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Album

22/03/17 - ZSK

Deivos

Endemic Divine

LabelSelfmadegod Records
styleDeath Metal brutal & technique
formatAlbum
paysPologne
sortiefévrier 2017
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Bien qu’il fête ses 20 ans cette année, Deivos n’est pas un des groupes de Death-Metal polonais les plus connus, ce qui est bien dommage. Malgré son passage chez Unique Leader pour 2 albums en 2 ans (Gospel Of Maggots en 2010 et Demiurge Of The Void l’année suivante), ce groupe n’est pas souvent cité comme référence en matière de Death polack qui tabasse. Constitué de membres présents et passés de Abusiveness, Blaze Of Perdition, Moon, Ulcer, Christ Agony et Mastabah (pour ce dernier, il s’agit du guitariste Diego arrivé en 2016) entre autres dans la grande famille du Metal extrême polonais, Deivos pratique une musique relativement « moderne », c’est-à-dire qu’on s’éloigne de tout apparat blackisant ou rustre pour arriver à un Metal bien technique et brutal, empaqueté dans une production claire et gonflée qui décoiffe (le groupe étant un bon client des studios Hertz). Deivos se range donc plus du côté de Trauma, le Decapitated période Sauron voire bien sûr Vader (ainsi que le Behemoth le plus Death, celui de Satanica/Thelema.6), mais bien que particulièrement « polonais » dans cette brutalité contrôlée et ce chant grogné, Deivos voit large et sonne depuis son premier et excellent full-length, Emanation From Below (2006), comme un mix entre Cryptopsy (surtout), Hour Of Penance, Immolation voire Suffocation, le tout forcément relevé à la sauce polonaise. Cela nous donne un Death-Metal technique certes pas très original mais particulièrement rentre-dedans, qui ne fait pas de quartier et ramone nos oreilles avec à peu près tout ce qu’il lui passe sous la main, un ratiboisage en règle et fait à 200 à l’heure depuis plus de 10 ans et 5 albums en comptant cet Endemic Divine.

Entre rythmiques très bavardes et sautillantes, blasts très méchants et autres incursions techniques, Deivos est l’archétype du groupe qui ne tient pas en place mais dont le capharnaüm metallique est pourtant très cohérent et contrôlé. Il est sûr que c’est de la « musique qui fatigue » mais l’efficacité est au rendez-vous, et c’est le moins qu’on puisse dire. Frappadingue et parfois tape-à-l’œil (à l’image du plutôt bordélique Gospel Of Maggots), Deivos est pourtant un monstre de technique qui fait mouche en donnant le meilleur de la brutalité polonaise, avec des musiciens qui en ont dans le calbute. La particularité de Deivos réside aussi en la présence d’une « cow bell » sur le set de batterie, instrumentation supplémentaire et subtile qui donne un soupçon d’originalité à ce quintette polonais qui arrache. On en entend toutefois un peu moins passé Demiurge Of The Void, album qui soit dit en passant était tout aussi jouissif et excellent que Emanation From Below avec quelques parties rythmiques purement géniales. D’ailleurs la mise en retrait de la cow bell a signé un petit virage chez Deivos, depuis qu’il est signé sur le label local Selfmadegod également. Theodicy (2015), qui arrivait après 4 ans d’absence, avait alors vu le groupe s’assagir quelque peu, avec des morceaux plus longs et plus de mid-tempo, même si la riffaille Death technique à toute berzingue restait son principal fonds de commerce. Il semblait clair qu’après la triplette Emanation/Gospel/Demiurge et ses pochettes jaunes/orange/beige, Deivos avait envie d’évoluer un peu. L’âge, tout ça… mais ça n’allait pas forcément à Deivos dont on attendait qu’il nous en mette plein la gueule.

