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dimanche 24 avril 2016 - Sleap

Death to All + Bodyfarm

Ninkasi Kao - Lyon

Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Sleap : Après quelques concerts à l’étranger, d’autres à Paris ou encore en Bretagne, je peux enfin voir Death to All un peu plus près de chez moi. Cela fait déjà un paquet de fois, mais je suis toujours content d’entendre les titres de Death en live. Le projet hommage à Chuck Schuldiner s’est petit à petit transformé en tribute band officiel, cumulant les tournées et perdant au fil du temps un peu de sa magie, mais qu’à cela ne tienne. Après Symbolic l’année passée, cette série de dates se concentre cette fois sur l’album Individual Thought Patterns, et le groupe est en plus accompagné des jeunes deathsters de Bodyfarm. Le concert de ce soir se déroule au Ninkasi Kao (resto / bar / concerts), l’occasion de se prendre un bon burger et quelques bières avant de pénétrer dans la salle.

Bodyfarm

Sleap : Le petit (mais copieux) repas du Ninkasi me fait prendre un peu de retard, et je n’arrive véritablement devant la scène que lors du titre Firing Squad. Les quatre Hollandais semblent bien plus à l’aise sur scène que lors de mon précédent concert du groupe (bon, c’était il y a trois ans j’avoue)… Le bassiste (avec sa chevelure à la Alex Webster) arbore un t-shirt Satan et affiche un sourire jusqu’aux oreilles du début à la fin, sympathique contraste avec la musique jouée. Il se déplace également souvent avec ses comparses sur scène et communique une énergie positive au public. Et celui-ci ne tarde d’ailleurs pas à lui rendre la pareille, comme lors du joyeux pit qui se forme pendant Malevolence.
Les vocaux de Thomas Wouters sont étonnamment puissants en live (cela me frappe en tout cas bien plus que sur album), et musicalement le groupe semble toujours poursuivre sa trajectoire Hail of Bullets-esque entreprise depuis leurs débuts. Cela fonctionne très bien au vu de la fosse, comme lors du titre Der Landkreuzer (clin d’œil au Der Landser des dieux Asphyx ?) ou encore pendant le très thrashy Storming Revolution.
Le groupe finit son set sur Unbroken et Thomas Wouters nous gratifie d’un « Vive la France ! » avant de quitter la scène avec ses acolytes. Beaucoup plus d’assurance sur scène, un son excellent et des morceaux Death old school très catchies et efficaces, il n’en fallait pas plus pour chauffer la salle.

Lactance : C'est devant une salle déjà pleine à craquer, où il est presque difficile de se frayer un chemin rien que pour atteindre la table de mixage, que je me pose tranquillement devant Bodyfarm en compagnie de Di Sab'. Ce qui, je préfère être honnête, ne me permettra pas d'observer pour le coup les moindres faits et gestes des quatre musiciens, qu'il m'est donné de voir pour la première fois en live d'ailleurs. 
De toute façon, même coincé au fin fond du Ninkasi, ça ne m'empêche pas d'apprécier la performance des Néerlandais, qui n'hésitent pas à commencer directement par un Dark Age bien punitif. La première piste de Battle Breed, sur laquelle figure normalement Martin Van Drunen (petit guesting à la hollandaise dans le plus grand des calmes), qui promet dès le départ une bien belle soirée en perspective, placée sous le signe du Death Metal. 
Tout aussi convaincants, les passages old-school font quant à eux leur petit effet à chaque fois, avec leur rythmiques plus bas du front à base de pouka-pouka à la fois secs et massifs, me rappelant fortement Bolt Thrower sur le coup. D'autant plus que, signalons-le, la qualité du son reste et restera au rendez-vous tout le long de la soirée, me permettant quand même de prendre mon pied à l'arrière. 
Sans nous accorder le moindre répit, les titres piochés dans The Coming Scourge (plutôt cool au passage) permettent enfin à Bodyfarm de remettre un petit coup d'accélérateur de temps à autres. Avec des riffs toujours bien tapent-gueules, mais carrément plus dans la veine Swedeath cette fois-ci, faisant la part belle notamment au growl puissant de Wouters, hyper concentré derrière son micro à l'inverse du nouveau bassiste, moins statique. 
Malgré des conditions pas forcément évidentes, il faut bien le reconnaître (avant-dernière date d'une tournée + en ouverture de Death + qui tombe un dimanche...), Bodyfarm s'en est donc vraiment pas mal tiré ce soir, grâce à son jeu tout aussi polyvalent qu'efficace. Preuve en est aussi l'accueil réservé par le public à la toute fin du show, plutôt satisfait globalement, en dépit toutefois du manque d'agitation notable dans les premiers rangs pendant le set lui-même (assez dommage vu la musique proposée j'imagine). Il ne m'en faut donc pas plus pour comprendre que le public lyonnais attend surtout de pied ferme la tête d'affiche de la soirée, qui ne saurait trop tarder à débarquer sur la scène du Ninkasi.

