque, on était toute une bande de groupes et de potes qui perçaient en même temps, dont certains sont encore là. Des groupes comme Blasphème, Still Square, Killers... On était tous un peu insouciants, on avait ton âge, on fonçait, quoi.

Puis, évidemment, beaucoup de choses étaient différentes : bêtement, on n'avait pas Internet ! Tout se passait encore par fanzines, ça n'a l'air de rien comme ça mais je peux vous dire qu'on apprécie la différence. Pour l'enregistrement, aujourd'hui tu peux presque faire un album chez toi, alors qu'à l'époque c'était la galère pour enregistrer une maquette (rires). Mais sinon, dans l'esprit, le groupe est toujours le même, on est restés des gamins, on aime toujours autant faire la fête. Y'a juste le foie qui n'est plus tout neuf. On a toujours la foi, on a juste un peu moins le foie ! (rires)

Non Serviam sonne plutôt moderne au niveau du son, des riffs ; c'est intéressant, parce qu'après tant d'années, comment on fait pour rester dans le coup, pour ne pas sonner daté ? On se tient au courant des sorties actuelles, de ce que les groupes font aujourd'hui ?

Tout à fait. On écoute de tout au sein du groupe et heureusement, il y a deux membres récents qui sont un peu plus jeunes que les trois anciens ! Ils sont un peu plus au fait des nouveaux styles, des nouveautés musicales ; ADX, c'est donc un mélange de tout ça. Pareil au niveau des compos : chacun participe, amène des idées, on fait une grosse salade avec tout et puis on tire les tartines, comme on dit (rires). Mais ça a toujours existé, cette cohabitation, même à l'époque : il y avait les gars qui étaient plus Deep Purple et ceux – comme moi – qui étaient plutôt Judas Priest, un peu plus rentre-dedans. Quoi qu'il en soit, il y aura toujours chez nous ce mélange de mélodie dans les refrains et de riffs plus agressifs, quasi-thrash. On ne fait pas vraiment de slows ou de ballades pour emballer ! On a juste fait Brocéliande sur le troisième album, avec cette intro plus mélodique... Les fans aiment bien ce titre, on l'a rejoué récemment et ils étaient contents.
 

L'arrivée récente au sein du groupe de Nicolas Minier (ex-Carnival in Coal) a probablement contribué à ce son moderne...

Tout à fait... et j'ai même joué moi-même dans Carnival in Coal ! (rires) Enfin, pas vraiment, j'ai juste été invité pour faire un solo car ce sont de vieux fans d'ADX... Mais j'adore Carnival In Coal ! Ce mélange complètement barré, mélanger du death et du disco dans un morceau comme ils le font, j'aurais jamais osé (rires). J'ai rencontré Nicolas à l'époque, on a sympathisé et il m'avait dit que si jamais, un jour, j'avais besoin d'un guitariste, je ne devais pas hésiter... J'ai gardé ça dans un coin de ma tête et voilà ! Mais Nico est un multi-intrumentiste, il joue dans plusieurs projets, il est aussi avec nos potes de Thrashback, ça démonte.

Tant qu'on en est à parler de musique extrême... L'idée de ce titre d'album, Non Serviam, ça vient d'où ?

J'ai trouvé l'idée sur internet, un pote avait pris ça comme pseudo et je me suis renseigné. L'idée de parler des religions, avec tout ce qui se passe actuellement... ADX n'a jamais voulu rentrer dans ce débat-là, donner son avis, mais bon, comme on adore les textes historiques, j'ai émis l'idée et l'ai soumise aux deux gars qui écrivent tous les textes, Philippe (chant) et Didier (batterie). Je trouvais que ça sonnait bien, ce terme latin, on avait déjà eu Ultimatum... Didier a ensuite eu l'idée de ce curé déçu par la religion et qui tombe la robe. C'est de là que ça vient. Après, on nous a parlé de ce groupe, Rotting Christ...

Oui, c'est peu là qu'on voulait en venir (rires) !

Je ne connaissais ABSOLUMENT pas ce groupe ! Quand la chronique est sortie dans un magazine et évoquait ça en faisant un peu une fixette là-dessus, je n'ai pas trop compris (rires). C'était une polémique qui n'avait pas lieu d'être : l'album Ultimatum, combien doivent porter ce nom dans le monde ? Autre chose, pour l'anecdote, le groupe de punk anglais The Adicts s'appelait ADX à ses débuts, ils ont des albums sous ce nom. Donc bon...

Non Serviam est aussi le premier album publié sur « votre » plateforme, Ultim' Records. C'était une nécessité, une envie de votre part ?

Ca faisait longtemps qu'on y pensait, oui. On a eu l'occasion de le faire, d'avoir un distributeur d'accord pour travailler avec nous. Je me suis beaucoup occupé de ce « pseudo » label, qui n'en est pas vraiment un, c'est surtout une façon pour nous de gérer tout ce qui entoure la musique d'ADX. C'est plus direct, c'est comme quand tu achètes un kilo de tomates directement chez le producteur, tu économises sur un intermédiaire (sourire). Ca nous permet de réinvestir dans des projets, comme la ressortie en Vinyle d'Ultimatum, qui n'était jamais sorti sous ce format, ainsi que Division Blindée qu'on va ressortir avec quelques titres bonus ... On aimerait aussi ressortir quelques albums sous forme d'un beau package, y compris l'album en anglais. J'aimerais aussi proposer un bel objet pour le prochain album, au sujet duquel je ne peux pas vraiment te donner de détails vu qu'on est à peine en train de bosser dessus. Je peux juste te révéler un petit truc en exclu, c'est que ce prochain album contiendra une sorte de triptyque basé sur un moment historique bien particulier, une fresque musicale en trois parties...

