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dimanche 17 avril 2016 - Balin

Roadburn 2016 : Jour 4

Poppodium 013, Cul de Sac, Extase - Tilburg

Balin

Matthieu, 24 ans, basé à Nantes. Ancien membre d'U-Zine et de Spirit of Metal. Vous me retrouverez pour les chroniques et live reports de divers styles musicaux.

Dimanche 17 avril : Afterburner

 

VINTAGE CARAVAN (surprise set) (Cul de Sac)

Ëmgalaï : C'est en se baladant dans la ville de Tilburg quelques heures avant le début des concerts que nous vient l'idée de passer boire un verre au Cul De Sac, le bar du Roadburn où se déroule les plus petits concerts. En effet des affiches traînaient dans l'O13 depuis la veille, indiquant le concert surprise du groupe. J'avais le vague souvenir d'avoir déjà écouté ce groupe de stoner (comme son nom l'indique) et de ne pas avoir été transcendé, mais pourquoi pas. Après tout, j'avais bien une heure à tuer. Après avoir commandé une bière au comptoir, plus que quelques minutes à attendre avant le début du set et le bar est déjà plein à craquer. Dès le début, je suis satisfait d'avoir laissé une chance à Vintage Caravan, car bien que leur musique ne casse pas trois pattes à un canard, ils ont une patate hors du commun et je chope le smile dès le début de la journée !

GREEN CARNATION « Light of Day, Day of Darkness » (Mainstage)

Balin : Si l'on trouve de plus de plus de groupes proposant des sets spéciaux lors de festivals, le Roadburn conserve tout de même la palme d’or dans ce domaine. Green Carnation avait en effet décidé d’interpréter son album culte, Light of Day, Day of Darkness (2001) pour mon plus grand bonheur puisqu’il s’agit du seul album de la formation que je connaisse (et adore !). Pour ceux qui ne connaitraient pas le groupe, Green Carnation est une formation norvégienne récemment reformée ayant fait ses débuts dans le Death Metal pour rapidement bifurquer (dix ans de hiatus et un retournement de veste complet) vers le Metal progressif. Et grand bien leur en a pris car cet opus est une petite pépite du genre. Côté line up, nous n’avons pas à faire à n’importe qui puisque, au milieu de tous ces virtuoses aux CV hallucinants, se trouve Tchort (ex-Emperor, ex-Satyricon, ex-Blood Red Throne, ex-Carpathian Forest) à la guitare et Stein Roger Sordal (In the Woods) à la basse. La particularité de cet album réside dans le fait qu’il ne s’agisse que d’un seul morceau d’une heure et 06 secondes. Bénéficiant d’un son incroyable et d’une maitrise hors norme, le groupe norvégien est visiblement heureux d’être là vu les sourires affichés et la complicité des musiciens sur scène ! On passe ainsi de parties pêchues à d’autres plus mélancoliques (je rapproche le style de cet album d’Opeth, même si le chant n’a pas grand-chose à voir avec celui de Mikael Akerfeldt). Mention spéciale au chanteur Kjetil Nordhus (Tristania entre autres) au timbre extrêmement versatile et polyvalent, même si l'on sent qu’il n’est pas très à l’aise avec les growls. Si la Mainstage est encore loin d’être pleine (premier concert du dernier jour de festival, Afterburner donc évidemment moins de monde en ce dimanche après-midi, style très particulier), le groupe quittera les planches sous les ovations. Maitrise et passion furent incontestablement les maitres mots de ce concert. La claque !

Ëmgalaï : Étant un adorateur de musique progressive depuis des années, je ne pouvais manquer un concert du groupe norvégien Green Carnation, groupe plutôt méconnu du grand public et pourtant si riche et impressionnant en live, bien qu'il ait été formé par Tchort, le premier bassiste d'Emperor.

J'ai découvert le groupe peu de temps après avoir été mis au courant de leur passage au roadburn cette année, et autant vous dire que je m'en suis voulu de ne pas les avoir découvert plus tôt. Les sept musiciens ont donc interpréter leur album Light of Day, Day of Darkness en entier pour fêter ses 15 ans. Album très varié et progressif donc, entre ballades mystiques, riffs épiques mêlés de la voix grandiose du chanteur Stein Roger Sordal, à la limite du death metal, beaucoup s'y retrouvent. C'est en tout cas ce que j'ai ressenti, malgré le fait que la salle ne soit pas très remplie. Un excellent concert pour commencer cette dernière journée, sans pour autant se casser la tête avec une musique ultra torturée comme ce qui suivra...

