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Metal Tales: Fury of the Guitar Gods

dimanche 4 décembre 2016 - Prout
Prout

Chroniqueur musiques du monde. Parfois Brutal Death / Black / Grind mais rien au dessous de 300BPM sinon c'est trop mou et je m'endors.

Sauver le monde avec sa guitare, ça ferait rêver n’importe quel metaleux de 14 ans à fond dans son délire ; geek qui plus est, forcément, c’est un metaleux. C’est ce que vous propose le jeu-vidéo Metal Tales: Fury of the Guitar Gods, disponible depuis peu sur Steam (18 novembre 2016). 

Prout : 

Alors que vous traînez peinard dans votre bar miteux habituel à mater toujours les mêmes concerts de Heavy Metaaaaal, les dieux du Metal (à vos yeux) rentrent en transe et une sorte de malédiction semble tout à coup les toucher. Cela en va de même pour tous vos amis metaleux qui se comportent étrangement et de manière très agressive. Le monde du Metal que vous chérissez tant est en danger !! Sans vous poser de question vous vous armez de votre guitare et partez combattre héroïquement ces étranges forces maléfiques. Non, vous n’êtes pas dans Deathgasm, mais par contre oui, vous avez des pouvoirs très spéciaux. En effet, la puissance de vos riffs se transforme en projectiles revivifiants qui ont le pouvoir de remettre dans le droit chemin vos amis touchés par la malédiction. La croisade pour sauver le monde du Metal à coup de riffs est lancée. Scénario béton.

Développé sous Unity, ce nouveau jeu-vidéo ayant la thématique du Metal se trouve être un Rogue-like shooter en 3D. Bien entendu, lorsque l'on pense jeu vidéo sur le Metal aujourd’hui, cette pensée fait écho à Brütal Legend dans la tête de tous les joueurs, Brütal Legend étant un peu la référence actuelle du genre. Perso il me faisait déjà un peu chier, et même sans affirmer leur côté Metal ouvertement, je lui préfère largement des jeux comme Carmageddon ou Duke Nukem 3D. Passons sous silence les merdes de Kiss Psycho-Circus, le Iron Maiden Speed of Light qui fait un gros clin d’œil à Donkey Kong ou encore le Earache Extreme Metal Racing, pour accepter une chose, le meilleur jeu vidéo du metaleux ça reste Guitar Hero. Les Espagnols de Nuberu Games, en coopération avec Kiss Ltd., n’ont pas eu peur de s’essayer malgré tout à un style rarement abordé par la scène : le shooter. Le Shooter 3D de loin pourrait faire penser aux plus belles heures de la Dreamcast et du système Naomi avec à la clé en tête Ikaruga, Zero Gunner 2, Gigawing 2 ou encore Mars Matrix, mais là il n’en est rien. On est dans un shooter à la Contra 3D (oui, aïe !), dans le délire Ikari Warrior, Shock Troopers ou Pocky & Rocky et là je dis oui tout de suite ! Rajoutons-y un côté Rogue-Like avec des plateaux aléatoires et vous avez l’élément de base de Metal Tales: Fury of the Guitar Gods.

Outre l’impression qu’on est dans un donjon du premier Zelda en version contemporaine, ces différents tableaux se divisent en plusieurs catégories distinctes mais qui se répètent énormément, malgré leur caractère aléatoire. Aléatoire oui, car chaque partie différente génèrera de manière aléatoire des plateaux pré-enregistrés, dont vous aurez en réalité vite fait le tour. Ceux-ci se divisent en différents types : vous avez le shop, qui propose trois objets aléatoires vous aidant plus ou moins dans votre quête ; la pièce cadeau, où vous attend un objet voire une nouvelle guitare, comme ça, gratos ; la pièce défi, qui s’avère n’être qu’une pièce challenge où il faut buter tout le monde dans le temps imparti ; la pièce piège, où il faut juste dénouer les pièges (niais) pour obtenir un objet ; la pièce de base, où t’as des ennemis de base ; et la pièce boss, où t’as les boss. À noter que les boss sont aussi aléatoires. T’en as 8 à démonter en tout dont la moitié sur lesquels tu peux tomber limite dès le premier niveau. Y’a donc pas de réelle progression sur les boss.

