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vendredi 16 avril 2021

Roadburn Redux

Poppodium 013 / En ligne - Tilburg

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Dolorès : S'il y a bien un festival européen qui fait rêver lorsqu'on écoute autant de metal que d'autres styles un peu obscurs et loufoques, c'est le Roadburn. Toutes les éditions avaient de quoi faire rêver, leur lot de découvertes, d'exclusivités incroyables et surtout, des éditions qui réunissaient en un weekend bien des projets variés qu'on ne pouvait pas voir ailleurs ensemble, en tout cas.

Le festival étant très souvent tombé en période de partiels, les étudiants ou anciens étudiants comme moi ont malheureusement entendu énormément de bien de l'événement organisé par ce fameux Walter, sans pouvoir y assister. C'est donc une première pour moi, comme pour beaucoup, bien que l'expérience soit effectivement partielle cette année.

Depuis le début de la crise sanitaire et culturelle, de nombreux groupes et organisateurs ont tenté mais n'ont pas vraiment réussi à réunir les foules et à proposer quelque chose d'un peu excitant, en termes d'événement en ligne. En ce mois d'avril, le Roadburn semble être le premier, avec son édition dite « Redux » en streaming, à avoir réussi à créer un véritable engouement chez de nombreux amateurs de musiques étranges à travers l'Europe et même, je suppose, plus loin. Néophytes comme habitués de l'événement. Bien sûr, beaucoup d'individus restent hermétiques au format vidéo-canapé et on les comprend. Ce qui a probablement changé la donne pour cette édition en ligne du Roadburn était, dans un premier temps, la notoriété du festival, puis la variété de propositions entre concerts, exclusivités vidéo ou sonores et même documentaires, et enfin, les sets exclusifs commissionnés par le festival comme à son habitude. Des morceaux voire des concepts créés spécialement pour l'occasion, des collaborations inédites, etc. Lorsqu'on sait qu'un set peut n'exister que pendant un weekend et ne plus jamais être joué ou visionné à nouveau, cela donne un peu plus envie de prendre le temps d'y jeter un œil.

Côté organisation, le festival a réussi à trouver un équilibre entre spontanéité et ancrage. Un running order donnait le ton et un certain fil directeur au weekend, avec des festivaliers qui jouaient carrément le jeu dans l'espace de chat accessible à côté de la vidéo sur le site du Roadburn Redux. Cependant, une fois chaque « première » passée, tout le contenu était disponible en ligne, gratuitement, jusqu'au mardi soir suivant. Chacun(e) a ainsi pu composer ces quelques jours selon ses envies, entre soirée dédiée au festival accompagnés de bière et visionnage en pièces de puzzle, par ci par là. Un format accessible et qui fait pas mal de bien même s'il est toujours décevant de devoir se contenter de ça.

On remercie bien évidemment le Roadburn qui a, grâce à des subventions de la ville de Tilburg me dit-on dans l'oreillette, réussi à proposer ce qu'il pouvait faire de mieux vu la situation, et ce de manière gratuite. Alors que nous laissons (presque) à l'abandon la rubrique « live report » depuis un peu plus d'un an, nous vous proposons aujourd'hui le premier « stream report », en espérant toutefois qu'il soit le dernier.
 

The Music of Townes Van Zandt #1 
Audio/video premiere 

Malice : L'une des curiosités de ce week-end parsemé d'exclusivités et de nouveaux morceaux sous forme d'audio comme de vidéo, c'est la révélation de plusieurs morceaux issus de la future compile de covers The Music of Townes Van Zandt, et si l'artiste en lui-même me parle peu, la première reprise est signée AmenRa : le morceau "Kathleen", sublimé par la voix à fleur de peau de Colin H. Van Eeckhout. Fidèle au matériel d'origine, le titre est joué dans une version dépouillée, semblable à ce que le groupe avait pu proposer sur ses concerts acoustiques récents lors desquels "Kathleen" figurait déjà au programme - nous y avions eu droit à Charleroi. Le passage du live au studio, cependant, a permis à AmenRa d'y ajouter un peu plus de profondeur et de solennité, de mélancolie même, pourtant déjà présente dans de belles proportions. La magie fonctionne, et le combo de Courtrai confirme qu'il fait partie des rois de la reprise à la fois humble et personnelle. 
 

Die Wilde Jagd
performing Atem
Livestream

Hugo : Die Wilde Jagd est l’une de mes découvertes de cette édition du festival, le groupe ayant joué deux sets lors du week-end. Car je n’ai vu que la première prestation, je vais uniquement vous parler de leur interprétation d’une longue composition instrumentale intitulée « Atem », signifiant « respiration » en Allemand. À mi-chemin entre des influences Berlin School et des ambiances méditatives type Nature & Découverte, comme si Tangerine Dream rencontrait Forndom, cette pièce de musique inédite était une excellente entrée en matière tout en douceur. Les lumières tamisées qui se transformaient au fil du set accompagnaient une musique se dirigeant peu à peu vers des terrains progressifs.

Le perfectionnisme était total, tant dans la composition que la recherche de textures sonores obtenues par le mélange de sonorités électroniques et de vrais instruments (violoncelle, percussions). Véritablement, cette thématique de la « respiration » n’aurait pu être mieux choisie, tant on se plait à fermer les yeux même derrière un écran. La musique est ambiante mais d’une grande richesse musicale (sans que les deux s'opposent, bien au contraire), additionnant les couches de « respiration » comme le son de tant de vagues s’échouant sur le sable. L’immersion est complète, et notamment grâce à la superbe réalisation de ce live (et tout le long du week-end, il y aura peu de choses à redire sur les différentes captations), permettant de voyager un instant.
 