 

 

CHAOS ECHOES (Cul de Sac)

Balin : N’ayant pas pu entrer dans l’Extase la veille (le dernier album, Transient, y était joué en entier), je tenais à ne pas refaire la même erreur et ne pas sous-estimer la côté de popularité de Chaos Echoes. Décidant au préalable d’aller boire une bière dans un bar des alentours, je me pointe quinze minutes avant le début du concert, pensant me faire une place de choix pour ce show spécial « Tone of Things to Come ». Manque de chance, je vais devoir me satisfaire de la pointe de mes pieds au fond du couloir du bar pour observer les deux premiers titres du groupe. Comme toujours ça tue, d’autant plus qu’Etienne Testart, guitariste du groupe entre 2011 et 2014 accompagne ici le groupe pour une formation à trois guitares. Mais ce ne sont clairement pas des conditions pour apprécier un concert aussi alambiqué et prenant et je décide de faire marche arrière, à regret. Je me console en me disant que j’ai déjà vu de nombreuses fois les français sur scène, mais j’en retiens le principal mais prévisible défaut de ce festival.

 

 

 

AMENRA (Mainstage)

Balin : Retour devant la Mainstage où s’apprête à débuter le véritable enchainement de cette dernière journée et ce qui promet d’être la plus grosse concentration numérique : Amenra délivrant un show normal (« full electric mass ») et le second concert anniversaire de Neurosis. Autant vous dire que nous ne serons encore une fois pas les seuls à camper dans les premiers rangs ! Il s’agit de la première fois que je vois un show « normal » d’Amenra en salle et je dois avouer saliver à l’idée de les voir détruire la Mainstage du 013. Disposant comme toujours d’un son extrêmement lourd et massif, le quintet belge se contentera de proposer un set habituel, que ce soit au niveau du jeu de scène (Colin dos au public pendant les ¾ du set) ou de la setlist, quasiment identique à peu de choses près (ils pourraient penser à changer quand même…). Nous avons ainsi droit à des extraits des deux derniers albums : Mass III (Am Kreuz), Mass IIII (Silver Needle. Golden Nail, Terziele, Razoreater, Aorte. Nous Sommes du Même Sang) et Mass V (Boden, Nowena. 9.10). Et toujours pas de De Dodenakker ! Mais je chipote car l’efficacité et l’émotion prennent rapidement le pas sur tout le reste. Il est remarquable de voir la foule de la Mainstage bouger comme un seul homme au rythme du riffing des belges. C’est en cela que réside la force du groupe : faire tourner des riffs lents et simplistes tout en parvenant à capturer l’auditeur et l’emmener où l’on veut sans jamais relâcher la pression. Amenra est passé maitre en la matière et a prouvé une fois encore qu’il est un groupe incroyable en terme d’intensité dégagée sur scène.

Ëmgalaï : 2ème concert d'Amenra du week-end, 4ème en tout pour moi, et encore la même raclée ! Toujours sur la grande scène de l'O13, et le logo du groupe en l'air, tandis que les 5 compères se pointent avec classe. Je ne m'attends pas à être autant surpris qu'hier étant donné que je connais le set que je m'apprête à voir... Ou plutôt à vivre. L'ouverture avec Boden avec et son clip projeté derrière la batterie, Razoreater et Aorte. Nous Sommes Du Même Sang qu'on a pu voir la veille en acoustique, et surtout la même énergie au rendez vous.

Contrairement au dernier concert au Divan du Monde à Paris, le public est respectueux, pas de débordement et chacun ressent la musique à sa façon, sans hurler des conneries entre les morceaux ou en voulant lancer un pogo comme si l'on était devant Limp Bizkit. À part une envie folle de gifler la blondasse à ma droite qui dansait sur les parties claires comme si elle était sous champi à un festival de psytrance, rien à redire au niveau du ressenti de cette expérience incroyable qu'est Amenra en live.

Sûrement une dernière avant un long moment étant donné que le groupe à décider de faire une pause avant de reprendre les concerts.

