Chronique Retour

Album

23/09/17 - Di Sab

The Obsessed

Sacred

LabelReleapse Records
styleDoom metal
formatAlbum
paysUSA
sortieavril 2017
La note de
Di Sab
8/10


Di Sab

                Après le fameux incident norvégien lors de la tournée anniversaire de Born Too Late, la trajectoire de Wino a été compliquée à suivre. Scott Readgers, qui devait originellement faire en sorte que Saint Vitus puisse honorer ses engagements européens (Wino étant interdit de territoire jusqu’en 2019), s’est manifestement réinstallé en tant que chanteur de la formation californienne alors que Wino était apparemment en cure de désintox, tadis que l’année dernière Spirit Caravan (autre side-project de notre persnnage principal) s’est séparé sans non plus d’autres explications. Le flou sur l’avenir de Wino a été dissipé en février 2016 avec la reformation de The Obsessed, groupe sporadiquement actif depuis  1980 mais n’ayant que 3 albums au compteur, le dernier en date, le mythique Church Within ayant déjà 24 ans. Puisque la vie n’est que rarement simple, rajoutons à tout ce bordel des péripéties de line up : le line up de reformation n’est pas celui qui a enregistré l’album qui n’est pas non plus celui qui tourne actuellement et entre l’enregistrement de l’album et le line up actuel, il y a eu un line up ce qui fait 4 line up en 1 an. Vous suivez ?

                On aurait parié ne pas en voir le bout, mais un an après cette reformation, Sacred est là et Wino semble désormais n’être impliqué que dans The Obsessed.  Fan boy de cet homme devant l’Eternel, paradoxalement, je n’attendais pas grand-chose de ce nouvel opus : la faute au trop plein de confusion qui  l’entourait et de l’héritage bien trop lourd à porter. A cela ajoutons qu’à l’exception de ses excellentes collaborations dans Place of Skulls et Shrinebuilder, les « récents » (ici comprendre qui ont moins de 20 ans) travaux doom dans lequel Wino a été impliqué n’ont pas le génie absolu de ses albums plus anciens : les Spirit Caravan bien que très décents ne sont pas exceptionnels, il en va de même pour Lilie F-65, le dernier Saint Vitus sur lequel il a participé, franchement pas mémorable.   

Mais comme Wino, transforme tout ce qu’il touche en or et n’est manifestement jamais aussi bon que lorsque tout ne va pas dans sa vie, ce Sacred semble pour l’instant tenir la route et n’a surtout pas à rougir face à ses illustres prédécesseurs. A l’instar de Pentagram qui le fait régulièrement,The Obsessed ont décidé de rendre justice à l’un de leurs plus vieux titres (Sodden Jakal) et de le réenregistrer pour un résultat absolument incroyable. Le reste de l’album aurait pu être nul à chier, rien que la présence de ce titre justifie au moins un 6 sur 10 tant il symbolise The Obsessed : un groupe versatile où la base doom classique est sans cesse traversée par des pentatoniques bluesy et des soli sortis d’absolument nulle part. 

Cet aspect versatile justement ainsi que la longueur de l’album (14 morceaux avec les bonus pour une durée totale d’une heure) ne le rendent pas forcément facile d’accès pour une première confrontation avec la musique du groupe. A l’inverse de Saint Vitus avec leur identité très marquée et leurs paroles très directes, The Obsessed est, selon les dires de son leader, un projet fourre-tout : titres au feeling hard rock (Punk crusher ou la reprise de Thin Lizzy It’s Only Money) côtoient des titres beaucoup plus solennels (Sacred). Titres énergiques (Be the Night) et titres beaucoup plus contemplatifs (On so Long qui me rappelle beaucoup son passage dans Place of Skulls) se mêlent, et il est difficile pour l’auditeur de trouver un fil rouge. 

Mais après plusieurs écoutes, cette absence de ligne artistique précise n’est pas dérangeante, on accepte simplement de se retrouver face à une succession de compositions d’extrêmement bonne facture. De plus, certaines choses ressortent tout de même, penchons-nous sur les deux principales : D’abord, il y a systématiquement dans cet album une gestion des silences et du temps absolument impressionnante. Il y a beaucoup de micro-pauses qui mettent en valeur les riffs ou bien les découpent, donnant naissance à un groove on ne peut plus maîtrisé. De la même manière, tout l’album est traversé par d’extraordinaires épiphanies : soli qui jaillissent et contrastent avec la monotonie instaurée par la voix de Wino, clair-obscur qui a raison de ma mâchoire qui à chaque fois se décroche d’admiration. L’atmosphère de Sacred est moins pesante que celle de Church Within (dont la mélancolie de type « Dimanche après-midi à la maison en automne, il pleut dehors » est une constante dans l’album) et se rapproche de celle du premier éponyme, déflagration d’énergie et de puissance, ponctuée par quelques soupirs.

The Obsessed a moins profité du regain d’intérêt pour la scène doom que Pentagram ou que Saint Vitus, gageons que cette reformation et cet album changeront la donne. Néanmoins, si vous n’êtes pas familier avec The Obsessed, essayez de ne pas rester sur votre première impression si celle-ci est mitigée et allez creuser du côté de The Church Within ou du premier album avant de réaccorder à cet album plusieurs écoutes, vous n’en serez normalement pas déçu.  Pas le plus facile pour commencer, mais un très bon retour en somme. 

Tracklist : 

1.  Sodden Jackal
2.  Punk Crusher
3.  Sacred
4.  Haywire
5.  Perseverance of Futility
6.  It's Only Money
7.  Cold Blood
8.  Stranger Things
9.  Razor Wire
10.  My Daugter My Sons
11.  Be The Night
12.  Interlude
13.  On So Long (Bonus Track)
14.  Crossroader (Bonus Track)