Nadja
performing Seemannsgarn 
Exclusive set

Hugo : Nadja est un duo bien connu des amateurs de musiques bourdonnantes, mais ne dira sûrement rien aux autres. De mon côté, j’ai connu le couple (formant le groupe) par leurs multiples collaborations avec les Japonais de Vampillia, tout en n’ayant que trop peu écouté le reste de leur discographie. Ce set, filmé au début 2021 à Berlin, s’axe autour de l’une des (là aussi nombreuses) dernières sorties du groupe : Seemannsgarn.

Positionnés l’un face à l’autre et séparés par un rack de pédales d’effets, Aidan est à la guitare et Leah à la basse. Le début du set servira à poser des bases drone à la musique, avant que couches de sons et différentes parties de batterie s’ajoutent au fil du set, donnant presque un côté lounge (bruitiste) à la composition, rappelant des formations comme Bordel Militaire. Ce, avant des montées en puissance noisy délectables, la densité des sons et textures étant un vrai plaisir pour les oreilles habituées à ces plaisirs bruitistes. Si elle est très dense, force est de constater que, bien plus que sur album, certains passages sont très lancinants, presque industriels dans les sonorités.

Je n’avais pas écouté cet album (qui est en réalité un long morceau), mais quelle belle surprise ! La progression est constante, grâce aussi à des incursions électroniques agréables, avec l’utilisation de séquenceurs et boîtes à rythme venant remplacer peu à peu les enregistrements de batterie. Tout paraît vide une fois le set terminé et les larsens disparus, comme souvent avec ce type d’expériences Drone qui ont d’autant plus de sens en live. Malgré tout, avec un bon système son, le set en distanciel s’est avéré être vraiment excellent et constamment immersif, donnant envie de se (re)plonger dans l’immense discographie du groupe.


Autarkh
performing Form In Motion
Livestream

ZSK : Régional de l’étape, Autarkh a été convié à ce Roadburn réduit pour mieux se faire connaître et répandre son aura naissante. Les ex-Dodecahedron vont donc présenter leur Math-Metal extrême à qui veut, et cet évènement particulier leur permettra de proposer un set leur image : sombre et complexe. Le groupe, qui pour rappel évolue sans batteur, se présente en formation « carrée », avec une bonne place pour le DJ/programmateur Tijnn Verbruggen et une belle visibilité sur leurs racks de pédales d’effets bien fournis. Visuellement, nous aurons eu le droit à quelque chose de plutôt minimaliste, notamment sur les lights. Autarkh laissera donc sa musique s’exprimer, avec un Form In Motion joué sans son intégralité et dans l’ordre, interludes compris. Pas de surprise donc pour ceux qui connaissent déjà l’album, l’interprétation est fidèle, la captation Live changera tout de même quelques équilibrages, notamment au niveau du chant assez en retrait au début (les passages plus aigus et assurés à deux ressortiront bien plus par contre) et avec forcément un peu plus de basses. Mais ce Autarkh très concentré assure sur scène, et quelques moments forts seront de la partie, notamment sur le final de "Lost to Sight" et tout au long d’une interprétation très intense de "Alignment". Bref, un set pour prêcher avant tout aux convaincus, les autres auront peut-être fait par ce biais la découverte de ce groupe déjà très singulier, qui s’exprime peut-être plus pertinemment sur album mais qui sait retranscrire la complexité de son œuvre sur scène sans faillir.
 

Gold
performing This Shame Should Not Be Mine
Livestream

Circé : Comme beaucoup, j'attendais avec impatience la performance des Néerlandais de Gold, moi qui ai boudé à peu près tous les livestreams et autres événements virtuels depuis maintenant un an. Mais l'argument d'une exclusivité commissionnée par le festival spécialement pour l'occasion est au final le bon créneau : créer un peu d'inédit, quelque chose à découvrir et qu'on ne pourra pas retrouver autre part après.

Gold avait déjà commencé à teaser la chose sur leurs réseaux sociaux depuis des mois en annonçant un direction musicale un peu plus électronique. Le titre, “This Shame Should Not Be Mine” et la photo de leur chanteuse Milena, laissait aussi entrevoir quelque chose d'assez intime. Ce qui s'inscrit au final dans la logique pour des artistes ayant toujours su faire une musique extrêmement personnelle, prenant un peu tout le meilleur de tout ce qui commence par “post-” avec une voix sublime particulièrement expressive pour construire une oeuvre aussi fragile qu'inspirante, posant un regard acerbe et désabusé sur ce qui l'entoure. Et quelques heures avant le live en direct de Tilburg, on apprend en guise d'”introduction” que “This shame should not be mine” est né du traumatisme du viol qu'a subi Milena était plus jeune et qui l'a submergée plus que jamais pendant le confinement. D'où le titre, cette honte absurde et sourde qui colle à la peau de toutes les victimes, l'impossibilité de parler, face à leurs bourreaux eux impunis. C'est avec l'estomac noué que j'ai cliqué sur le petit bouton play du live.