Death to All

Sleap : La salle du Ninkasi, tout en longueur, n’est pas des plus confortables lors d’un concert quasi-sold out. On se retrouve donc serrés comme des sardines plusieurs minutes avant le début du show, le groupe est définitivement très attendu. Mais alors que les lumières s’éteignent, un des roadies vient allumer des bâtons d’encens et les disposer de part et d’autre de la scène. Qu’est ce que c’est que ce bordel, serait-on à un concert de Black occulto-ritualisto-orthodoxe à capuches ? Non non, le backdrop affiche toujours l’énorme logo « Death » en arrière-plan… Quelle blague ! Heureusement, l’arrivée de Gene Hoglan, Steve Di Giorgio et leurs collègues sur scène éclipse bien vite ce petit moment gênant. Et Individual Thought Patterns oblige, c’est sur The Philosopher que le set débute.
Le public, un peu trop chaud-bouillant, commence à bouger dès les premières secondes et un pit se forme déjà. Bien que l’effervescence générale lors d’un show de Death to All soit toujours de mise, le public d’aujourd’hui sera véritablement le point noir du concert me concernant. En effet, un nombre incalculable de « métalleux apéro » sont présents ce soir. Et cela conduit à des moments extrêmement irritants comme des pogos lors des interludes mélodiques de Lack of Comprehension ou Spirit Crusher, ou encore des « à poil », « ta gueule » et autres métalleries hurlées pendant les speechs ou les samples d’intro. Sans compter le nombre de personnes qui montent sur scène pour headbanguer en faisant les cornes du diable pendant plusieurs secondes avant d’enfin sauter (et se viander lamentablement). Le comble du mauvais gout étant atteint lors de Overactive Imagination où ce qui semble s’apparenter à une fan de Steel Panther décide de monter sur scène pour retirer son t-shirt et son soutif’ en dansant au milieu des musiciens… Horrible !
Mais revenons-en au concert, qui lui est absolument délectable. Le son est toujours aussi clair et puissant, c’est d’ailleurs l’un des très bons aspects de cette salle, et les musiciens au top. Bien que Di Giorgio s’occupe toujours de la communication avec le public, le frontman Max Phelps semble tout de même plus à l’aise sur scène. Il se déplace et headbang souvent, gratte un peu sur la guitare de Bobby Koelble et esquisse même quelques sourires. Quant à Bobby, ce dernier est toujours le plus communicatif sur scène, bougeant continuellement, même pendant ses nombreux soli, et chantant les paroles de tous les morceaux. Et des morceaux il y en a pléthore ce soir ! C’est même certainement le plus long concert de DTA auquel j’aie pu assister jusqu’à présent. Plus de 2h de show, quel régal ! La part belle est évidemment faite à ce cinquième album, avec des titres jamais joués auparavant comme Destiny et Out of Touch. Mais le quatuor a également le temps de nous interpréter une très grande partie de son répertoire, avec entre autres les indétrônables Pull the Plug, Crystal Mountain, Flattening of Emotions ou Suicide Machine. Je suis toujours dégouté que les 3 premiers albums soient encore réduits à l’état de medleys (Zombie Ritual / Baptized in Blood, Leprosy / Left to Die et Spiritual Healing / Within the Mind), mais le retour de Living Monstrosity et Zero Tolerance fait passer la pilule. En revanche, la véritable surprise du set est de taille… Après un solo de tapping de basse absolument démentiel, le groupe nous envoie contre toute attente un enchainement Raining Blood / Black Magic complètement dingue. Je n’ai même pas de mots pour décrire ce moment de folie totale. Je vais d’ailleurs m’arrêter là pour que mon confrère puisse lui aussi vous en toucher deux mots… Mais ce concert est en tout cas terrible !

