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Album

05/02/17 - Lactance

Crowbar

The Serpent Only Lies

LabelSteamhammer
styleSludge Metal
formatAlbum
paysUSA
sortieoctobre 2016
La note de
Lactance
7/10


Lactance

Fidèle au poste vingt-cinq ans après la sortie de son tout premier album, l’heure est encore loin d’être au bilan pour Crowbar, toujours mené par l’infatigable Kirk Windstein, qui a également décidé, il y a quelques mois, de retenter l’aventure avec son ancien acolyte Todd « Sexy T » Strange. Une excellente nouvelle s'il en est, quand on réalise que d’autres formations de la Nouvelle Orléans en ont vu des vertes et des pas mûres récemment. Entre les frasques de Phil Anselmo lors du désormais célèbre « Dimebash Incident », laissant Down sur le carreau pendant presqu’une année, ou bien les gros soucis de santé rencontrés par Mike Williams d'Eyehategod, seul Crowbar semble effectivement se tenir à carreau et échapper à cette étrange malédiction, qui hante encore régulièrement la scène mythique de NOLA.

Seulement deux ans après avoir quitté le chemin des studios, le combo de la Nouvelle-Orléans est en tout cas prêt à remettre le pied à l'étrier, avec la sortie en 2016 de The Serpent Only Lies, dont la pochette arbore une fois de plus la fameuse fleur de lys, dissimulée cette fois-ci sous les écailles d’un serpent à la peau sombre, mate et légèrement orangée. Un onzième album qui semble ainsi vouloir prendre les devants, mais qui aura surtout la tâche de relever le niveau du précédent effort, bien en deçà de ce que pouvait nous réserver un opus de la trempe de Sever The Wicked Hand (paru quelques années auparavant).

Néanmoins, si on avait cette sensation que Symmetry In Black mettait trop d’eau dans son vin par moment, ce nouvel opus part sans conteste sur de bien meilleures bases, en nous affichant un Crowbar à l’esprit plus combattif, capable de reprendre le taureau par les cornes, avec force, confiance et détermination. Plus abouti que son prédécesseur de ce point de vue, The Serpent Only Lies renoue partiellement avec cette atmosphère oppressante et insidieuse, qui caractérisait plus particulièrement les débuts du groupe. Du Sludge US assez baraqué et qui roule des pec’ comme après une grosse séance de muscu', grâce à ce son toujours aussi massif  et compact, mais qui ne se déleste pas non plus de ces plans plus groovy, délivrés une fois de plus par la main de maître de Kirk Windstein.

Un retour aux sources pas entièrement représentatif de l'album ceci dit, si on essaie de synthétiser les dix pistes qui ponctuent son écoute, mais qui apparaît nettement crédible lors d’un premier face-à-face avec le titanesque Falling While Rising, qui se hisse tout simplement comme le meilleur morceau de cette cuvée 2016. Le genre de titre qu'on prend plaisir à écouter encore et encore, avec ses riffs venus nous écraser de toute leur masse, pesant au moins un quintal chacun, surtout en passe de s’imposer comme un futur gros classique du groupe en live. Ce serait commettre une grave erreur, en tout cas, de ne pas voir le titre en question inscrit sur les prochaines setlists, car le potentiel est bien au rendez-vous.

Quoi qu'il en soit, Crowbar n’en a pas non plus totalement terminé avec nous, puisque la démonstration de force se poursuit également sur d’autres pistes estampillées de ce label « catégorie poids lourds », qui fait aussi toute la différence sur certains titres comme Plasmic And Pure. Un autre morceau qui baigne à nouveau dans cette ambiance très old-school, sous ses allures brut de décoffrage, limite suffocantes, qui arrive à tirer son épingle du jeu en proposant plusieurs passages ingénieux, marqués au fer rouge par certains brûlots emblématiques du groupe (comme High Rate Extinction ou …And Suffer As One, avec toute la poigne qu’on peut évidemment leur connaître). Dans un autre registre - hélas peut-être pas assez représenté à mes yeux -, I Am The Storm et The Serpent Only Lies auront enfin pour objectif de terminer le sale boulot, en enchaînant sur des parties uptempo forcément plus agitées par endroits, mais toujours bien négociées dans leurs progressions et leurs accélérations (en grande partie grâce à la frappe puissante de Tommy Buckley, qui nous propulse sur des passages D-Beat totalement prenants). De quoi bétonner un peu plus l’ensemble en ne se fermant pas à ce genre de petits rebondissements, faisant miroiter pas mal d'influences du côté de Broken Glass (entre autres), que le groupe a apparemment beaucoup réécouté avant l'enregistrement du nouvel opus.