La mise en scène est sobre, les lumières chaudes mettent en valeur la chanteuse au centre dans une grande veste. This Shame Should Not Be Mine dure une quarantaine de minutes qui passent en un éclair, nous assommant par la chape de plomb qu'est sa musique. Comme toujours pourtant chez Gold, la lourdeur du mur de son post-metal côtoie la douceur des mélodies et du chant, mais les Néerlandais ont bel et bien composé quelque chose de plus oppressant et mis l'accent sur les arrangements électroniques. Les synthés donnent encore encore plus de densité et d'impact à ce mur de son et font ressortir la froideur de leurs influences coldwave, tandis qu'une démarche plus expérimentale se fait ressentir dans quelques parties presque noisy mais qui s'insèrent parfaitement dans leur identité sonore. Cette évolution sonore  se rapproche en tout cas énormément d'un Portishead période Third (et on s'en réjouit). Et lorsque la musique se calme, c'est pour laisser la place au chant. Un chant vacillant en équilibre sur un fil, une voix sur le point de se briser à tout moment sous le poids de ses mots. Comprendre le texte, suivre sa progression ne demande pas beaucoup d'effort ; la jeune femme retrace assez clairement son expérience, son ressenti, de ce que la pression sociale exige des femmes, de cette honte qui, non, ne devrait jamais être du côté des victimes. Et si tout cela éclate de manière explicite lorsque la musique se tait pour laisser la voix résonner a capella, la musique elle aussi, retranscrit parfaitement ce chaos intérieur. En bon récit, le dernier morceau conclut en parlant d'une guérison à chercher, à saisir.

On en sort lessivé, alors que la musique n'est pas si “extrême” en soi. Et pas de panique pour celles et ceux qui ont raté cette performance, vu que le groupe travaille apparemment sur un album à partir de ce set.
 

Regarde Les Hommes Tomber
performing Ascension
Exclusive Set

Malice : Si vous m'aviez dit il y a un peu plus d'un an que je prendrais un vrai plaisir à me poser dans mon canapé avec au programme un festival complet, je vous aurais franchement regardé bizarre, et pour cause - les lives vidéo, ça n'a jamais été ma came, et ce qui fait un festival est pour moi l'ambiance, le dépaysement, bref un tout qui va bien au-delà de simplement écouter de la musique. Mais l'année 2020 m'a forcé la main : si on voulait expérimenter ne serait-ce qu'un semblant de musique live, il fallait bien passer par là, et quitte à s'enfiler du jus de houblon à longueur de week-ends comme piégés dans une boucle infernale, autant de temps en temps se trouver une excuse valable. 

N'ayant jamais eu l'occasion de "pratiquer" le Roadburn, dont l'affiche s'affûte chaque année un peu trop pour réellement me parler, ce Redux était l'occasion idéale, avec au moins un groupe pleinement ancré dans mon univers : Regarde Les Hommes Tomber. Pas de chance : le ponte du metal extrême français qu'est devenu RLHT joue ce soir son dernier album Ascension dans son intégralité et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il me laisse indifférent. Reste le travail des amis de Violent Motion qui réussissent à capter avec une netteté impressionnante l'intensité du groupe : la scénographie pourtant peu propice à la captation vidéo (sombre, à la bougie) est rendue à la perfection, mais ça ne suffit pas à me sortir d'une vraie torpeur. Alors que RLHT m'avait mis une gifle voilà quelques années au Tyrant Fest, que l'interprétation est propre au possible, les lignes mélodiques ne réveillent cette fois rien, le chant me paraît lointain et monotone. Le côté désincarné du streaming ne me paraît pas vraiment adapté à l'expérience que veut représenter le groupe, auquel je redonnerai sa chance en "vrai" live, et le plus tôt possible. 


The Ocean performing Phanerozoic II 
Exclusive Set 

Malice : The Ocean a longtemps fait partie de ces groupes dont le thème me fascinait, mais que je n'ai jamais pris le temps d'approfondir. L'exploration des périodes géologiques et de l'évolution de notre Terre, sous la forme métaphoricale d'une musique progressive et post-hardcore qui s'est ciselée au fil des années, via un collectif musical stabilisé depuis 2018 et la première partie de Phanerozoic, voilà ce qui est au programme pour cet set exclusif que je lance avec curiosité tant les Allemands ont bonne réputation en live.

Une découverte pour moi qui n'ai réellement poncé du groupe que Pelagial et sa descente au fond des abysses, Phanerozoic II me replonge dans mes souvenirs de paléontologue en herbe, avec une doublette d'introduction "Triassic" / "Jurassic | Cretaceous" qui me laisse tout simplement sur le cul. Le son est immense, d'une clarté et d'une puissance qui m'auraient mis à genoux si je n'avais pas été assis dans mon canapé : Loïc Rossetti entame "Triassic" par ce chant clair rappelant inévitablement Tool, auquel on ne cesse de penser lors des passages les plus atmosphériques du groupe, et alterne entre voix claire et hurlée avec une facilité déconcertante. Mais c'est l'immense pièce "Jurassic | Cretaceous", commençant par un riff quasi-djent très adapté pour signifier l'évolution fourmillante de cette époque, qui rase tout sur son passage, montant en puissance tandis que les lumières se font successivement épileptiques ou intimistes selon l'ambiance. Le final et son texte semblent nous mettre en garde - "We are just like reptile giants rulers of the world, within the blink of an eye wiped off the face of the earth", et on ne décrochera plus de tout le set.

Je reste soufflé par la capacité de The Ocean à me faire complètement oublier mon environnement, et ce sans de grands artifices - pas de projections grandiloquentes, juste des lumières, et la douceur de la doublette "Eocene" (aux accents grunge) - "Oligocene" (instrumental, comme il se doit pour une ère caractérisée par son peu d'activité créative). "Miocene | Pliocene" alourdit complètement le rythme, remet le post-hardcore lent et pesant au premier plan, avant que les claviers et le violon de "Pleistocene" changent encore radicalement le tout : impossible, tout bonnement impossible de décrocher de ce que je suis en train de découvrir, abasourdi. La créativité de The Ocean atteint peut-être son pic sur ce morceau, qu'on pourrait croire si difficile à rendre correctement en live. Un demi-éon aura défilé au fil du concert, le dernier titre, "Holocene", nous ramenant à l'instant présent : c'est bien l'ère dans laquelle nous nous trouvons et pourtant, le texte nous ramène à celui de "Triassic", bouclant la boucle avec élégance sur ce titre mélodique, menaçant, aux ambiances me rappelant un peu Leprous. Quand le silence se fait, on souffle : le voyage était sublime. Une seule envie : réécouter Phanerozoic II, et découvrir tout le reste de la discographie ... 