Lactance : Troisième année de suite que Death To All débarque en Europe pour célébrer la mémoire de Chuck Schuldiner, en en profitant une fois de plus pour s'arrêter en France, dernière étape de cette tournée de 2016 commencée un mois plus tôt. C'est en tout cas la deuxième fois que j'ai le privilège de voir Di Giorgio, Hoglan, Koelble et Phelps, venus cette fois-ci mettre à l'honneur l'album Individual Thought Patterns, qui reste de loin l'un de mes préférés dans toute la discographie de Death.
Après un cérémonial un peu cheap (paye ton roadie en sweatshirt venu diffuser deux malheureux bâtonnets d'encens), voilà que le thermomètre commence enfin à monter d'un cran, avec l'arrivée du groupe sur The Philosopher. Première grosse tuerie de la soirée, suivie de très près par le medley Leprosy / Left To Die, histoire de mettre tout le monde d'accord en l'espace de dix minutes à peine.
Bon, de mon côté, je ne tarde pas trop non plus à enclencher mon mode groupie, en me calant pile-poil dans l'axe de Di Giorgio. Voir le musicien à l'oeuvre derrière sa basse, tantôt à trois puis à six cordes, restant toujours pour moi un spectacle d'une rare intensité, surtout sur la doublette Suicide Machine / Overactive Imagination, saluée à l'unanimité par le public. Pour l'anecdote, il s'avère d'ailleurs que la concurrence est rude ce soir, puisque le bassiste se fera régulièrement harceler aussi par une jeune fille, très peu pudique dira-t-on, pendant la première partie du set. Comme quoi, on le répète sûrement jamais assez, Death a assurément quelque chose de sexy, oui...
En tout cas ça n'empêche pas la soirée de continuer sous les meilleurs auspices, avec deux petites reprises de Slayer en poche (Raining Blood / Black Magic) qui n'en finissent plus de mettre la fosse à feu et à sang. Les deux covers complétés ensuite notamment par un Lack Of Comprehension hyper bien retranscrit en live par Phelps. Le chanteur-guitariste-remplaçant, qui a un peu le mauvais rôle 'faut dire, mais qui reste finalement assez bluffant derrière son micro, avec un mimétisme dans la voix et dans la présence tout simplement ahurissant.
On a beau dire que deux heures de Death, c'est presque pas assez, et pourtant on sent comme qui dirait un léger coup de mou du côté du public, aux alentours de Zero Tolerance. Bien exécuté cependant par Koelble qui m'avait plutôt déçu la dernière fois au Trabendo, pour l'anniversaire de Symbolic (le massacre sur les solos...). Mais c'est sans compter deux excellents Bite The Pain et Spirit Crusher joués à la suite, que le show repart de plus belle sur le dernier tiers restant. Avec, comment ne pas l'oublier (!), un Hoglan toujours aussi génial et époustouflant derrière ses fûts, malgré le nombre incroyable de clopes que le bonhomme s'enfile depuis le début du show.
Enfin, après quelques minutes de répit, le temps de laisser nos quatre membres souffler pendant une pause bien méritée, le rappel n'aura d'autre but quant à lui que de distribuer les dernières mandales de la soirée. Le groupe finissant évidemment par sortir un Pull The Plug à la toute fin, avant de quitter ensuite la scène sous un tonnerre d'applaudissements, particulièrement nourris.
Que rajouter de plus si ce n'est que DTA confirme encore une fois son statut de meilleur cover/tribute band du moment. Car même si la setlist fut un peu moins surprenante que la dernière fois à Paris, il n'empêche que c'est toujours un immense plaisir de pouvoir écouter des classiques de Death pendant deux heures, fortes en émotion de bout en bout qui plus est. N'en déplaise en tout cas aux personnes qui pensent qu'un tel projet n'a pas lieu d'exister, et que j'invite cordialement à bien aller se faire mettre. Plus qu'à attendre patiemment maintenant une tournée pour l'anniversaire de Scream Bloody Gore ou de The Sound Of Perseverance !

***

Sleap : Merci à Sounds like Hell pour cette soirée mémorable. Malgré les quelques point négatifs évoqués, j’ai passé un excellent concert de DTA (et il en est certainement de même pour mon collègue). Deux heures de classiques ponctués de raretés, et un point d’orgue sur des reprises de Slayer aussi dévastatrices qu’inattendues (pour ma part). On n’est absolument pas déçus du voyage ! À très bientôt pour un 8ème round !