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Album

25/04/17 - ZSK

Ignea

The Sign Of Faith

LabelAutoproduction
styleModern Oriental Metal
formatAlbum
paysUkraine
sortiefévrier 2017
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Les Ukrainiens ont beau avoir une scène Pagan/Heathen qui met en lumière les fiertés des Carpates, ils vont souvent regarder ailleurs, vers d’autres cultures. Après Sanatana, le projet oriental Hindou de Jurgis (Khors, Nokturnal Mortum), voici Ignea qui donne lui aussi dans un Metal oriental, plus proche du Proche-Orient cependant. Pourtant, au départ, le groupe était allé assez loin… au-delà des frontières de notre monde d’ailleurs, en choisissant comme thématique l’exploration spatiale. D’ailleurs pour marquer cette différence, Ignea s’appelait à l’époque Parallax, nom qu’il a utilisé de sa formation en 2011 jusqu’en 2015. Un seul EP, Sputnik (2013), puis un single (Petrichor) que l’on retrouvera tout de même sur cet album, et Parallax est devenu Ignea, accueillant un nouveau guitariste et choisissant d’opter pour une musique plus orientale que le Metal progressif des débuts. Le résultat se retrouve sur The Sign Of Faith, premier full-length de Parallax/Ignea qui sort en autoproduction mais a su se faire remarquer. Le Metal oriental n’est pas une denrée spécialement rare, mais Ignea a quelques arguments à faire valoir pour se démarquer.

Notons déjà que la formation de Kiev compte en ses rangs une chanteuse, qui officie dans un chant clair assez classique mais maîtrisé, pas spécialement lyrique ni opératique, et qui s’adonne aussi à quelques growls à la Arch Enemy. Ignea se trouve alors à la frontière entre un Metal accessible presque mainstream et un Metal extrême qui n’hésite pas à sortir les riffs incisifs. Il est certain qu’on se retrouve plus dans un registre néo/goth la plupart du temps, tout au plus du Metal « gentiment extrême », mais Ignea n’a jamais revendiqué faire du Thrash/Death et de toute façon, ce qu’il fait, il le fait bien. On est même assez proche d’un Moonspell période Night Eternal / Alpha Noir, et là-dessus Ignea brode son aspect oriental qui, bien évidemment, prend une forme relativement symphonique, avec des ambiances et des instrumentations typiques. Rien de totalement révolutionnaire mais Ignea ressemble un peu à ce qu’un Arkan aurait pu devenir après Salam, sans les influs Mélodeath et s’il n’avait pas pris son virage Metal goth assez regrettable. La formation ukrainienne nous propose donc un Metal oriental « à chanteuse » particulièrement moderne, n’en faisant pas des tonnes mais amenant tout ce qu’il faut pour remplir le cahier des charges de tout bon groupe de Metal oriental qui se respecte. Et un peu plus...

Et pour accrocher son monde, Ignea a choisi de démarrer The Sign Of Faith en fanfare avec l’excellent "Şeytanu Akbar", un véritable hymne où l’on découvre d’emblée les capacités de Helle Bogdanova, capable d’alterner chant clair envoûtant et growls bien méchants. Et derrière, les musiciens assurent d’entrée, entre belles instrumentations orientales, orchestrations majestueuses et riffs hyper efficaces. Taclant au passage le djihadisme, Ignea livre aussi un refrain headbangant bardé d’une punchline fédératrice et a d’ores et déjà pondu un des tubes de l’année. Nanti d’une excellente production en tous points, Ignea tape déjà très fort en un seul morceau et se révèle immédiatement au grand jour. Bien évidemment, il va falloir désormais tenir la distance et The Sign Of Faith va réussir ce pari, en étant presque déjà digne de certains grands. Si l’on veut d’autres hits potentiels qui misent sur l’efficacité, on va être servis, déjà avec l’excellent "Alexandria", lui aussi très tubesque avec sa structuration couplet/refrain imparable, ses riffs bien percutants et l’apport oriental qui fonctionne magistralement bien. Plus original et bénéficiant de l’apport de Yossi Sassi (ex-Orphaned Land), le single "Petrichor" ne fait pas baisser la tension et nous permet encore de constater l’inspiration des guitaristes, on entendra même des growls masculins façon Septic Flesh (et c’est dommage qu’il n’y en a pas plus dans l’album d’ailleurs). Voilà encore un modèle de Metal oriental, qui finit déjà de montrer que Ignea est en train de réaliser quelque chose d’assez grandiose pour le style, à sa manière.

