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Album

18/02/16 - Panzerbrume

Elffor / Murgrind

Odolosth / Stronghold in the Mountains

LabelDeivlforst Records
styleDungeon Synth / Ambient / Medieval
formatSplit
paysEspagne / Allemagne
sortiejanvier 2016
La note de
Panzerbrume
7/10


Panzerbrume

Du War Black Atmosphérique ? C'est possible

C'est parti pour ma toute première review d'album ! Une première chronique, ça se choisit, non ? Pour ma part, j'ai décidé de me faire dépuceler par un Espagnol et par un Allemand en même temps, avec le split Elffor / Murgrind sorti ce 22 janvier 2016 chez Deivlforst Records.

L'écurie allemande, fondée sur les cendres de Dark Forest Records, s'est spécialisée dans les musiques aux atmosphères sombres. On y trouve ainsi un certain nombre de très bons groupes de Dungeon Synth, avec entre autres Grimrik, sorte d'Ambient Black Metal aux relents de Vangelis, ou encore Arath, regroupant entre autres les musiciens de Grimrik et de Murgrind.

Revenons-en à l'album dont il est question dans cette chronique : Odolosth / Stronghold in the Mountains. Le package, tiré à 200 exemplaires, est vraiment bien travaillé : d'un côté de la pochette, le logo de Elffor, de l'autre celui de Murgrind, et l'union des deux sur le CD. Le livret, assez court, retranscrit les rares paroles de l'album, et contient une illustration pour chacun des deux musiciens ; car les deux « groupes » sont des projets solo, comme assez fréquemment dans l'Ambient. L'artwork, assez sobre, donne une allure de grimoire à l'album, et prépare d'ores et déjà à l'ambiance typée Medieval Fantasy des huit pistes qui nous attendent.

 

Les logos des deux groupes, réunis en un unique album. A gauche, Elffor. A droite, Murgrind. Le layout de l'ensemble a été réalisé par Dan Capp, à qui on doit entre autres les covers de From the Depths of Darkness (Burzum) ou de Tides of War (Ered Wethrin).

 

Niveau son, c'est Grimrik (encore lui) qui s'est occupé du mastering. L'ancien claviériste de Nazgûl évolue depuis le milieu des années 1990 dans la scène Summoning-like, influence que l'on retrouve assez distinctement tout au long de l'album.

L'album commence par la partie attribuée à Elffor, qui nous sert trois morceaux, pour une durée de 40 minutes environ. Elle occupe donc la majeure partie de l'album, laissant 25 minutes tout au plus à son compère allemand.

 

Elffor - Odolosth

Le morceau introduisant l'album est vraiment intéressant, car il témoigne de la volonté de Eöl de nous raconter des histoires à travers ses compos. Ainsi, voilà comment je perçois personnellement Spectres of Doom :

De longues notes mélancoliques dressent un tableau assez triste, puis viennent s'ajouter des samples étouffés de combat à l'épée, rappelant un peu la manière dont on filmerait la perte d'une bataille dans un film ; bataille dans laquelle les héros meurent les uns après les autres sous l’œil attristé du spectateur. Peu à peu, les échos de la bataille disparaissent pour laisser place à une mélodie au piano, soutenue par de longues notes de violoncelle, qui vient pleurer les guerriers tombés. S'en suit le retour à la vie quotidienne, et le tuba vient baguenauder au rythme des samples de la foule qui s'agite sur la place du village, précédemment théâtre des affrontements. Mais la nuit tombe, et les spectres rôdent sous l'orage, augures d'un éternel recommencement, qu'annoncent les cloches, sonnant à n'en point douter l'arrivée d'une nouvelle bataille…

Chacune des compositions d'Elffor raconte une histoire et chacune dans un style différent. The Second Hidden Tower est assez sombre, puis s'envole vers quelque chose de plus épique, qui personnellement me rappelle un peu l'ambiance du jeu Lost Eden, pour ceux d'entre vous qui auraient eu une CD-I il y a quelques années (ou à défaut Windows 95). De son côté, Echoes Between Profane Woods ramène à une atmosphère plus médiévale, avec notamment l'emploi de clavecins. Puis l'album termine sur une montée en puissance, avec l'apparition de la guitare et de la batterie, jusque là absentes des compos.

On a donc là affaire à un album assez particulier dans la discographie d'Elffor. Pour moi, ce qui ressort de cette partie du split est presque plus une aventure audio qu'un savant mélange aux tendances médiévales, épiques et sombres, comme Eöl a su développer dans ses précédents albums.

