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Album

12/08/15 - Michael

Kataklysm

Of Ghosts and Gods

LabelNuclear Blast
styleDeath metal
formatAlbum
paysCanada
sortiejuillet 2015
La note de
Michael
8/10


Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

Les canadiens de Kataklysm ont toujours plus ou moins fonctionnés sur courant alternatif. Lorsqu'un bon album voit le jour, il est souvent suivi par un album plus anecdotique, le groupe ne voyant son salut que dans des prestations lives toujours aussi efficaces. Ces dernières années, le groupe n'a pas dérogé à la règle avec un Heaven's Venom d'une mollesse sans nom qui avait été suivi il y a deux ans par l'album Waiting for the End to Come, qui avait nourri nos espoirs d'un grand retour de nos cousins québecquois en haut de l'affiche. C'est donc avec une certaine appréhension que l'on s'est lancé dans l'écoute de ce nouvel opus intitulé Of Ghosts and Gods.

Les premières minutes de l'album ne sont guère dépaysantes puisque le premier titre démarre avec l’utilisation d’un sample extrait d’un « péplum ». On se rappelle alors évidemment de l’extrait du film Gladiator – qui confine au culte – venant précéder le titre In Shadows and Dust. Ici, le groupe lance le titre Breaking the Asylum par un extrait du film Exodus : Of Gods and Kings, dernière œuvre de Ridley Scott en date : "You say that you didn’t cause all this? Your god did? / I am the god! I am the god! / So let’s just see who’s more effective at killing: you, this god, or me". Si le peu d’ancienneté du film vient un peu casser le côté « clin d’œil/référence » d’une telle reprise, il n’en demeure pas moins que cette citation colle parfaitement à l’esprit et aux paroles de cet album, relatives à Dieu, son existence et la question de savoir si l’Homme possède son pouvoir de destruction.

Quoi qu’il en soit, c’est sur ce Breaking the Asylum que l’album des Canadiens démarre. Et dès la première écoute, on va vite pouvoir constater que le groupe a fait fi de quelques errements des précédents opus pour nous offrir là un produit travaillé et tout autant efficace qu’agréable. Au fond, la recette est toujours la même avec un subtil dosage de riffs tranchants taillés pour faire secouer les têtes, des lignes mélodiques toujours plus présentes (surtout ce premier titre aux relents mélodeath très prononcés et, d’une manière générale, le début de l’album), le tout saupoudré d’un jeu de batterie particulièrement dynamique et globalement sans faute.

Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le titre suivant intitulé The Black Sheep qui nous accueille avec un riff bien brise-nuque qui s’entremêle avec des riffs catchy très Arch Enemy-esque sur les refrains et un peu de fast-picking remarquablement soutenu par les lignes de batterie, avant qu’un breakdown lancé par un « Fuck You All » ne vienne relancer le bulldozer Maurizio et sa verve destructrice. Un condensé de ce que Kataklysm fait de mieux.

L’album continue sur Marching Through Graveyards, autre titre particulièrement réussi. Un tantinet plus violent que le restant de l’album, le groupe n’en oublie pas pour autant ses fameuses lignes mélodiques dans les couplets et les breaks. D’une manière générale, ce Of Ghosts and Gods contient des titres qui, à n’en pas douter, seront des valeurs sûres en live. On peut également penser à Carrying Crosses et son rythme chaloupé.

Après ce départ en fanfare, l’intensité retombe un peu en milieu d’album avec des titres plus rentre-dedans et pas forcément tous très inspirés. Mais Kataklysm reprend vite du poil de la bête avec des morceaux un peu plus recherchés comme la très intense Shattered ou bien encore la poignante et plus triste The World Is A Dying Insect qui vient clore l’album d’une bien belle manière (et qui constitue une sorte de The Road to Devastation 2.0).

Au fond, on pourrait faire les mêmes remarques à chaque album de Kataklysm. On a d’un côté une musique que l’on qualifie souvent d’efficace, avec des riffs simples, des lignes mélodiques claires, un jeu de batterie sans concession et un Maurizio qui tartine le tout de sa voix puissante. Ces éléments formant une musique relativement facile d’écoute et très plaisante. Mais de l’autre, on ressort toujours avec cette impression que si depuis maintenant plus de 20 ans Kataklysm est un bon groupe, il n’a jamais eu ce petit quelque chose qui l’a fait basculer dans la cour des Grands de la scène Death mondiale. La faute à un cumul d’éléments tenant tant à la simplicité de leurs structures, qu'à un manque global de prise de risques et surtout à une certaine linéarité qui rend difficile l’écoute intégrale de chaque album.

Mais, à la vérité, et si ce n’est ce léger passage à vide en milieu d’album, ce Of Ghosts and Gods pourrait bien déroger à cette logique. Car nul doute que le groupe a essayé d’ajouter de la profondeur et de l’émotion à ces titres et de leur conférer un aspect plus épique (The World Is A Dying Insect notamment). On sent également que le groupe a puisé ces inspirations dans différents genres pour enrichir sa musique dont le néo (le riff d’intro de Thy Serpents Tongue pourrait être sorti tout droit d’un album de Slipknot, tout comme les leads de Soul Destroyer) ou bien encore le mélodeath (le début de l’album surtout, dont Vindication). C’est d’ailleurs à cet égard que Of Ghosts and Gods mérite probablement une meilleure appréciation que les précédents opus : au-delà même du fait qu’il contient des prestations de haut vol de certains membres (Maurizio et Oli Beaudoin en tête), le groupe tente enfin de sortir de ses schémas classiques en proposant des éléments nouveaux, en termes d’instruments ou de compositions.

Maintenant, la révolution n’est pas complètement en marche. L’on retrouve toujours la tentation du groupe, lorsqu’il semble expérimenter un peu, de se cacher derrière un plan « à la Kataklysm » en brisant les cervicales de l’auditoire après un refrain catchy et un bulldozer de double-pédale et de riffs acérés. Marching Through Graveyards en est l’exemple parfait avec un break très atmosphérique et mélodique plus qu’agréable que le groupe s’empresse de terminer avec un nouveau passage taillé pour le headbanging qui n’était pas forcément nécessaire. Si ces passages sont très bons, on aurait toutefois aimé que le groupe explore un peu plus cette voie.

En somme, cet album prendra probablement plus de temps à être digéré que les précédents opus en raison de titres plus riches qu’ils ne le laissent paraître. On reste néanmoins un peu sur notre faim car on attend toujours que le groupe aille plus loin dans sa démarche et parvienne enfin à briser les barrières qu’il semble avoir lui-même érigées. Toujours est-il que ce Of Ghosts and Gods est un très bon album qui risque de faire des malheurs en live.

Tracklist :
1. Breaching The Asylum
2. The Black Sheep
3. Marching Through Graveyards
4. Thy Serpents Tongue
5. Vindication
6. Soul Destroyer
7. Carrying Crosses
8. Shattered
9. Hate Spirit
10. The World Is A Dying Insect

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