Nous Sommes Les Nouvelles Chimères

Documentaire (Mathias Averty - Violent Motion)

Hugo : Difficile de passer à côté, lors de ce week-end de festivités en distanciel, des différentes participations de l’équipe Violent Motion. Après la superbe captation du concert de Regarde Les Hommes Tomber diffusée la veille, les Nantais ont choisi de diffuser le documentaire « Nous Sommes Les Nouvelles Chimères » (empruntant sûrement les paroles de « Till » d’Hyrgal), consacré à la dernière (ultime ?) édition du festival « Les Feux de Beltane », organisée par Les Acteurs de l’Ombre. Car je n’y ai jamais participé, le festival n’étant pas formellement ouvert au public, j’ai toujours été curieux de voir à quoi il pouvait ressembler de l’intérieur. Et car je n’avais pas vu de bons documentaires sur des concerts Metal depuis les derniers de 2Guys1tv, ce film m’a directement beaucoup intrigué. Alors, les participants de ce festival secret sortent-ils tout droit de Midsommar ? Mathias Averty est-il le nouveau Chris Marker du Black Metal ? Découverte.

Ce qui marque d’emblée est la forme vraiment soignée du documentaire, qui mêle intelligemment passages de fiction maîtrisés, éléments narratifs avec voix-off, à des prises de sons et d’images plus standards mais ultra-professionnelles dans un esprit « live-report ». Ainsi, plutôt que de donner un aperçu simple et formel de l’évènement, toute une temporalité est dressée avec l’histoire de ce « départ » à Beltane par plusieurs individus, ressentant tous le besoin de se ressourcer à d’échapper un instant à un quotidien morose. Rien de révolutionnaire sur le fond, mais quelques témoignages vraiment touchants qui résonnent un peu plus en cette période trouble que nous vivons. L’approche est simple et belle, ce qui ne l’empêche pas d’être très travaillée et esthétisée en laissant la part-belle aux partis-pris ambitieux de réalisation (les premières minutes constituant à elles seules un très beau court-métrage – à la manière du magnifique nouveau clip de Year Of No Light, réalisé par VM et diffusé plus tard dans le week-end).

Finalement, le documentaire est à mon sens plus intéressant par sa direction globale que pour son objet d’étude à proprement parler. L’environnement présenté peut paraître assez hermétique, ou a minima très codifié et régulé, ce qui peut faire drôle aux habitués comme moi de festivals plus impersonnels. Sans avoir une ambition sociologisante, le film est aussi agréable à suivre car il nous emmène sur des terrains déroutants, ne montrant pas que des images de concerts, mais aussi par exemple de reconstitutions appliquées de quelques rites. Cependant, les différentes prises de parole s’équilibrent assez bien entre elles, contrebalancent certains côtés un peu ésotériques, avec des interventions donnant plusieurs versions de mêmes concepts (perpétuer la tradition, contre l’impossibilité de la reproduire selon Sektarism), et de passages plus accessibles et agréables (le conteur Quentin Foureau, les festivaliers en cuisine, l’origine de l’alcool par Prout…). Que l’on soit sensibles ou non à l’esprit du festival, Nous sommes les nouvelles chimères demeure un objet intéressant pour et par lui-même, qui je l’espère sera à nouveau et dès que possible diffusé sur grand écran. Merci V Mo’ pour les travaux.

(Très belle affiche réalisée par Cäme Roy de Rat)


The World Is Lava
Documentaire

Dolorès : Vous avez peut-être remarqué que l'univers visuel du Roadburn Redux était très marqué cette année, dans des teintes douces et pâles. Couleur et délicatesse étaient tout à fait les bienvenues dans la période étrange que nous vivons, et c'est à Lucile Lejoly que nous devons les beaux polaroïds qui ont accompagné cette édition en ligne.

Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez peut-être son travail de tatoueuse, anciennement Leeloo ! Elle a récemment repris son nom pour présenter ses œuvres, qu'il s'agisse de tattoos ou de son travail d'art plus contemporain. Le petit documentaire de quelques minutes The World is Lava permet d'en apprendre un peu plus sur ses polaroïds et le traitement qu'elle leur applique : les tremper dans du jus de légumes, dans l'urine pour l'ammoniaque, et tout un tas de cuves contenant diverses matières qui peuvent altérer l'image. Ces autoportraits expérimentaux ont été réalisés pendant le confinement de 2020, en choisissant d'imposer un changement radical à soi-même, d'en tester plusieurs, pour mieux s'adapter au monde qui évolue.

Ce petit documentaire ressemble fortement à un format « vlog » mais il était très intéressant d'en apprendre un peu plus sur l'artiste et sa démarche. On a également pu l'apercevoir dans le clip de Year Of No Light diffusé pendant le festival, dans un nuage de fumée.

 

 

Lucile Lejoly, The World is Lava


Solar Temple
performing The Great Star Above Provides
Livestream

Dolorès : Comme beaucoup, j'avais lu le petit texte accompagnant l'annonce du duo néerlandais sur l'affiche du festival et j'avais bien compris qu'ils proposeraient un set exclusif et en direct un peu particulier. Ce à quoi je m'attendais moins, c'est que les deux musiciens (également dans les projets Turia et Fluisteraars qu'on connaît mieux) laissent entièrement de côté leur black atmo si particulier.