Bon, en pratique, j'ai surtout écouté Son of the Shades, à l'époque où j'arpentais Internet en quête de placebos me permettant de surmonter l'attente de la sortie d'un nouvel album de Summoning. D'un point de vue musical donc, j'aurais aimé entendre plus de ces atmosphères un peu épiques comme sur le morceau éponyme de l'album sus-nommé. De même, le chant est assez peu présent sur cet album, alors qu'Eöl sait vraiment bien jouer sur les jeux de voix pour accentuer les ambiances, comme le témoigne la seconde partie de Echoes Between Profane Woods par exemple. Toutefois, en mettant de côté mes attentes musicales, je trouve le projet particulièrement bien réussi. Les compos sont assez variées, tout en gardant la patte Elffor, et réussissent à créer des atmosphères évoquant tantôt des batailles perdues, tantôt des découvertes majestueuses, qui réveillent en moi des souvenirs épiques d'instants de films ou de jeux que j'adore.

 

Murgrind - Stronghold in the Mountains

Passons à présent à la partie qui m'a fait acheter l'album ! Murgrind, comme son compère Eöl évolue dans un registre épique aux fortes influences Summoning (rien que le titre de cette partie du split devrait vous mettre sur la voie). Toutefois, les compos sont bien plus courtes que sur la partie Elffor, avec cinq pièces de cinq minutes environ. Le rythme est ainsi plus soutenu, et on arrive très vite aux mélodies épiques qui font mouche chez moi ! A Kingdom in Days of Old est le parfait exemple de ces parties que j'évoque, avec des orchestrations inspirantes, rythmées par des tambours de guerre, qui débouchent sur des parties plus calmes où la mélodie principale est reprise à la flûte.

Les instruments utilisés sont tantôt très Summoning-esques, tantôt plus représentatifs des albums précédents. The Labyrinth of Shadows par exemple est très sombre, et rappelle beaucoup Arise in Darkness, sur l'album Journey Through the Mountain (décidément, cet homme aime la montagne).

Et puis ? Et puis c'est à peu près tout, hélas. Contrairement à la partie Elffor du split, je trouve que les morceaux se renouvellent trop peu. Les parties épiques sont vraiment sympas, notamment sur Stronghold in the Mountains et sur A Kingdom in Days of Old, mais le reste de l'album donne une impression d'inachevé. De trop nombreuses orchestrations se limitent à des chœurs au synthé, et il en ressort un côté un peu vide, qui ne réussit pas à préparer aux montées en puissance qui pourraient arriver, et qui d'ailleurs n'arrivent pas, car elles sont pour la plupart amenées très tôt dans les morceaux. Cette partie du split qui avait si bien commencée se termine donc de manière assez décevante.

Il ne manquait pourtant pas grand-chose. Quelques percussions pour donner le rythme, comme c'était le cas pour l'album précédent, Inheritor of the Forest Throne, auraient suffi à donner un peu plus de profondeur à l'ensemble, et auraient probablement comblé l'aspect un peu vide qui pour moi est le gros point noir de l'album.

 

Conclusion

Du coup, que vaut ce split ? D'un point de vue global, je trouve que le mariage entre les deux projets fonctionne plutôt bien. L'ensemble est assez homogène, notamment par l'utilisation de samples typés Medieval Fantasy dans les deux parties de l'album, et l'objet en lui-même est vraiment bien travaillé, témoignant d'une réelle collaboration entre les deux musiciens.

Au départ, j'avais acheté l'album principalement pour la partie Murgrind, dont j'avais beaucoup aimé les albums précédents, mais je n'ai pas vraiment retrouvé ce qui m'y avait plu. Les compos sont un peu entre deux eaux : plus autant typées Dungeon Synth qu'avant (allez écouter Legend of the Ancient Hoard !), ni plus aussi rythmées que sur l'album précédent. Par contre, les parties épiques ne le sont pas qu'à moitié. Il reste à espérer que Murgrind gardera le meilleur de chaque album pour sa prochaine sortie.

C'est donc la partie Elffor qui me plaît le plus sur l'album. A écouter chez soi, au casque, posé dans son canapé par contre. Même si quelques parties épiques supplémentaires et un peu plus de chant auraient été les bienvenus, Eöl démontre ici sont talent pour la narration, et m'a fait passer un très agréable moment (pour en revenir à cette histoire de dépucelage) !

 

                      

 

Tracklist :

ElfforOdolosth

    1 – Spectres of Doom

    2 – The Second Hidden Tower

    3 – Echoes Between Profane Woods

MurgrindStronghold in the Mountains

    4 – Stronghold in the Mountains

    5 – The Labyrinth of Shadows

    6 – A Kingdom in Days of Old

    7 – Ride of Doom

    8 – Legends Never Die