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Album

12/09/17 - ZSK

The Great Discord

The Rabbit Hole

LabelThe Sign Records
styleProgressive Pop Metal
formatAlbum
paysSuède
sortieseptembre 2017
La note de
ZSK
9/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Il y a des groupes dont on attend strictement rien de spécial de la suite de leur carrière, parce qu’on a découvert un album par hasard ou que dans mon cas, on est chroniqueur de webzine donc on traite pas mal de choses que l’on aurait pas découvertes par nous-mêmes, mais dont on suit les nouvelles sorties par curiosité, par envie de suivre le groupe malgré tout, ou plus simplement pour chercher la bonne surprise, car tout est toujours possible. Et pourtant, desfois, on le sent bien et la simple curiosité se transforme presque en une certaine impatience et effervescence. C’est ce qui m’arrive avec The Great Discord, groupe que j’ai découvert en 2015 par le biais de leur premier album Duende que Metal Blade avait envoyé à mon précédent employeur webzinal. Ce groupe suédois notamment mené par le batteur Aksel Holmgren, « Nameless Ghoul » de Ghost entre 2010 et 2014, et ex-12 Gauge Dead et Prowess (avec le guitariste André Axell), pratique un Metal progressif moderne et est notamment accompagné d’une chanteuse au style original et extravagant. Une sorte de Stolen Babies et UneXpect en moins barré croisé avec du Metal progressif américain à la Between The Buried And Me voire Protest The Hero en moins technique, voilà ce qu’était grosso-modo le programme de Duende, qui se distinguait par des morceaux très mordants et entraînants ("The Aging Man", "Eigengrau", "L’Homme Mauvais") mais possédait aussi quelques passages à vide. Voilà les bases de The Great Discord, directement signé chez Metal Blade avec l’étiquette d’énième Next Big Thing qui ne percera peut-être jamais comme tant d’autres. « Retombé » chez le méconnu label suédois The Sign Records qui semble surtout signer des formations de Heavy Metal, The Great Discord nous livre pour cette rentrée 2017 son second full-length, The Rabbit Hole. Et donc, après des premiers singles convaincants, je le sentais bien cet album, sans trop expliquer pourquoi, et en sachant toujours bien que je ne m’y serais très probablement jamais penché si on ne m’avait pas confié la chronique de Duende il y a deux ans. Et là, j’ai vraiment eu le nez creux, et ma cavité nasale m’a dirigé vers une des plus belles claques que j’ai prises depuis un bon moment.

Récapitulons un peu, vu que je ne pense pas qu’énormément de monde se soit penché sur Duende en son temps, album prometteur mais un peu hétérogène. Pour The Rabbit Hole, le style n’a de toute façon pas bougé mais The Great Discord a carrément progressé à tous les niveaux. Sur un Metal progressif assez direct et concis (pas de pistes à tiroirs ici) mais avec un niveau technique généralement relevé, se greffent bon nombre de riffs catchy et incisifs souvent proches de l’école technico-progressive moderne américaine, d’ailleurs The Great Discord est réellement « Metal » à chaque instant alors que pas mal de formations qui évolueraient dans le même style (Metal progressif aéré à chant féminin) se dirigeraient probablement vers quelque chose de plus Rock ou plus alternatif. Mais alors qu’il aurait pu s’assagir et se concentrer sur ses ambiances feutrées, surtout que The Rabbit Hole est un concept-album sur l’œuvre de Lewis Carrol, il s’est plutôt tourné vers ce qu’il avait fait de plus efficace sur Duende comme les passages ravageurs de morceaux comme "L’Homme Mauvais", "A Discordant Call" ou encore "Ephemeral". Mais ce n’est pas tout et The Great Discord a vraiment travaillé son œuvre pour pondre un Metal irrésistible et accrocheur, accessible et très digeste, avec des morceaux tubesques et cohérents, mais tout de même bien mordant comme en témoigne l’étiquette que lui donne son label de « Progressive Death Pop ». Et là-dessus, en plus des divers claviers qui amènent des touches d’ambiance, vient se greffer la véritable particularité de l’art de The Great Discord qu’est sa chanteuse Fia Kempe, au style scénique inimitable. La vocaliste avait déjà montré une partie de ses capacités sur Duende et deux ans plus tard ses progrès sont fulgurants. Oscillant en permanence entre un chant popisant ou proche de voix habituelles du « Metal à chanteuse » et des vocaux plus poussés dans un registre Heavy/Hard-Rock, Fia ou plutôt « Ire » pour cet opus est capable de tout faire, sans jamais partir dans tous les sens, en offrant des moments plus doux de toute beauté et en se lâchant complètement à l’occasion. Un Incroyable Talent pour un groupe vraiment talentueux, qui va véritablement exploser au grand jour avec cet album tout simplement parfait qu’est The Rabbit Hole.