Il s'agissait en réalité du tout premier concert de Solar Temple, qui a choisi de ne pas prendre de musicien live pour l'occasion et de se reconcentrer sur le noyau en duo qu'ils forment et l'essence même qui définit leur projet. Dans ce set très particulier commissionné par le Roadburn, l'idée était de déconstruire leur son afin de le reconstruire, un processus accompagné d'une certaine radicalité. Bien sûr, cela fait sans doute écho au fait qu'à deux c'est toujours un peu compliqué de ressortir le même son que sur album et c'était bien évidemment l'occasion de réfléchir et de proposer autre chose qu'un énième concert de black metal torturé.

Les premières minutes m'ont surprise, mais j'ai vite compris où ils souhaitaient en venir. Enfin, je suppose ! J'y ai vu une manière de composer à deux plus simple et plus originale, chacun prenant une guitare et soit des percussions (tambourins accrochés à la grosse caisse et tout se jouant aux pieds par exemple) soit un micro pour le chant. Le son est finalement plus rock, presque psychédélique et bien plus mélodieux que sur l'album Fertile Descent. On perd la noirceur et la densité du son pour aller à l'essentiel à travers des compositions qui sonnent presque primitives par leur simplicité et le côté organique de ce duo dont l'écoute mutuelle semble leur faire gagner une transe.

On y retrouve finalement tout ce qui est caractéristique du projet sur album mais sous une autre forme et c'est là que ça devient intéressant : des boucles hypnotiques, une construction en spirale obsédante, avec beaucoup d'introspection et de sons étranges qui viennent se mêler aux lignes directrices. C'est exactement ce qui les définit, selon moi, dans les deux formules.

Le set aura commencé dans des tons chauds et entraînants pour passer par des mélodies mélancoliques plus marquées et terminer dans une apothéose de percussions. La surprise pour tout le monde et la qualité du set de Solar Temple en ont fait l'un des très bons moments de ce weekend, que j'ai même visionné deux fois pour ma part !
 

Dawn Ray'd performing Wild Fire I & II
Audio/Video premiere

Matthias : Je n'ai pas été très tendre avec le dernier album de Dawn Ray'd, Behold Sedition Plainsong. Ca ne m'empêche pas de toujours éprouver une certaine affection pour le groupe de Liverpool et pour sa démarche, et j'étais fort curieux de découvrir ce que ces anars pétris de romantisme révolutionnaire avaient bien pu manigancer pour un événement aussi hors-norme que ce Roadburn à domicile. Alors certes, deux morceaux c'est bien court et, fussent-ils inédits, ils n'allaient certainement pas ébranler l'ancien monde. Mais les Britanniques, bien installés dans ce décor de vieille paroisse anglicane vont, au calme, nous offrir ce qu'ils savent le mieux faire : réconcilier un black metal dans ce qu'il a de plus hargneux avec un approche folk typiquement anglaise, ancrée dans la mélancolie et les souvenirs de luttes passées sur le point de tomber dans l'oubli. Dawn Ray'd nous a offert deux versions d'une même composition, intitulées Wild Fire I et II et, dès les premiers coups d'archet, on retrouve cette atmosphère si particulière qui manquait au dernier album. La première piste ne manque pas de puissance, mais c'est bien ce fameux violon qui la transcende, avant que les gars de Liverpool nous offrent une seconde approche entièrement acoustique avec de simples murmures en guise de chœur. Voila qui est de bon présage pour ce que Dawn Ray'd nous réserve pour l'avenir.
 

Autarkh III
Exclusive Set

ZSK : Bien qu’ayant débuté il y a peu, Autarkh s’est déjà permis d’innover et de se faire remarquer le lendemain de son interprétation de Form In Motion avec un second Live, présenté comme un set de « Autarkh III ». Derrière ce sobriquet, le groupe évolue donc dans une configuration bien différente, en trio sans son bassiste, et en position assise. Pour quoi faire ? Une réinterprétation bien particulière de certains de ses morceaux qui sont pourtant tout frais. Une réinterprétation dépouillée et différente, mettant l’accent sur les ambiances et l’aspect le plus électronique de leur musique, on est donc bien loin d’un simple set « unplugged » comme on pouvait s’y attendre. "Alignment", renommé et présenté d’entrée de jeu, est d’ailleurs méconnaissable. Contrairement à "Lost to Sight" et "Introspectrum" dont on reconnaîtra les lignes de chant, mais l’instru sera bien particulière. L’exercice de style peut paraître incongru pour un groupe si « jeune », mais n’en est pas moins réussi, même s’il relève plus de la curiosité et de la performance qu’autre chose. 4 longues compositions auront donc été au programme, avec une dernière complètement inédite, qui s’adonnera à du pur Drone qui se finira dans une explosion salvatrice avec un Michel Nienhuis qui se lâchera au chant. Une innovation à déguster, mais pour les fans uniquement, et forcément.
 

Plague Organ performing Orphan
Livestream

Hugo : Plague Organ sortait son premier album Orphan l’an dernier via Sentient Ruin. Assurément, le disque fut l’une de mes plus belles découvertes de l’année 2020, autant par sa magnifique pochette de Stefan Thanneur que par le long-morceau composant l’opus. Aussi, on abuse souvent de l’adjectif « hypnotique » pour parler d’un paquet de sorties plus ou moins Black Metal. Néanmoins, force est de constater qu’il aura rarement été aussi approprié que pour décrire la musique de Plague Organ.

