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Album

16/05/17 - ZSK

Psygnosis

Neptune

LabelAutoproduction
styleMetal extrême atmosphérique
formatAlbum
paysFrance
sortiemai 2017
La note de
ZSK
7/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Dans une carrière, il y a desfois des choix très difficiles à faire… La carrière d’un groupe musical n’échappe sûrement pas à la règle, avec des virages et revirages plus ou moins pertinents, des choix volontaires ou non quand il s’agit de faire avec des remous de line-up. En novembre 2014, Psygnosis annonçait le départ de son chanteur Yohan Oscar. Après des dates avec un chanteur de session, le groupe mené par Rémi « M. Kekchoz » Vanhove prendra une décision surprenante mais assumée, celle de devenir un groupe instrumental. Le « remplaçant » de Yohan Oscar sera donc finalement le violoncelliste Raphaël Verguin, qui avait déjà participé à Human Be[ing] (2014). Un choix qui peut paraître étrange mais qui s’inscrit finalement logiquement dans la démarche musicale de Psygnosis, groupe de Metal très cinématographique qui se présente sous le sobriquet de « Metal extrême atmosphérique » (à dire avec l’accent québécois, ça le fait bien). Une évolution retentissante qui sera tout d’abord présentée grâce à l’EP Aaliens (2015), qui ne sera bien sûr qu’un prélude à la suite de la carrière de Psygnosis, prenant aujourd’hui forme via ce 3ème full-length qu’est Neptune. C’est un nouveau Psygnosis qui va se présenter à nous, toujours avec ses particularités propres, mais certains équilibres vont se retrouver bouleversés.

Cependant, pas grand-chose ne change et les éléments typiques de Psygnosis sont toujours là, entre riffs extrêmes lourds, nombreux breaks atmosphériques et électroniques, côté « Post » à trémolos, samples et autres oripeaux classiques et acoustiques. Le chant a disparu, ce qui ne change pas pour autant le côté progressif des morceaux, toujours assez longs (de 8 à 13 minutes pour la plupart). Bien sûr, le violoncelle est plus présent, mais il ne « remplace » pas vraiment d’éventuelles lignes de chant, son apport n’est jamais forcé ou hors-sujet. On se retrouve donc dans la lignée de Human Be[ing] (et même Anti-Sublime) malgré tout, et Aaliens avec l’excellent "Man ov Steel" avait déjà montré ce que pouvait donner le Psygnosis « version violoncelle ». Le groupe mâconnais n’a plus qu’à confirmer sur un album complet assez dense (77 minutes !). "Phrase 7" ouvre Neptune de manière classique et logique, une belle intro éthérée, un sample, le violoncelle qui fait bien vite son apparition, et les riffs qui prennent eux le temps d’arriver mais s’avèrent inspirés et surtout bien gras, renforcés ici par une production un peu plus abrasive que par le passé. Avec ces menus riffs Psygnosis montre qu’il reste un groupe de Metal extrême voire même Death-Metal (les influences DM subsistent de toute façon), mais aussi atmosphérique et ce grâce à une recette savamment dosée. Un départ très bien fignolé qui montre un Psygnosis en forme, avant que les choses ne se poursuivent avec "Psygnosis Is Shit". Quoi, Psygnosis fait de la merde, se prend pour The Monolith Deathcult ? Que nenni, le groupe continue à exceller avec de très bons riffs appuyés, entre Death-Metal et groove syncopé, et fait encore le tour de ses composantes avec un long break enivrant.

Rien de surprenant en définitive, mais Psygnosis maintient sa bonne forme. S’il devrait faire du « shit », disons que les riffs ont parfois un côté démonstratif et répétitif concernant ce second morceau. C’est le jeu pour des morceaux aussi longs mais Rémi et Anthony restent inspirés (de même que Jérémy avec sa basse bien présente pour donner du corps). Cela n’empêche pas quelques éléments de forme de venir noircir le tableau, en particulier le son de BAR que pour le coup je trouve un peu trop claquant et avec parfois des rythmes trop simples (on peut facilement suivre la cadence des coups de caisse claire). Et puis il faut bien avouer que la direction instrumentale prise par Psygnosis est à prendre ou à laisser. Le chant manque-t-il ? Difficile à dire avec des pièces si longues et progressives, mais on a parfois l’impression qu’il manque du liant, la musique apparaissant moins fluide, se résumant parfois à une alternance de riffs et de breaks. Peut-être que du chant à des moments cruciaux aurait apporté un plus, surtout quand on se souvient que les vocaux de Yohan étaient très variés (growls, cris, voix claires). Même les samples sont moins présents, je n’en compte plus que quatre sur tout l’album ("Phrase 7", "Psamathée", deux pour "Śūnyatā"). Un léger sentiment de « vide » se fait donc ressentir, l’impression qu’il y aurait pu avoir plus de matière dans l’ensemble, qui se résume bien vite au trio grattes / violoncelle / divers ambiances et effets électro et acoustiques. Avec la perte du chant, Psygnosis a donc renforcé son côté atmosphérique, mais aussi et paradoxalement son côté extrême…