Cet album en anglais, Weird Visions, vous l'assumez pleinement ?

Ah mais j'adore cet album ! On a juste eu un petit malentendu à l'époque avec la maison de disques... Enfin, un malentendu, je suis gentil de dire ça, je ne veux pas faire de langue de bois (rires), mais ils nous avaient promis la sortie de l'album en français, uniquement pour la France, et n'ont pas tenu cette promesse. Après quelques mois, ils nous ont virés et on a donc jamais eu le temps de le faire. Mais on a toujours les textes, on a rajouté un des morceaux enregisrés en français sur le bonus d'Ultimatum à l'époque pour la réédition. Tout le monde nous en parle, mais je vais être honnête, je préfère bosser sur une nouvelle sortie que de réenregistrer ça en français : Weird Visions, c'est quand même le passé, c'est 1990... Peut-être le ressortir avec quelques bonus d'époque, oui, pour faire plaisir aux fans.

Tu as parlé de revival heavy un peu plus tôt dans l'interview ; est-ce que c'est quelque chose que tu ressens, que ce soit dans les ventes d'album ou dans le public plus jeune ?

Depuis une dizaine d'années, complètement, oui. Et au final, y'a pas que dans le metal ! Les tournées nostalgiques des années 80 avec ces vieux artistes, là, ça fait un carton en France, les Zenith sont blindés ! Chacun chante une chanson et voilà... Au final, le Paris Metal France Festival qu'on a organisé avec 42 groupes sur deux jours, c'était un peu ça ; bon, bien sûr, il y a des nouveaux groupes, parce qu'on veut soutenir les petits jeunes, mais il y a eu plein d'anciens groupes parce que les gens réclament ça. Depuis qu'on est revenus, il y a eu plein de reformations... Je crois que c'est aussi notre génération qui est fort nostalgique, je me rappelle de ce concert entre Dijon et Clermont-Ferrand, dans un coin où on n'avait pas encore été ; un mec est venu nous dire que ça faisait 30 ans qu'il attendait de nous voir en concert, il n'en avait pas eu l'occasion à l'époque. Le gars avait un sourire jusqu'aux oreilles, ça nous fait plaisir.

Justement, les albums de vos débuts, Exécution, La Terreur et Suprématie ont acquis un statut un peu culte. Ca vous fait quoi ?

Ca reste vraiment un grand mystère pour moi, ça... D'ailleurs, pour revenir sur les rééditions, c'est aussi ce qui nous fait mal au coeur, ces albums par exemple live des débuts devenus introuvables. Ca nous a motivés à devenir plus indépendants, pour combattre ces bootlegs... Des gens se font des fortunes avec ces « faux » albums. Mais sinon, oui, ce statut culte, c'est incompréhensible ! On s'en est un peu rendu compte en revenant, puis en voyant les ventes de ces albums... Mais on était juste une bande de gamins qui enregistraient dans leur cave, voilà. J'ai toujours personnellement été quelqu'un comme « tout le monde », avec les soucis et les bonheurs de la vie normale. Qu'on nous mette sur un piédestal, comme ça, je comprends difficilement – mais ça nous fait plaisir, bien sûr !

L'année passée, vous avez ouvert pour Mass Hysteria à Calais. Une affiche qui m'avait un peu étonné, ce groupe plutôt axé public jeune qui invite un groupe de vieux heavy pour ouvrir. Tu peux m'en parler un peu ?

Yann, le guitariste de Mass Hysteria, venait nous voir en répète quand il avait 14 ans et sa mère, à l'époque, nous avait dit : « J'en ai marre que mon fils fasse n'importe quoi et cavale partout avec ses copains, vous pouvez pas lui apprendre la guitare ? » (rires). J'ai appris trois accords basiques à Yann, il a commencé comme ça, puis on s'est perdus de vue... On s'est revus et il m'a dit qu'il jouait dans un groupe appelé Mass Hysteria. Ils venaient de sortir Contraddiction (1999). J'avais pris une claque énorme à l'époque ! Du coup, Yann, on le connaît depuis, je ne sais même plus, 87, 88... et il m'avait dit qu'un jour ou l'autre, il s'arrangerait pour qu'on joue ensemble. C'était un kiff pour eux aussi. Je suis admiratif de ce qu'ils ont fait et ça nous a fait plaisir, on a dit oui directement quand on a trouvé le créneau. La réaction du public, plus jeune que le nôtre, a été très bonne, les gens étaient réceptifs. Puis Mass Hysteria, sur scène, c'est énorme ! C'est une machine de guerre, un truc super huilé... Un bulldozer. Mais ils ont gardé les pieds sur terre, ça fait plaisir.

Merci à toi pour cette interview en tout cas !

Merci à toi et à Horns Up, c'est toujours un plaisir !

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