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Album

15/02/17 - Nostalmaniac

GOLD

Optimist

LabelVán Records
styleNope
formatAlbum
paysPays-Bas
sortiefévrier 2017
La note de
Nostalmaniac
9/10


Nostalmaniac

Le Max de l'ombre. 29 ans. Rédacteur en chef de Horns Up (2015-2020) / Fondateur de Heavy / Thrash Nostalmania (2013)

A ses débuts, le combo hollandais Gold avait de quoi faire penser à un ersatz de Blues Pills. Vous savez, un autre groupe rock pyschédélo-vintage à chanteuse en robe à fleurs. En apparence seulement car même si leur premier effort studio « Interbellum » (2012) peut paraître encore naïf (comme souvent c'est le cas pour un premier jet), dans les faits Gold n'a jamais voulu suivre une mode. Pareil pour leur label Ván Records plutôt experimenté dans les bonnes pioches.

Formé en 2011 par le guitariste Thomas Sciarone alors fraîchement débarqué de The Devil's Blood (il a participé à l'EP « Come, Reap » en 2008 et au premier album « The Time Of No Time Evermore » en 2009, déjà!) et la jeune chanteuse Milena Eva, Gold m'a surtout marqué avec leur second opus, «  No Image » (2015), à la démarche atypique et audacieuse en maniant une certaine ironie et un humour noir sur le monde actuel (le clip de "Servants" qui mélange émojis et images de guerres et de catastrophes). Pointant du doigt les paradoxes et les dérives du consumérisme. Prenez donc la pochette de ce nouvel opus intitulé « Optimist » avec ce bébé en pleurs.  Un contraste qui se veut aussi bien visuel que musical. 

Petit retour en arrière. Avec « No Image », le quintet de Rotterdam qui se définit comme “a post-everything dark rock band” avait un peu plus assombri son propos tout en gardant ses influences pop/rock et Metal. La dissonance des guitares s'alliant à des passages lumineux et à la voix suave et expressive de Milena. Une recette qui peut paraître toute simple mais Gold apporte sa touche particulière. Du fait sans doute des influences très larges de ses musiciens (et de sa chanteuse autant influencée par Portishead que par Korn) qui rendent ce groupe inclassable musicalement parlant et je ne compte pas m'aventurer dans les prochaines lignes sur une classification hasardeuse. 

L'expérience de Thomas Sciarone au sein de The Devil's Blood (alors dans l'ombre du regretté Selim Lemouchi) lui a sans doute servi pour bâtir conceptuellement Gold avec son imagerie et sa mythologie. Quelque chose de cohérent. Une sorte d'édifice parfois fragile qui peut vite chuter dans la précipitation.

Nouveau jalon donc avec « Optimist » qui poursuit sur la lancée de son prédécesseur. On retrouve avec plaisir ces guitares abrassives qui flirtent avec des parties vocales envoutantes. Rien de novateur donc mais un talent de composition qui ne faiblit pas et ne s'est pas adouci non plus. Au fil des écoutes, il y a quelque chose de plus précis dans le son. L'hypnotique "White Noise" (et son clip qui met en scène Milena en caricature de Donald Trump avec ses messages subliminaux engagés comme "Make People Click Again" et "Make Yourself Great Again") que l'on sent bigrement influencé par le rock anglais et le post-punk (le son de guitare et le jeu du batteur Igor Wouters n'y sont pas étrangers). Une influence post-punk d'autant plus flagrante avec le plus dynamique "I Do My Own Stunts". Un autre moment fort de l'album avec son refrain magnétique et son étourdissant soli final. Les refrains sont d'ailleurs vraiment bien travaillés, tout comme celui du redoutable "Be Good" où Milena pousse un peu plus vers les aïgus. Un morceau rempli d'une atmosphère contrastée, entre angoisses et délivrance. Une atmosphère qui se décline avec le très beau et touchant "Teenage Lust" qui sonne pour le coup très occulte et plus posé que les autres morceaux mais bourré de fuzz. Chaque morceau est mémorable grâce à une ligne de chant et de guitare qui fusionnent à merveille. Même si je n'ai pas les paroles sous les yeux, on ressent tout au long de ce disque le triste constat que les cinq Hollandais font de notre société. Rien de jamais vraiment frontal, tout est dans la métaphore ou les allusions. Le message en ressort d'autant plus fort.

Entre beauté et ténèbres, Gold a trouvé sa voie et franchi une étape supplémentaire avec cette nouvelle offrande qui devrait trouver parfaitement écho en live avec les titres précités. Bien qu'il ne sera jamais facile pour un groupe aussi original de convaincre tout le monde. Pas assez rock pour le public rock et pas assez Metal pour le public Metal. Le double tranchant de l'audace ? Peut-être. Peut-être aussi qu'il s'agira d'un de ces groupes que tout le monde découvrira avec plaisir quand sa dissolution sera annoncée (le plus tard possible, hein). En tout cas, difficile d'être indifférent à leur démarche et je conseille vivement « Optimist » aux plus ouverts d'esprit d'entre-nous. Une véritable réussite.

Tracklist:

1. You Too Must Die
2. Summer Thunder
3. White Noise
4. Teenage Lust
5. No Shadow
6. I Do My Own Stunts
7. Be Good
8. Come With Me
9. Tear