 

NEUROSIS « 30th anniversary » (Mainstage)

Balin : Nous sommes placés quasiment au même endroit pour ce second face à face avec les légendes, vers le troisième ou quatrième rang mais un peu moins centré, plutôt face à l’imposant Steve Von Till. Comme prévu sur la setlist américaine, le groupe entre avec To Crawl Under One’s Skin (titre d’ouverture de Souls At Zero) et c’est l’explosion ! Quel bonheur d’entendre des titres de cette époque où le groupe innovait et se perdait entre rythmiques tribales, éléments véritablement post hardcore et extrêmement violents, tempo déstructuré et samples sombres et inquiétants. Cependant un problème de son de Scott Kelly viendra malheureusement gâcher la fin du titre et provoquera un petit temps d’arrêt dans le set alors que l’ingé son de Kelly et Steve Von Till tentent de détecter l’origine du problème (rien à voir apparemment avec le pedalboard ni l’ampli, ce serait la guitare de Scott qu’il remplacera simplement pour le reste du show).

Ce n’est certainement pas cela qui allait compromettre l’intensité et l’émotion du concert ! Le groupe enchaine ensuite sur le classique Locust Star au cours duquel Dave Edwardson fait gronder sa voix surpuissante et bestiale ! Si seulement il pouvait chanter plus souvent, le rendu sur scène est vraiment impressionnant. Les américains font le choix de rester dans le culte Through Silver in Blood et enchainent avec l’interlude Rehumanize et le très bon Eye avant de nous propulser en arrière avec un hasardeux Grey (le groupe semble lui-même un peu perdu, mais avec le sourire) issu du très étrange The Word As Law. Noah Landis demeure dans l’ombre tandis que le quatuor originel poursuit avec Life on Your Knees (Pain of Mind) et Pollution (Aberration EP). Outre Double-Edged Sword et Blisters, également tirés des deux premiers albums, joués vers la fin de set, tout le reste ne sera qu’un enchainement de classiques ! Jugez par vous-même : le surpuissant au final très émotionnel Distill (Watching the Swarm), le classique The Web, le très récent mais efficace We All Rage in Gold joué souvent en live en ce moment ou encore la doublette inoubliable Burning Flesh in Year of Pig/Cold Ascending durant laquelle les gens deviennent littéralement fous !

Cependant Neurosis n’est jamais à court de surprise et interprète ce qui sont certainement leurs deux plus beaux titres, à savoir No River to Take me Home (The Eye of Every Storm) qui manquerait presque de m’arracher une larme (je ne suis visiblement pas le seul) et The Tide (A Sun That Never Sets) et ses premières minutes solennelles et déchirantes, laissant finalement place à un vortex sonore apocalyptique. Grandiose ! Mais ce n’est toujours pas fini car Given to the Rising au riffing très direct vient achever l’assemblée alors que The Doorway, certainement le titre le plus connu du groupe, apparait comme un véritable chant du cygne, délivrant le public de ses peurs et de ses démons. Le groupe quitte ensuite la scène sans un signe (seul Jason Roeder adresse un remerciement du poing de derrière ses fûts) et les lumières se rallument, laissant les spectateurs se remettre tranquillement de ce qui vient de se passer. Neurosis n’est pas qu’un simple groupe, c’est une expérience, une invitation, une porte d’entrée vers un univers complexe et bien plus large qu’il n’y parait à première vue. On peut certes ne pas accrocher au style, mais il est indéniable qu’en termes d’énergie, de son, de composition et de charisme, ils sortent grands vainqueurs de ce festival. Merci Roadburn, merci Neurosis.

Ëmgalaï : Comment enchaîner deux fois d'affilée Amenra et Neurosis sur la même scène... Décidément, je pense franchement que mon abonnement à vie au Roadburn est désormais signé ! Cette fois, le hasard fait que je suis plus au fait de la setlist choisie par le groupe. La mise en scène est exactement la même que la veille, et le groupe commence par jouer le morceau ouvrant l'incontournable album Souls At Zero, To Crawl Under One's Skin. Un petit problème avec la guitare de Scott Kelly laisse durer le suspense à la fin du morceau, le temps qu'il soit rétabli, et le groupe repart de plus belle. Locust Star, Grey et Life on Your Knees du premier album, Double-Edged Sword du suivant... Encore une fois, il y en a pour tous les goûts. Les transitions au synthétiseur et autres appareils électroniques entre les morceaux sont encore une fois exécutés à merveille, cependant, on n'a toujours pas droit à un petit mot, que ce soit avant pendant et à la fin du set, et les musiciens quittent la scène comme ils sont venus. Le show se termine en apothéose avec l'enchainement d'un des morceaux les plus poignants du groupe : The Tide sur l'album A Sun That Never Sets et l'incroyable The Doorway, ouvrant l'album qui est sans doute le plus emblématique de Neurosis : Times of Grace. Dur dur de se dire qu'il reste des concerts à voir après toutes ces émotions !