Neptune sera donc un album plus éthéré que jamais, on en a un témoignage tout particulier dès "Восток", morceau presque entièrement acoustique. "Storm" confirme ce côté 100% atmosphérique, il y a du Metal certes, mais du Metal très enlevé et aéré. De toute façon, avec des morceaux longs, les moments atmosphériques et ambiants se font légion, que ce soit pour des parties électroniques (le début de "To Neptune", les passages Drum’n’Bass/Breakcore de "Mûe", "Śūnyatā") ou pour les moments plus mélodiques et acoustiques ("Mûe", "Śūnyatā" avec le violoncelle très en vue). Cela n’empêche donc pas Psygnosis d’envoyer la sauce quand il le faut, avec des riffs durs et lourds à la clé. Si on peut remarquer à ce titre "Storm" par moments ainsi que le final de "Śūnyatā", on s’arrêtera surtout sur "To Neptune", morceau beau et puissant qui bénéficie en outre d’accélérations Death-Metal salvatrices et d’un excellent final, ainsi que le plus agressif et même rentre-dedans "Psamathée" où d’ailleurs le violoncelle en profite pour se lâcher et se mettre à l’unisson des compos Metal. S’il n’échappe pas à quelques redondances et longueurs, en particulier à cause du petit manque de matière et de fluidité, le « Metal extrême atmosphérique » de Psygnosis reste très bien travaillé et fignolé, réservant de beaux moments et aussi de passages efficaces, à l’image du délicieux final de l’album qu’est le bien nommé "Nirvāna".

Bon, il faut forcément que je finisse par un aveu : oui, de manière générale je suis allergique au Metal instrumental, il me faut du chant pour m’emporter, même s’il n’est pas tout le temps là. Je ne suis donc pas le meilleur client du Psygnosis v.2017, même si Aaliens avait su me convaincre en son temps. Ma crainte était toutefois que cela finisse par lasser sur un album complet (surtout aussi long) et hélas ça sera le cas. Mais plus simplement, je préfère Human Be[ing], et pas seulement grâce au chant qui mine de rien était très bon après une partition plus moyenne du chanteur d’Anti-Sublime. Neptune regorge de bonnes compos, de bonnes idées atmosphériques, c’est indéniable mais cela ne me suffit pas, surtout qu’hormis le choc qu’est la disparition du chant et la plus forte présence du violoncelle, il n’y a pas tellement de changement. Je regrette les compos à la Gojira/Hacride/Vildhjarta de l’album précédent, les morceaux plus accrocheurs, les samples bien pensés et bien amenés, et bien sûr le chant de Yohan. C’est aussi simple que ça et si Neptune n’est pas une déception, il me parle moins, il est moins riche même s'il y a une certaine variété des éléments musicaux. Je trouve même qu’il provoque une légère régression au niveau des structures et du son. C’est dommage mais finalement, ce virage instrumental constitue quelque part l’aboutissement de la démarche de Psygnosis, à moins que l’on ne finisse par avoir affaire à une musique entièrement acoustique et électronique. Du Psygnosis sans guitares ? N’exagérons pas, ça n’arrivera probablement pas, en l’état nous avons du Psygnosis sans chant, ça reste du Psygnosis mais différent. Si la qualité des riffs et des atmosphères est toujours là, Psygnosis a évolué drastiquement sur certains choix, et il ne vous reste plus qu’à écouter puis décider si cela vous convient ou pas.

 

Tracklist de Neptune :

1. Phrase 7 (11:54)
2. Psygnosis Is Shit (8:34)
3. Восток (5:26)
4. Storm (8:29)
5. To Neptune (13:04)
6. Mûe (4:12)
7. Psamathée (9:35)
8. Śūnyatā (10:43)
9. Nirvāna (4:46)

 

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