Peu de fois depuis Murmuüre, en réalité, un groupe ne m’aura donné l’impression de mettre en musique l’enfer lui-même. Le tout est dissonant et grave, comme la bande-son d’un terrible rituel maudissant chaque habitant de la terre, empruntant sûrement autant à Portal qu'à certains titres de The Ruins of Beverast. Dans le même temps, le groupe pioche allègrement dans des sonorités quasi-Krautrock, ainsi que dans la musique Drone en général. Ce, avec pourtant une recette assez simple : un blast-beat de batterie et un tremolo-picking à la basse, qui ne s’arrêteront jamais pendant quarante minutes. Les différentes variations instrumentales, l’ajout de chants cérémoniaux comme caverneux, sont tant d’éléments qui permettent à la composition de ne pas être monolithique mais constamment intéressante. Une longue méditation dont on ne connaît l’issue ; la paix intérieure ou plutôt la rencontre avec ses propres démons.

Ah et, concernant ce live ? Comme l’album, en fait. Trois musiciens, répartis au clavier, à la basse/chant, et à la batterie/chant. Le son est d’une densité qui force le respect, et le concert reprend la composition note pour note, blast pour blast (quel batteur, il faut le voir pour le croire). Le contenu de la prestation est parfaitement identique à celui du disque, et c’est un vrai bonheur. Seul des éléments visuels s’ajoutent à la cavalcade, la transe incessante, avec quelques lumières et projections bien vues. Et toujours ce batteur qu’on ne quitte jamais des yeux, au cardio impressionnant. Car parler de ce live revient donc presque à décrire le disque, je vous invite à aller écouter Orphan, tout en espérant que cet opus ne soit pas le dernier de cette formation si prometteuse.


The Nest
performing Her True Nature
Livestream

Dolorès : Il y aurait énormément de choses à dire alors tâchons de rester synthétique (non). C'est l'histoire d'un groupe belge à l'identité bien marquée : ésotérisme, sorcières, mur de guitares et percussions tribales. C'est très résumé, bien évidemment. Ce même groupe choisit de s'entourer de guests aussi connus que talentueux et partageant certains points avec le groupe, pour former une collaboration inédite. The Nest, ce n'est pas vraiment un nid mais plutôt un essaim qui rassemble des voix, des guitares et des percussions vrombissantes pour amplifier la puissance aussi bien sur le fond que sur la forme.

Ryanne chanteuse de Dool, le retour d'Alexander de The Ruins of Beverast qui n'est pas inconnu au groupe, Alan Averill (Primordial, ainsi que Dread Sovereign représenté par Bones à la guitare également), Tommie Erikson à la guitare et au chant (Saturnalia Temple). Plutôt alléchant comme programme !

Le point noir revient, il y a encore et toujours ce souci de volume sonore des parties vocales, ce qui a eu pour résultat de voir beaucoup de lèvres s'agiter sans qu'on entende forcément une mélodie ou des paroles... Problématique quand les invités s'emparent principalement des micros pour chanter, tandis que Shazzula se fait muette pendant ce set !

L'avantage d'accueillir tant d'artistes sur scène, c'est principalement les différentes énergies rencontrées, entre la force de Ryanne ou d'Alan qui font le show et qui s'opposent à la tranquillité d'Alexander ou de Tommie par exemple. Bien sûr, les compositions vont à l'essentiel et se révèlent assez simples pour donner toute la puissance aux invités pour s'exprimer, ce qui peut être vu à la fois comme un avantage ou un défaut en fonction du point de vue. De la même manière, chacun(e) individuellement pourra trouver que tel chant se mêle à merveille à la musique de Wolvennest, et tel autre beaucoup moins. Toujours est-il que chaque titre réussit à garder une cohérence d'ensemble du set tout en adaptant les compositions au style de chaque chanteur notamment. Les rythmiques et les riffs qui rappellent Dool ou Primordial ne sont sans doute pas liées au hasard. Il serait intéressant de savoir à quel point chaque invité a pu, ou non, participer au processus de composition !

Notons la présence de pupitres pour les paroles, car bien évidemment, The Nest n'a probablement pas eu beaucoup le temps de répéter et de préparer ce set de la manière la plus lisse possible. J'apprécie personnellement l'honnêteté de ne pas vouloir dissimuler ces quelques lacunes, bien que cela impacte forcément le show : pas toujours la même énergie sur scène lorsqu'on s'arrête quelques instants pour lire les textes à chanter. Et tout simplement car on ne chante pas forcément de la meilleure des manières lorsqu'on a le menton baissé pour lire les paroles, et que ce n'est pas une performance qu'on connaît par cœur. Cela crée aussi quelques faussetés dans les voix. Évidemment, Her True Nature aurait été un bien meilleur set s'il avait pu être maîtrisé en amont, mais on connaît la situation compliquée de créer un set en quelques mois, en impliquant beaucoup de monde, dans le contexte actuel.

J'ose sincèrement dire que j'ai été un peu déçue, entre les soucis sonores, les plans extrêmement étranges à l'image, finalement des choix curieux de la part des techniciens qui bossent pour le Roadburn qui a pourtant une certaine réputation. Le dernier titre, qui était censé réunir tout le monde sur scène en lançant une transe sonore de percussions tribales, de chants entremêlés et d'ambiance cérémoniale, a finalement très peu pris son envol depuis le nid... La faute à un son extrêmement bizarre qui semblait s'éteindre au fil des mesures en perdant en puissance et à des chants qui ne fonctionnent pas tous ensemble en créant une dissonance qui n'a pas fait l'unanimité.