Tout comme pour Duende avec l’intro de "The Aging Man", The Great Discord prend déjà le temps de nous mettre dans l’ambiance avec cette fois-ci une véritable intro, "Dimman", qui nous plonge dans une atmosphère poétique, féérique et onirique qui va très bien décrire l’esprit frais et léger mais consistant et passionnant de The Rabbit Hole. "Noire" lance les hostilités avec d’emblée des riffs bien sentis mais la mélodie est aussi de mise avec des couplets très raffinés, tandis que Fia Kempe passe déjà en vue tout son registre, un registre tout bonnement formidable et déjà inoubliable. Et l’aspect tubesque quelque peu popisant des compositions et structures que nous propose The Great Discord fait déjà mouche, le groupe capitaliste sur les bonnes bases de Duende mais va ici à un autre niveau d’accroche avec des morceaux vraiment forts. Et le groupe suédois ne perd pas de temps en livrant de suite ce qui est une des grosses tueries de The Rabbit Hole et de sa courte carrière jusque là, avec le monstrueux "Gadget", blindé de riffs tout simplement mortels, on ne s’imaginait pas headbanguer autant sur une plage d’un album de « Pop-Metal » qui s’inspire d’« Alice au Pays des Merveilles » ! Et les vocaux de Fia Kempe sont à l’unisson, se permettant même des passages plus vicieux et de vrais assauts criés, la chanteuse de The Great Discord est véritablement impressionnante. Et continue de plus belle sur le premier single de l’album qu’est le splendide "Darkest Day", c’est là qu’est tout le meilleur du The Great Discord v.2017 : une ambiance mélodique chaleureuse et poétique, un refrain accrocheur et fédérateur, une structure simple et résolument tubesque, et surtout des excellents riffs, pas forcément mis en avant mais qui posent une assise rythmique parfaite, qui se fait explosive quand c’est nécessaire (le passage suivant le solo est absolument génial) ; et encore surtout les capacités vocales de Fia Kempe sont incroyables, s’il fallait encore le préciser. The Great Discord réussit vraiment son coup et est en train de faire quelque chose de très grand, qui pourra faire date dans le Metal à la lisière entre le technico-progressif, le mainstream, l’expérimental et l’extrême. Oui, rien que ça.