Il n’y a d’ailleurs que 3 réels niveaux divisés en copies d’eux-mêmes, clichés à souhait puisqu’il s’agit de ton rade metal, ton fest metal, et l’Enfer. Ouais… D’ailleurs les clichés ne s’arrêteront pas là, c’est d’ailleurs le but du jeu : être le plus cliché possible, être le plus Metaaaaaal. Le cliché sera donc dans les décors avec fûts de bières, cadavres de canettes et sacs poubelles, barrières, crânes, flipper, billard, pics, des glacières, le tout miteux pour donner un aspect très 80’. Les ennemis sont aussi des clichés finis puisque vous aurez à vous battre contre des canettes de bière volantes (oui ! oui !), des moshers qui vous courent après, des wallofdeatheurs (euh) qui tracent tout droit, des gros sacs avec des spikes qui vous rentrent dedans, des baffles qui tirent des ondes sonores, le chanteur Heavy hippie Woodstock qui vous attaquera avec son cri gaygu, la chanteuse lyrique insupportable, des slamers qui vous sautent dessus, des gratteux etc. Bref, vous avez compris.

Pour en revenir aux boss, ils sont tout autant clichés, avec le viking, le cyborg, l’araignée, le black metaleux (?!), Satan… avec pour chacun une façon de jouer pour les anéantir, à la manière d’un bon Ys, la tactique sur les éléments en moins. Pour vous aider dans votre quête pas d’inquiétude, vous pouvez upgrade votre équipement avec notamment des nouvelles guitares, amplis, pédales d’effet, cordes, pics of destiny etc. et vous pourrez même invoquer tout votre band pour vous aider dans les situations les plus périlleuses, la grosse bombe du shmup quoi, version batteur, claviériste, chanteur ou bassiste. Oui pace-que hein, le héros c’est forcément un guitariste, le guitare-héros. D’ailleurs vous aurez le choix entre 4 personnages, tous à la gratte, dont 2 à débloquer.

D’ailleurs des choses à débloquer il y en a un max, comme des tirs supplémentaires, plus de vie, des nouveaux persos, nouvelles guitares, nouveaux déplacements etc., via un système très à la mode de succès. Mais dans ce jeu ça n’a aucun sens. Tu ne débloques les succès qu'au fur et à mesure, et pas quand tu les fais, comme ça devrait toujours être le cas. Donc parfois tu as un succès, tel que battre tel boss, que t’as déjà battu 20 fois, que tu ne pourras débloquer qu’après un autre succès genre buter 1000 metalkid (véridique), c’est justement complètement débile. Sauf si c’est fait exprès pour agrandir artificiellement la durée de vie du jeu. Car oui, si le jeu est très court, il est aussi assez ardu, et mise toute sa progression sur le système d’upgrade, lui-même directement lié aux succès que tu débloques et dont les bénéfices sont très maigres. En attendant tu te retapes 50 000 fois les mêmes tableaux, chaque game over te ramenant tout au début du jeu (comme tout bon shooter quoi) sauf que là t’as pas de continue ni rien, une seule barre de vie et accroche-toi. Ce n’est pas le fait que le jeu soit si dur qui fait que c’est difficile pour le joueur de s’accrocher, mais à cause de ses mécaniques pataudes.

En effet, qui dit shooter pour moi dit action réaction ! Le truc doit aller vite, les tirs doivent partir à fond la caisse, ça doit shooter dans tous les sens, le personnage doit bouger son boule à la vitesse de la lumière. Ici tout est lent. Les ennemis sont lents, ton perso est lent, les tirs sont lents. Tout est lent, tout est mou. Je ferais du Sludge que ce serait la même chose. Du coup difficile d’en tirer vraiment du plaisir, du fun, et surtout difficile de jouer correctement, en faisant du grinding ou autre. Si on ajoute en plus de ça les problèmes de masques de collisions, on s’en sort plus ; le jeu ne permet aucune maitrise en précision, c’est que du gameplay grossier, dû en grande partie à son manque de vélocité. Le seul truc qui pourrait sauver le fun c’est soit la thématique, mais perso elle me fait de la peine en l’état, soit le fait de pouvoir jouer en mode co-op. Mais vu que j’ai pas d’amis…

Heureusement que le support manette fonctionne parfaitement ! Mais c’est presque à se demander si ça ne serait pas encore plus pratique à la souris car le système de visée est totalement foireux. En effet, les quatre boutons servent à viser, genre bouton de gauche à gauche, celui de droite à droite, haut haut, bas bas, et les diagonales en conséquence. Le pad directionnel ne sert qu’à se déplacer en gros et à éviter les ennemis. Et en vrai ça alourdit encore une fois plus la maniabilité qui n’était déjà pas merveilleuse.