De l'autre côté, le manque d'homogénéité et le caractère un peu dispersé du set n'altèrent en rien le concept génial et le fait que les collaborations de ce genre soient toujours une idée merveilleuse. Comme le disait Adrien de Førtifem lors de leur interview dans notre Emission #2 : on apprécie d'autant plus de voir que les acteurs d'une même scène se connaissent, s'écoutent et choisissent de bosser ensemble même lorsque parfois les univers semblent si peu solubles l'un dans l'autre. Leur cohésion renforce notre fascination pour la scène. Pour ça, merci le Roadburn et les autres événements qui proposent ces cocktails explosifs car c'est ce qu'on attend. En attendant, je n'espère de The Nest que des répétitions plus soutenues et une tournée du projet, car avec un peu plus de contrôle sur la Bête et de meilleures conditions de son, le concept aurait le pouvoir de passer du statut de chouette idée à celui de projet exceptionnel.

 


Neptunian Maximalism
performing Set Chaos to The Heart of Moon
Livestream

S.A.D.E : Avec la sortie de Eons, son deuxième album studio, Neptunian Maximalism s'est imposé comme une des formations les plus intriguantes de l'année 2020. Combinant la lourdeur du drone et du doom, la liberté de l'improvisation jazz et la puissance des musiques tribales, le collectif belge a fait s'effondrer nombre de barrières pour aboutir à un hybride unique et fascinant. Dans ce contexte, il semble presque logique de retrouver le groupe à l'affiche du plus curieux et exigeant des festivals européens. Plutôt réfractaire au format livestream (impossible de m'ôter l'impression de manquer une part énorme de ce qu'est un concert avec ce procédé), Neptunian Maximalism est le seul groupe qui m'ait suffisamment attiré pour que je fasse l'effort de me poser devant mon écran.

Et autant le dire tout de suite, je ne regrette pas une seule seconde. Dès le début du set, toute l'aura mystérieuse de ce projet est brillamment mise en place : le collectif, regroupé en cercle dans une semi-pénombre, sans instrument, utilise seulement la (les) voix pour créer un premier mouvement très ritualiste, prélude au long voyage qui nous attend. Les différents timbres, masculins et féminins, se combinent au-delà du langage, insufflent une atmosphère et un paysage vaste et encore flou. Puis, chacun leur tour, les musiciens gagnent leurs instruments respectifs alors que la lumière se fait progressivement plus intense pour que finalement se mette en place l'univers si unique du groupe. Difficile (et peu utile) de retracer la chronologie exacte de cette tortueuse et magnifique pérégrination aux frontières des genres. Difficile également de déterminer avec certitude quelles parties sont écrites à l'avance et quels segments naissent de l'improvisation. Neptunian Maximalism nous promène presque une heure durant dans ses sonorités multiples et d'une richesse incroyable (petite liste sans doute non exhaustive des instruments utilisés : guitare, basse, batterie x2, saz, synthé, saxophone baryton, saxophone sopranino, block et percussions diverses) et propose une construction tout en progression au travers de grands mouvements qui reprennent des parties des morceaux de leurs albums studio. Avec le saxophone baryton comme lien (ou liant) entre les vrombissements basse/guitare, les instabilités rythmiques générées par le duo de batterie et les mélodies vocales et/ou instrumentales, le collectif belge fonde l'architecture de son set sur un longue montée en puissance jusqu'à un passage où la voix masculine menaçante et le chant féminin aérien se répondent et s'entremêlent. Puis, passé ce cap à la puissance sublime, la lente déconstruction de l'édifice commence : délitement rythmique, refroidissement des cuivres, tellurisation des cordes, tout indique que la fin est proche. Et, inexorablement, la voici.

Les mots manque pour définir un projet aussi unique. Ou plutôt ils foisonnent. Cérémonielle, psychédélique, céleste, tellurique, viscérale, hypnotique, tout ces termes donnent chacun à voir une facette de la musique de Neptunian Maximalism (et de cette performance en particulier) mais échouent à cerner l'ensemble complètement. En conclusion je dirai simplement que le jour où les concerts se feront de nouveau en public, voir sur scène cette formation fera assurément partie de mes priorités.
 

CROWN
Exclusive Set

ZSK : Présenté par Pelagic Records qui était convié à ce Roadburn Redux pour faire parler de son catalogue, CROWN était attendu au tournant. Son The End Of All Things était à peine sorti une fois ce « festival » ouvert, et l’on attendait de voir ce que le groupe alsacien pouvait produire sur scène dans sa « nouvelle » configuration, celle d’un groupe qui semble avoir mis de côté son Sludge/Doom si tellurique pour aller vers un Metal-Indus plus intimiste et éthéré (on en reparlera bientôt). On s’attendait malgré tout à un set complet, peut-être un The End Of All Things joué en intégralité d’ailleurs pour faire simple, mais au final, quand on lance la vidéo à 16h30 et qu’on voit qu’elle ne fait que 18 minutes, le soufflé retombe un peu. Pas de "Abyss" ou "The Words You Speak Are Not Your Own" en Live au milieu de nouvelles compositions, CROWN vient juste donner un aperçu de son nouvel album avec 4 morceaux, dont deux singles que l’on connaissait déjà, "Violence" et "Illumination". C’est un peu léger, mais on va s’en contenter. Surtout que la captation, réalisée à Colmar et avec des écrans qui posent une ambiance parfaitement adaptée, est de grande qualité. On sent bien que Stéphane, qui ici ne manipule que son micro, est en forme et déjà possédé par son « nouveau » chant. L’interprétation sera donc au top, le cadre étant également parfait pour le Metal-Indus très feutré que nous propose désormais CROWN. Ceux qui n’avaient pas encore écouté le nouvel album ont donc pu découvrir les déjà très qualitatifs "Neverland" et "Gallow". Bref, ce n’était hélas qu’un aperçu un peu court et donc frustrant, mais cela mettra bien en lumière la sortie de The End Of All Things qui est un album qui va mériter une certaine attention…
 