The Great Discord sait même faire dans l’originalité avec les éléments qu’il a à sa disposition, ne serait-ce que les claviers qui aident à poser l’ambiance « Alice au Pays des Merveilles », dans une version quelque peu Tim Burton-esque bien entendu. "Tell-Tale Heart" et "The Red Rabbit" permettent donc au groupe suédois de travailler un peu son art, avec un tempo plus soutenu et même des riffs plus gras et appuyés. Le premier se réserve même des passages épiques ainsi qu’un break cotonneux de toute beauté, et Fia Kempe en profite aussi pour s’adonner à de subtiles facéties vocales ; tandis que le second propose quelque chose de nettement plus sombre, bien accompagné en cela par des riffs plus durs mais aussi des passages vocaux plus inquiétants et assez monumentaux. Puis "Neon Dreaming" permet au groupe de se poser, comme il l’avait déjà fait au cours de Duende, avec une vraie ballade où ne dominent que des instruments acoustiques, une ambiance tristounette et un chant très désenchanté mais prenant. Mais ce n’est qu’une pause vu que The Great Discord va terminer The Rabbit Hole comme il l’avait commencé, avec de nouveaux hits. Déjà avec l’énormissime "Cadence", un morceau qui marque dès les premières écoutes de l’album d’ailleurs, partant de couplets très doux pour aller à un refrain particulièrement fédérateur, en passant par le plus beau break de l’album qui est d’ailleurs partiellement repris dans l’interlude "Downfall" qui précède cette fabuleuse piste. Ensuite avec "Omen", qui démarre de manière presque Folk est qui est ensuite à la fois le morceau le plus Pop et le plus touchant de l’album (bien accompagné en cela par le clip animé), Fia Kempe y est une fois de plus exceptionnelle et grâce aux riffs l’efficacité demeure au rendez-vous. Enfin, on aurait pu penser que The Great Discord terminerait son album à la cool mais non, avec "Persona" il lance encore ses derniers riffs mordants dans la bataille et conclut ces fantastiques 40 minutes sur les compositions les plus entraînantes du disque et un final lumineux. Savoureux !

Je n’avais osé y croire à l’époque de Duende, mais là The Great Discord a fait très, très fort. Venu de nulle part et ce malgré le fait qu’il a débuté sa carrière sur l’illustre Metal Blade, le groupe suédois vient de livrer un second album franchement révolutionnaire, absolument, totalement et intégralement réussi. On parle souvent de Ghost en tant que chantre d’un Pop-Metal volontairement accessible, mais ce groupe parfois vulgairement considéré comme le side-projet d’un de ses batteurs (notons aussi que Fia Kempe a fait des backings sur l’EP Popestar) livre ici une version autrement plus efficace d’un Metal frais et simple à la base. Et ceux qui cherchent un Metal fédérateur et digeste mais néanmoins original et travaillé feraient bien de se pencher de toute urgence sur ce brûlot qu’est The Rabbit Hole. Tout y est bon, des riffs couillus dans un registre technico-prog moderne qui apportent clairement une plus-value, aux vocaux souvent voire tout le temps sublimes de Fia Kempe qui se pose ici comme une véritable performeuse dans le domaine des chanteuses Metal au sens large. Avec des hits énormes et monumentaux qui ont chacun leurs propres particularités ("Noire", "Gadget", "Darkest Day", "Cadence", "Omen"), The Rabbit Hole est un régal de tous les instants. Je le sentais bien cet album, mais pas au point de tomber sur une surprise tellement géniale qu’elle pose cet album directement en haut de mon Top international de l’année, et c’est une évidence. Certains n’accrocheront peut-être pas à cet univers assez particulier même si les influences sont palpables, mais The Great Discord est l’archétype du groupe qui peut plaire à tout le monde, qui a su se rendre accessible avec des compos et lignes de chant catchy en diable, qui est suffisamment singulier sans en faire des tonnes, qui a su conserver à la fois l’efficacité et le raffinement. Une belle claque, un album irrésistible, un quasi chef-d’œuvre même, dont le titre sera confirmé avec le temps. N’ayez pas peur, suivez le lapin rouge !

 

Tracklist de The Rabbit Hole :

1. Dimman (1:18)
2. Noire (4:06)
3. Gadget (3:31)
4. Darkest Day (4:32)
5. Tell-Tale Heart (4:28)
6. The Red Rabbit (4:15)
7. Neon Dreaming (4:47)
8. Downfall (0:51)
9. Cadence (3:51)
10. Omen (3:40)
11. Persona (5:19)