Pourtant, malgré de bonnes initiatives et des qualités qu’on ne peut évidemment pas lui retirer, The Serpent Only Lies est également très fortiche lorsqu'il s’agit de faire baisser subitement la tension. Notamment quand on s'attaque à ces morceaux moins coriaces, peut-être moins ambitieux aussi, qui trahissent de gros flottements de temps à autre. Une fois passé The Enemy Beside You et ses riffs assez paresseux dans l'ensemble, on peut notamment songer à la doublette plutôt médiocre d'On Holy Ground / Song Of The Dunes, qui laisse malheureusement ce sentiment très mitigé à quelques minutes de la fin, dont on se serait bien passé. Deux ballades down-tunées loin d'être à la hauteur des titres cités précédemment et qui s'étiolent en fait rapidement, sur lesquelles Crowbar semble s'autocaricaturer à fond, avec des passages et des refrains trop portés sur le pathos, où Kirk Windstein semble de nouveau avoir envie d'expier tous ses péchés (en plaquant sa voix rauque et plaintive, tout à fait typique de ce Crowbar post-2000, à vrai dire).

Dans la même veine, seule Surviving The Abyss aura finalement de quoi créer la surprise, en proposant enfin un morceau posé avec de vraies intentions derrière. Débutant par une intro aux tonalités très planantes, les Américains tentent ici de calmer le jeu sans excès en tout genre, en laissant souffler naturellement ce vent à la fois doux et aride, avec ce grain légèrement sablonné et agréable à l'écoute, qui puise justement beaucoup plus du côté du Desert Rock, pour ne pas dire du Stoner. Rien de très original au fond, quand on repense notamment à la reprise de No Quarter sur l’album éponyme, mais qui permet au quatuor d’éviter de retomber, la tête la première, dans certains travers de Symmetry In Black (également décevant sur ses morceaux plus détendus). Comment ne pas conclure enfin sur la petite déception laissée aussi par « Sexy T », dont j’attendais tellement plus en réalité, mais qui apparaît très transparent sur ce nouvel album (un comble quand on voit la carrure du bestiau). Le bassiste se contentant juste, à peu de choses près, de coller aux lignes des deux guitares, sans parvenir à s'imposer véritablement tout le long. Bien sûr, il était peut-être pas tout à fait adéquat non plus de lui demander de nous ressortir un Existent Is Punishment ou un Planet Collide, le tout en un clin d'oeil. Toujours est-il que le retour de «  Sexy T n’apporte pas ce petit plus qu'on était presque en droit d'attendre. Sûrement à confirmer sur le prochain album...

En résumé, je dois dire que cet onzième album est donc tout aussi prometteur, que frustrant dans l'ensemble. Il se détache autant de très bons points, quand on voit la qualité remarquable de certains titres, que d'idées un peu plus facheuses, qui prouvent que le groupe traîne encore derrière lui quelques casseroles du précédent album. Ainsi, The Serpent Only Lies n'est vraisemblablement pas là pour permettre à Crowbar de faire peau neuve. Loin de là. Encore faut-il savoir après si le groupe tient vraiment à muer, ce qui n'est peut-être pas totalement dans son intérêt finalement, quand on constate que les meilleures tracks de l'album sont celles qui reviennent justement aux origines du groupe.

 

Tracklist : 

01. Falling While Rising
02. Plasmic And Pure
03. I Am The Storm
04. Surviving The Abyss
05. The Serpent Only Lies
06. The Enemy Beside You
07. Embrace The Light
08. On Holy Ground
09. Song Of The Dunes
10. As I Heal
 

 

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