Pour ce qui est du registre couillu, on s’attardera encore sur les mordants "Halves Rupture" aux vocaux agressifs et aux riffs tranchants (et au solo spatial histoire d’assurer la filiation avec Parallax), et l’entraînant et plus sombre "Last Chosen by You", pour le reste Ignea œuvre majoritairement dans un Metal d’obédience « gothique » mais avec beaucoup de réussite. Notons déjà la présence de deux quasi-ballades, outre la classique mais très plaisante "How I Hate the Night" dans les carcans du style, on retiendra la superbe "Theatre of Denial" avec son atmosphère désertique très convaincante. Puis Ignea assure dans un registre tout aussi posé mais plus progressif pour les morceaux très riches que sont "Jahi" et "Alga", dépassant tous deux les 6 minutes. Sans growls (bon si un tout petit peu pour "Alga"), Ignea y dévoile la facette la plus raffinée et travaillé de son art sans pour autant renier les compos Metal. "Jahi" permet au groupe de se lâcher au niveau de sa composante sympho orientale avec même des moments assez monumentaux, en plus de jouir d’une inspiration sans faille au niveau des riffs et des lignes vocales. "Alga" lui est plus fouillé niveau orchestral, un petit côté théâtral se dégage même de l’ensemble, et l’on dégustera encore quelques riffs efficaces ainsi qu’un refrain enlevé assez délicieux. C’est sûr, il y a de la qualité et du talent chez les Ukrainiens, et The Sign Of Faith signe une de révélations de l’année 2017 en termes de Metal, au sens large et parmi un sous-genre sympho/à-chanteuse qui n’a pas vraiment révélé quelque chose de singulier depuis un bon moment, en plus de parfaitement s’intégrer au collectif de Metal oriental sans jamais lui faire offense.

Totalement indépendant, Ignea réussit donc là où beaucoup de groupes de seconde division signés chez des labels de seconde division échouent sans cesse, ce qui est presque un comble et l’on se demande pourquoi un groupe qui maîtrise si bien son sujet n’est pas signé… même si au cœur des années 2010, être totalement autoproduit n’est plus un problème. Ignea livre un premier album parfaitement fignolé, très efficace et accrocheur, et s’offrant surtout un souffle oriental assez grandiose. On notera en guise de cerise sur le gâteau une reprise très originale de Ultra Sheriff, groupe danois d’électro-synth, et aussi un remix d’un ancien morceau de Parallax, pour au bout 48 minutes plus que satisfaisantes de Metal oriental moderne. Il y a certes de légers clichés (les samples d’horloge…) et il est clair que The Sign Of Faith est un album plus destiné à ceux capables de digérer un Metal simple et gentillet qui descend plutôt du néo/goth/sympho/à-chanteuse que de quelconque Metal vraiment extrême ou prog/atmo, mais du moment qu’on sait à quoi s’attendre, ce premier opus d’Ignea est réellement excellent. Avec des vrais tubes et des morceaux plus raffinés et travaillés, en plus d’une solidité apparente dans le fond et dans la forme, The Sign Of Faith a tout d’un grand. Ne manque plus que la renommée mais Ignea fait très fort pour un premier album autoproduit qui n’est arrivé qu’aux oreilles de ceux qui savent où les trouver. En attendant que des oreilles avisées avec suffisamment d’influence tombent là-dessus, il ne me reste qu’à vous encourager de donner votre chance à Ignea, un groupe ukrainien prometteur mais qui a déjà réussi à pondre une super œuvre de Metal oriental moderne, simple mais pas simpliste, efficace et entraînante. Şeytanu Akbar!

 

Tracklist de The Sign Of Faith :

1. Şeytanu Akbar (4:40)
2. Alexandria (3:57)
3. Petrichor (3:32)
4. Theatre of Denial (4:18)
5. Jahi (7:36)
6. Halves Rupture (4:04)
7. Last Chosen by You (2:57)
8. Alga (6:17)
9. How I Hate the Night (3:22)
10. Leviathan (Ultra Sheriff cover) (4:53)
11. Sputnik (Xes Dreams Version) (2:52)