Réjouissons-nous, Endemic Divine va nous rendre le vrai Deivos, celui qui bourre un max sans trop se poser de questions malgré la complexité apparente de ses compos et structures. On garde tout de même l’aspect plus sombre des compos de Theodicy (le chant plus grave en sus), bien qu’on ne retrouvera pas le côté foufou et imprévisible de Gospel Of Maggots et Demiurge Of The Void. Deivos est devenu plus sage, mais finalement plus incisif et direct que jamais. Partant moins dans tous les sens, les compos de Endemic Divine sont plus directes et donc encore plus efficaces, retrouvant l’aspect plus purement technique d’un Emanation From Below. A nouveau d’une durée de 32 minutes ce qui était un peu leur standard, Endemic Divine déroule de nouveau un Death polonais survitaminé qui décape tout sur son passage, en long en large et en hauteur. Et les Polonais ne perdent pas de temps avec deux missiles d’emblée, à courte portée car d’une durée de moins de trois minutes chacun, "Daimonion" et "Apeiron". C’est donc dit, Endemic Divine sera un album particulièrement frontal, et l’on se laisse déjà secouer par cette déferlante de riffs, en en redemandant tout de suite. Mais Deivos, ce n’est pas que du brutal (il y a bien des Polonaises qui doivent en prendre au petit déjeuner), c’est aussi de la technique et "Sisters of Mercy" le montre bien, avec un bel assemblage de divers sweepings et changements de rythmes bien sentis. C’est là que l’on retrouve le Deivos de Demiurge Of The Void, mais Endemic Divine est bel et bien l’occasion pour le groupe de trancher sec, se posant presque comme un rouleau-compresseur, étalant ses riffs brutaux et techniques sans aucun compromis.

"Dust of the Universe", un des morceaux les plus vicieux de l’album, dépote donc un max quand il bourre et l’on y retrouve le goût du groupe pour les blasts assassins. Mais l’on sent tout de même un fort background Morbid Angelesque là-dedans, qui s’exprime toutefois à une vitesse plus élevée. Diablement rythmés et efficaces, "Gods of Death" et "Through the Eyes of the Hangman" (avec ses blasts terrassants) montrent ensuite bien que Deivos est au top de son inspiration et de sa forme, il est difficile de ne pas taper du pied devant ces enchaînements si bien pensés et si percutants. Il est sûr que l’on est plus vraiment dans le registre assez furibond de Gospel Of Maggots et Demiurge Of The Void mais Deivos a perdu en frénésie ce qu’il gagne en force de frappe. Si le plus classique "Courtesan" retrouve néanmoins un peu de furie, le morceau-titre de presque huit minutes qui clôture cet album montre que Deivos s’est un peu assagi par rapport à ses premiers albums, n’hésitant pas à ralentir un peu la cadence à l’occasion. Mais Endemic Divine réussit tout simplement là où Theodicy avait échoué. Un tempo plus aéré, des morceaux plus longs, des interludes Indus, ça n’allait pas vraiment à Deivos, qui avec Endemic Divine a tout simplement trouvé l’équilibre qu’il cherchait, en agissant à nouveau sur la pédale d’embrayage. Cet album qui bute fait donc largement oublier la semi-déception qu’était Theodicy, et le groupe polonais a troqué sa folie passée pour quelque chose de plus frontal, mais le résultat est le même, la violence polonaise est au rendez-vous et ça fait du bien. Au bout du compte Endemic Divine est peut-être même le meilleur album de Deivos, avec Emanation From Below et aussi Demiurge Of The Void dans son registre plus déglingo. Quoi qu’il en soit, Deivos est un des monstres de technique et de brutalité comme la Pologne sait si bien en faire en matière de Death-Metal, et il serait temps que la formation de Lublin menée par Tomasz Kołcon (guitariste seul membre d’origine) depuis 20 ans ait la reconnaissance qu’elle mérite.

 

Tracklist de Endemic Divine :

1. Daimonion (2:07)
2. Apeiron (2:53)
3. Sisters of Mercy (3:13)
4. Dust of the Universe (3:27)
5. Gods of Death (3:07)
6. Through the Eyes of the Hangman (4:56)
7. Courtesan (4:46)
8. Endemic Divine (7:50)