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jeudi 30 janvier 2020 - Michael

Slipknot + Behemoth @Paris

Accor Hotel Arena - Paris

Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

Ce jeudi 30 janvier 2020, l’Accorhotels Arena accueillait une affiche à en faire saliver plus d’un : les Polonais de Behemoth et, en tête d’affiche, les Américains de Slipknot. Re-boostés par la sortie de We Are Not Our Kind, qui a globalement réussi le pari de combler les fans de la première heure et les fans plus récents, les natifs de l’Iowa arrivaient en terre conquise à Paris, prêts à en découdre dans une salle quasi sold out.

Behemoth :

Le sentiment avant l’entrée sur scène de Behemoth était mitigé. Heureux de les voir, mais plutôt fébrile à l’idée de les voir évoluer sur une scène aussi grande et dans une salle aussi impersonnelle, eux dont la musique prend tout son envol dans des endroits plus intimistes. Il y avait aussi l’appréhension de les voir jouer devant un public clairsemé compte tenu de l'heure de début du set (19h30) et d'une différence certaine avec le public de Slipknot.

Et, à vrai dire, tous ces doutes se sont assez rapidement dissipés. Alors, certes, la scène réduite auxquelles les Polonais ont eu le droit (côtés tronqués compte tenu des spots de percussions de Slipknot) a un peu réduit leur faculté de mouvement et les gradins se sont vites sentis exclus, mais Behemoth a réussi un show plein et assez convaincant devant un public tout de même très nombreux.

Pas très fan de leur dernier opus, j’ai pu tout de même apprécier l’entrée en matière sur Wolves of Siberia qui, à défaut d’être révolutionnaire ou particulièrement réussie, a le mérite de mettre clairement les choses en place. Le son est puissant, plutôt bien défini, Inferno est on fire et Nergal est toujours aussi théâtral. Le public réagit par moments et commence à prendre son envol sur la très rythmée Ora Pro Nubis Lucifer, dont le break est un des trucs les plus sales que l’on puisse entendre en live.

Quelques artifices plus loin et une Rom 5:8 vraiment insipide en live, le groupe nous retourne comme il se doit avec un enchaînement bien corsé Blow Your Trumpets Gabriel / Ov Fire and the Void / Chant for Ezkaton. De la double en veux-tu en voilà, une fosse qui bouge beaucoup, un Nergal à la voix puissante et un Chant For Ezkaton toujours aussi efficace pour vous filer deux ou trois jours d’ITT. On pourra toujours regretter l’absence d’un Decade of Therion, d’un Conquer All, d’un Slaves Shall Serve ou bien encore d’un At The Left Hand Ov God, mais le format ne s’y prêtait pas. Reste que la prestation des Polonais était excellente, à bien des égards, et qu'une telle tournée en première partie de Slipknot risque davantage encore d'inscrire le groupe au Panthéon du genre.

Setlist :
Wolves of Siberia
Daimonos
Ora Pro Nubis Lucifer
Bartzabel
Rom 5:8
Blow Your Trumpets Gabriel
Ov Fire and the Void
Chant for Ezkaton 2000

Slipknot :

Inutile de maintenir le « suspense » pendant des heures : le show des Américains a été excellent. Il a réuni tous les ingrédients que l’on pouvait attendre du groupe en tournée de promotion de leur nouvel album : une scène renouvelée, de nouveaux membres et des nouveaux titres à découvrir en live. A ces ingrédients se sont ajoutés ceux que l’on connaissait déjà, à savoir un groupe hyper mobile sur scène (en même temps, quand vous êtes neuf dont 4 qui sont des intermittents), des effets pyrotechniques sobres mais très bons, une intensité folle et un son plus que correct pour une telle enceinte.

Mais ce qui a fini de nous convaincre relève davantage de la setlist du soir. On sait qu’en tournée de promotion, les groupes ont tendance à forcer le trait et à nous enfoncer dans le crâne le maximum de nouveaux titres. Cela n’a toutefois pas été le cas ce soir. Sur 17 titres joués, seuls quatre du nouvel album ont raisonné dans l’enceinte de Bercy : les exceptionnelles Solway Firth et Unsainted (venue ouvrir le bal), la moyenne Nero Forte et la franchement faiblarde Birth of the Cruel. Et c’est tant mieux, en réalité. Non pas que je n’aie pas aimé cet opus, mais lorsqu’un groupe passe - assez - peu régulièrement et qu’il a une riche discographie, c’est toujours préférable d’avoir un peu de diversité et de ne pas entendre 6 ou 7 titres du nouvel album.

Cette diversité a ici clairement bénéficié aux amoureux de la première heure du groupe. Mon cerveau s’est complètement déconnecté lorsque les premières notes de Eeyore (!!!), Eyeless (!!!!!!), Wait and Bleed ont raisonné ou bien encore lors de l’enchaînement final (Sic), People=shit et Surfacing (ce dernier étant responsable d’un mal de gorge persistant). C’est impossible d’exprimer le plaisir que l’on peut ressentir à entendre et à scander des paroles qui nous ont accompagné autant de fois par le passé. Entendre ces titres c’est un retour à l’époque collège où je ponçais le DVD Disasterpieces au point de devoir en racheter un second, le premier ayant fini complètement rayé.

Le groupe a ainsi trouvé un certain équilibre dans sa setlist, en nous proposant les grands singles incontournables (People = Shit, Psychosocial, Before I Forget, Duality) avec quelques vieilleries ou titres plus rares (Disasterpiece, Vermilion ou bien encore la super grande surprise du soir : New Abortion). Cette dernière a fait l’effet d’un pétard mouillé dans la tribune où je me situais, personne ne la connaissait. J’ai donc pu laisser libre court à mon imagination et gesticuler dans tous les cas en beuglant « You can’t take my soul away from me ! ».

Sur scène, tout est millimétré. Slipknot est évidemment devenu une grosse machine et cela se ressent. Que ce soit dans les transitions entre les titres, la scène, le nombre de roadies, etc. Cela a parfois des désagréments pour certains groupes puisque l’on sent que la prestation à laquelle on assiste est identique aux 34 dates précédentes. On sait tous que c’est le cas, mais l’on aime bien ressentir que l’on est un peu spécial tout de même comme public. Et Slipknot réussit régulièrement ce pari de nous donner l’impression de réaliser un show unique ; bien aidé par un Corey Taylor qui a toujours la langue bien pendue.

Les nouveaux membres du groupe se fondent bien dans le décor, bien que, par pure nostalgie, je regrette Chris Fehn qui avait des mouvements bien débiles sur scène. Son remplaçant fait toutefois très bien le travail, tout comme Sid qui n’en finit plus de nous faire rire. Après toutes ces années, on ne comprend toujours pas pourquoi ils sont 9 sur scène, mais cela reste amusant comme ça.

Et c’est en tout cas la tête bien retournée que l’on s’en retourne à la grisaille du temps parisien, le sentiment d’avoir vécu encore un concert d’exception en compagnie des natifs de Des Moines.

Setlist :
Unsainted
Disasterpiece
Eeyore
Nero Forte
Before I Forget
New Abortion
Psychosocial
Solway Firth
Vermilion
Birth of the Cruel
Wait and Bleed
Eyeless
All Out Life
Duality
(sic)
People = Shit
Surfacing