GazaG : 

Après avoir parlé du JEU de "jeu vidéo", abordons maintenant l'aspect VIDEO de Metal Tales. Les graphismes et la direction artistique, ça ne fait pas tout. Mais ça peut aider. Prenons dans un premier temps la direction artistique de Metal Tales. Le jeu propose des salles de concert avec du parquet, et des métalos buveurs de bière avec leurs cornes bien en l’air. A cela s’ajoute des pics, des barbelés, l’enfer, et des zombies. En définitive, comme l’a dit Prout, le joueur arpente les grands lieux du vrai fan de Heavy Metol, avec beaucoup de clichés et de références au genre. Mises à part quelques sorties de routes, notamment le contraste sur les couleurs parfois très fort (LoL sort de ce jeu), et le design des ennemis trop décalé (une bière volante, vraiment ?), la direction artistique est cohérente … dans le cliché. Cela étant, il convient de souligner que Guitar Hero III proposait déjà ce type de DA en 2007. Pour finir, qui dit “direction artistique cohérente” ne veut pas forcément dire “direction artistique efficace”. Car à trop vouloir assumer ses influences, on tombe rapidement dans la surenchère, voire le ridicule. C’est malheureusement dans ces travers que Metal Tales trébuche souvent. L’équilibre est donc important ; n’est pas Brütal Legend qui veut.

Dans un second temps, penchons-nous succinctement sur les graphismes. In-game, même si les polygones sont bien fat, les textures n’ont pas à rougir. Que ce soit les ennemis et les décors, pas de quoi faire saigner les yeux. Certes, le contenu proposé est rachitique, mais il a le mérite de tenir la route. En revanche, pour ce qui est des interfaces, fuyez. Les textures bavent, c’est très chargé et ça devient rapidement illisible. Mention spéciale à certains textes et titres même pas traduit en l’Anglais.

Les effets, enfin, sont de bonne facture. Particules, halos et éclairs rendent bien et apportent du dynamisme. Cependant, les couleurs hyper flashy pour les mettre en évidence jurent avec le reste des éléments affichés à l’écran. On aurait pas craché sur moins de contraste pour gagner en cohérence et diminuer l’aspect un peu cheap de la production.

Parlons maintenant du sujet sensible : la musique. Pour un jeu nommé Metal Tales, toute la bande son est super importante et doit représenter au mieux la situation, en utilisant si possible de la musique … Metal. Une dizaine de groupes ont signé pour figurer sur la jaquette du jeu (Despite, Persefone, A Breach of Silence, Striker, Hyperion, Hyde Abbey, Legacy of Brutality, Nameless Day Ritual, Diego Teksuo). Malheureusement, bien peu de genres sont représentés (principalement du Death Melo, une dose de Deathcore/Metalcore, et très vite fait du Heavy). Le Melodic Death Metal permet certes de rendre certains moments bien épiques, mais au bout de 30 minutes, c’est l’overdose. De plus, certaines situations soit ne s’y prêtent pas du tout, soit auraient pu être sublimées en exploitant d’autres styles. Du Thrash ou du Heavy pour les salles bien chaudes, du Black vénère pour des Boss, bref : il y avait la possibilité de mettre en avant plus de diversité dans ce jeu qui rend hommage au Metal.

Pour terminer sur l’audio, soulignons un second problème, celui des cuts. Dans Metal Tales, on a rarement l’occasion d’entendre un morceau du début à la fin. Pour chaque chanson, les concepteurs du jeu ont préféré extraire des riff et des solos, qu’ils font ensuite tourner en boucle. Quand le même riff est présent dans plusieurs salles à la suite, ça peut vite rendre fou.

Après moult et moult délibérations, le jury annonce sa décision. Metal Tales : Fury Of The Guitar Gods est un jeu bien pourri. Qui plus est pour 15 balles. Les règles du jeu sont déjà connues (Binding Of Isaac, Contra 3, Zelda), mais Metal Tales n'arrive même pas à correctement plagier les trois jeux qui viennent d'être cités. La faute à une maniabilité en carton et à un rythme très lent qui viennent tuer toute possibilité de fun. Dans un shooter, il faut de la vitesse, de l'intensité, et de la précision. Metal Tales échoue dans ces trois domaines. Si on ajoute à cela une progression sans queue ni tête, il ne nous reste pas grand-chose à nous mettre sous la dent. Les musiques ? Passez votre chemin car soit les genres mis en avant ne vous plairont pas, soit, à force de vous taper les mêmes titres encore et encore, vous deviendrez dingue. Non, il n'y a vraiment que la DA et les graphismes qui peuvent être sauvés et encore, si l'on n'est pas trop regardant. Encore raté ! Dommage, ce n'est pas cette fois qu'on arrivera à dépeindre le Metal à son avantage.

 

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