MPH (Green Room)

Ëmgalaï : J'avais déjà eu l'opportunité de voir Mr Peter Hayden au premier Doomed Gatherings à Glazart, et c'est avec joie que je retourne à la Green Room pour confirmer que ce groupe vaut vraiment le détour. Un moment vraiment expérimental pour le coup, on assiste à un gros jam d'une heure. La batterie hasardeuse nous tient en haleine, suivie par des effets de synthétiseurs. Un genre de Hawkwind obscure expérimental, en plus barré et plus froid. Le genre de concert que tu apprécies assis en tailleur ou limite allongé par terre. C'est d'ailleurs pour cela que je décide de m'installer sur le balcon surplombant la scène.

Cette musique est loin d'être accessible et je ne m'étonne guère, du haut de mon perchoir, de voir des gens sortir en groupe, d'autre rentrer, et d'autres encore partir aussitôt qu'ils sont arrivés ! Je conseille ce groupe aux initiés de voyages psychédéliques, aux amateurs de musiques dénuées de rythmes fixe et traditionnel. Le groupe tourne souvent avec leurs potes finlandais eux aussi, de Dark Buddah Rising. Les ayant loupés le vendredi compte tenu du clash avec Pentagram, c'est sans hésitation que je fonçais voir MPH.

 

BURIED AT SEA (Mainstage)

Balin : Dur de passer après Neurosis, surtout que Buried At Sea, emmené par Sanford Parker (ami de Scott Kelly et son compatriote dans Mirrors For Psychic Warfare, Corrections House, ex-Nachtmystium, ex-Minsk), doit également clore le festival. Il suffit de voir le peu de monde restant dans la salle pour deviner que la grande majorité est partie au lit. Les jambes de votre serviteur tendent d’ailleurs à se dérober et je peux vous assurer que cela n’a rien à voir avec l’alcool. Cinq jours de concerts, ça vous plombe… Et ce n’est pas le son pachydermique des américains qui allait arranger les choses ! C’est simple, Buried At Sea gagne haut la main la palme du son le plus massif et étouffant du festival, d’autant plus que leur leader prend un malin plaisir à nous balancer des samples noise ici ou là. Pour le reste, je n’accroche pas à leur style terriblement monolithique qui base tout sur le son à défaut de délivrer des riffs intéressants. Allez, au lit !

Ëmgalaï : Ayant tellement été emporté par le set de MPH, je ne puis assister qu'a la fin du set de Buried At Sea, dont je n'avais jamais entendu parler, bien qu'étant un grand adepte de doom minimaliste ultra gras. Voici en fait pour moi, le premier et unique coup de gueule du festival. Bien que le show fut bien exécuté et de qualité, je ne ressens pas grand chose face à cette musique. Cela n'est que mon avis, mais de ce que j'ai vu, je trouve ce groupe plutôt vide et sans âme, voire même une caricature du genre. On a des riffs lents et répétitifs, avec un batteur qui fracasse son instrument avec acharnement, mais contrairement à Conan ou Bongripper que j'admire (entre autres) je ne vois pas ou le groupe veut en venir. Mon jugement est peut être faussé du fait d'avoir louper le principal du concert, et je me laisserai donc une seconde chance en écoutant le groupe sur album.

 

CONCLUSION

Les + :

- L'affiche hallucinante, les shows spéciaux ;

- Les conditions (salles, accoustique, son, lumières, visuels) ;

- L'ambiance posée, bon enfant et où il fait bon vivre ;

- Les évènements en marge du festival (conférences, expositions).

 

Les -  :

- Le prix (place, restauration, boisson, merch) ;

- Le manque de place dans certaines salles lors de certains concerts, il faut parfois sacrifier un concert pour pouvoir assister au suivant.

 

Mais sachez d'ores et déjà que le rendez-vous est pris pour l'année prochaine. On se voit donc à Tilburg en Avril 2017 !