Obsidian Kingdom performing Wong of Wire
Audio/Video premiere

Matthias : Une première confrontation avec les Catalans d'Obsidian Kingdom, qui se définissent comme un groupe produisant un "hard-to-classify heavy sound with plenty of contrasts" ne peut pas laisser indifférent ! J'étais assez dubitatif dans les premiers instants de cette performance live capturée au château de Montjuïc en décembre dernier, mais finalement, je me suis laissé convaincre. Car si Obsidian Kingdom se permet des expérimentations sonores souvent déroutantes et parfois étrangement fascinantes (les distorsions sur la voix de la chanteuses qui la font sonner comme un instrument d'outremonde...), le collectif ne vire pas dans l'inutilement bruitiste. Il se permet même des passages plus doux, presque groovy même... avant de virer franchement dans le post quasi black metal, et un final au clavier presque intimiste ! Déroutant certes, mais l'expérience en vaut le détour et, il faut le souligner quand on évoque ce genre de projet parti fort loin à l'avant-garde, Obsidian Kingdom semble offrir un véritable intérêt à être vu en live.

 

Of Blood and Mercury
Live stream

Hugo : À chaque passage sur la page du Roadburn Redux, le live en cours se lançait automatiquement, comme si l’on débarquait dans une salle de concert parfois sans savoir à quoi s’attendre. Je ne suis jamais allé au Roadburn, et pourtant je suis certain que l’intérêt du festival réside aussi dans les groupes que l’on y découvre. Pour moi, le groupe belge Of Blood and Mercury fut l’une de ces découvertes, que je ne pensais pas si nombreuses lors de ces trois jours.

Il aurait été si dommage pourtant de passer à côté de ce groupe ! S’inscrivant dans une lignée Dream Pop éthérée (au sens de Cocteau Twins), la musique émerveille avant tout car elle est parfaitement exécutée et joliment composée. À l’image de Strangers, premier album de la formation qui tourne en boucle depuis lors, le concert est un petit bonbon sucré, une danse face aux étoiles avant de se coucher. En ajoutant de nombreux éléments Indie et électroniques à leur musique, les musiciens réussissent à proposer un concert beau et original dans un style que l’on pensait trusté par des formations bien moins intéressantes. Le tout, porté par la jolie voix de Michelle Nocon, venue pourtant de formations Metal musicalement très différentes (Bathsheba, Death Penalty…).

 

Wolvennest
performing Temple
Live stream

Dolorès : Non, nous n'avons pas de partenariat spécifique avec Wolvennest. Il est vrai que la chronique, l'interview « Dans l'oeil de... » puis deux apparitions dont nous parlerons dans le cadre de ce report, ça commence à faire pas mal de Belgique dans Horns Up (en plus de nos deux rédacteurs à l'accent plus ou moins développé). J'étais bien évidemment curieuse de découvrir le nouvel album Temple en live, même si les sensations liées au réel manquent beaucoup. C'est bien sûr les arrangements et les diverses manières de s'adapter qui m'intéressaient, et je n'ai pas été déçue.

Globalement, les livestreams en direct de Tilburg (à l'exception de Gold) m'ont semblé avoir de nombreux soucis techniques au niveau du son : si ici le son des guitares très chaud et rond me plaît beaucoup, c'est le manque de puissance sonore dans les voix qui est clairement le gros défaut de ce set, un déséquilibre que j'ai retrouvé chez The Nest et Solar Temple également.

A part ça, le set est puissant. Un poil long, forcément, puisque l'album dure plus d'une heure, mais j'y ai finalement trouvé exactement ce que j'y attendais : une qualité d'arrangements live très bénéfique pour apporter un petit plus à l'album. Cela a été, par exemple, le chant un peu plus puissant de Shazzula accompagné des chœurs de Déhà sur « Incarnation », selon moi le meilleur titre de l'album, un trophée qui se confirme ici. Cela a aussi été une incarnation du texte très puissante sur « Souffle de Mort », ou encore une belle présence dans le chant masculin de « Disappear », sur un retour de Déhà déterminé après une petite crise d'angoisse sur scène. Sur les autres titres qui me plaisaient parfois déjà un peu moins sur album, on ne peut pas vraiment parler de redécouverte mais ils passent mieux dans une continuité scénique liée à un certain spectacle visuel et vivant que sur album pour ma part. Le thérémine, bien présent, apporte le liant à ces couches sonores denses qui forment les titres de Temple.

Bien évidemment, King Dude n'a pas pu être présent pour chanter « Succubus », et je ne dis pas qu'il y aurait eu une meilleure solution mais le titre sonne ainsi un peu trop désincarné. Forcément, le sample de voix utilisé est bien plus puissant que le chant sur scène qui a été, comme je l'ai dit plus haut, le point noir des lives du Roadburn. Celui-ci commence à s'emparer de l'espace en laissant comme un gros vide, tandis que tout le monde se concentre sur son instrument en laissant résonner l'absence plus que l'immersion. Faire l'impasse sur un titre important de l'album ? Demander à Déhà, Shazzula ou à l'un des guests de The Nest de chanter les parties vocales de l'invité ? Cela aurait pu être une idée alternative bien qu'on comprenne que celles et ceux qui s'emparent du chant dans un album ne sont pas vraiment interchangeables...

Un très beau concert, notamment sur les passages qui donnent encore davantage vie aux titres de l'album, mais les quelques soucis sonores et la barrière de l'écran n'ont pas créé l'illumination attendue. Je regrette aussi les plans trop peu nombreux où l'on voit les projections de Leslie, qui est pourtant censé être un membre à part entière du groupe, et dont on voit trop rarement le travail à l'écran.