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Album

15/10/18 - ZSK

Sear Bliss

Letters From The Edge

LabelHammerheart Records
styleBlack Metal cuivré
formatAlbum
paysHongrie
sortiejuillet 2018
La note de ZSK
8/10


ZSK

Seul membre de la rédaction qui n'écoute pas PNL.

Cela fait désormais 25 ans que Sear Bliss nous délivre son Black-Metal pour le moins original, vu que les Hongrois ont depuis toujours (leur première démo de 1995, The Pagan Winter) agrémenté leur art de… cuivres. Trombone principalement, euphonium, même trompette à certaines époques, tout y est passé. Instrument qui a donc amené au fil des années une certaine originalité à ce groupe, pratiquant un Black-Metal généralement mélodique et atmosphérique mais au riffing parfois cru et primitif, surtout pour les premiers albums. Malgré la présence d’instruments cuivrés, Sear Bliss n’a jamais été un groupe symphonique ni même un peu pompeux, trombone et compagnie n’ont jamais été plus que des agréments, mais ils ont tout de même caractérisé l’identité du groupe. D’ailleurs, jusqu’à Forsaken Symphony (2002), c’était surtout les synthés qui étaient mis en valeur et qui posaient l’atmosphère forestière voire un peu Pagan de Sear Bliss. La formation hongroise a tranquillement continué son bout de chemin depuis, sans grande reconnaissance toutefois si ce n’est des spécialistes, mais le nom est tout de même connu des amateurs de Black-Metal en règle générale. Manque peut-être à Sear Bliss un vrai album de référence, les débuts ont peut-être mal vieilli (Phantoms, qui remonte tout de même à 1996), Forsaken Symphony était pour moi le sommet de leur art et leur album le plus enivrant mais c’est subjectif. Glory And Perdition (2004) et The Arcane Odyssey (2007) poursuivaient honnêtement le travail du groupe, sans le faire redécoller. Eternal Recurrence (2012), un peu plus « Black-Metal », était lui assez décevant. 6 ans après, Sear Bliss s’est donc un peu perdu de vue, loin de la productivité assez régulière de ses débuts. Mais le voici qui repointe le bout de son nez, ou plutôt le cône de son trombone, via Hammerheart Records pour ce qui sera tout de même son huitième album, Letters From The Edge.

Quelques choses ont changé entre Eternal Recurrence et ce nouvel opus. Le groupe a accueilli un nouveau batteur, Gyula Csejtey, ainsi qu’un nouveau guitariste passé par Bornholm, Zoltán Vigh. Et voit également le retour de deux anciens membres, le guitariste Attila Kovács qui n’avait fait qu’une courte apparition en 2008-2009 mais s’était distingué par le passé au sein de Watch My Dying, excellent groupe de Death progressif trop méconnu ; et récupère aussi le tromboniste Zoltán Pál, initialement présent dans la formation entre 2000 et 2009 (soit pour 4 albums). De quoi faire oublier le bien peu inspiré Eternal Recurrence dont il ne reste plus que du line-up, l’historique chanteur/bassiste (et aussi claviériste depuis 2003) András Nagy qui est tout simplement le dernier membre fondateur de Sear Bliss. On va donc retrouver sa voix grave et rugueuse, qui est aussi une des caractéristiques marquantes de Sear Bliss depuis de nombreuses années maintenant. Il est donc temps de redonner un second souffle au groupe hongrois, lui qui avait gentiment stagné du temps de Glory And Perdition et The Arcane Odyssey. Letters From The Edge s’annonce donc comme, enfin, l’album du renouveau et [spoiler] ça sera le cas, Sear Bliss livrant facilement son meilleur effort depuis Forsaken Symphony. Pour cela, il faudra changer certains équilibrages histoire de se renouveler. Et Letters From The Edge va bien vite se présenter comme l’album le plus atmosphérique et épique du groupe. Si l’on garde cette production plutôt organique et ce riffing souvent primitif dès que le « Black-Metal » est en force, Sear Bliss va pour le reste se montrer particulièrement enivrant. Et de manière assez éloignée d’un Forsaken Symphony vu que ce ne sont pas les claviers que l’on entendra le plus mais bien les parties de trombone, qui n’ont jamais été aussi importantes. Ce sont désormais elles qui mènent clairement la danse à de nombreux moments, plutôt que de servir de simple accompagnement. Sear Bliss assume donc totalement son style de Black-Metal « cuivré », et cela va nous donner son album le plus marquant.

Mais attention, Sear Bliss ne va pas pour autant devenir un groupe de BM trop « symphonique » avec des cuivres trop impromptus. La formation hongroise reste ancrée dans le Black mélodique et atmosphérique. Et l’intro "Crossing the Frozen River" le montre bien, avec déjà une splendide mélodie inoubliable qui prouve aussi que le groupe a toujours été mélancolique à sa manière. Dès le départ de "Forbidden Doors", on retrouve illico les grattes appuyées et le chant grogné d’András Nagy, Sear Bliss n’abandonne pas ses fondamentaux mais fait encore un pas vers plus de modernité, toujours à sa manière. Un morceau bien sombre et incisif pour commencer, mais qui se laisse déjà aller à quelques envolées de trombone, mieux intégré que jamais ; et aussi à un break acoustico-mélodique tout à fait formidable, lui-même ponctué par un magnifique final cuivré. Sear Bliss est déjà à pleine capacité et va montrer l’étendue de ses (nouveaux) talents. Belle pièce de Black mélodique avec de jolis synthés pour le refrain accrocheur, "Seven Springs" est un bon petit « tube », et Sear Bliss n’a jamais été aussi entraînant, surprenant là où ne l’attendait pas. Et livre dans cette lignée le tout à fait excellent "A Mirror in the Forest", lui aussi véritable tube avec des mélodies irrésistibles, des lignes vocales épiques et des parties de trombone fabuleuses. Sear Bliss n’a jamais été aussi inspiré et accrocheur et plus de 20 ans après son premier album, semble enfin passer un cap. Mais ce n’est pas tout car je vous le disais, Letters From The Edge sera aussi un album particulièrement atmosphérique. Qui se distingue ainsi grâce à un morceau comme "Abandoned Peaks", démarrant de manière très ambiante et offrant une progression assez monumentale, avec bien sûr une forte emphase sur les cuivres ; ou encore grâce au fleuve "Leaving Forever Land" qui lui aussi prend son temps pour se poser, à coups de mélodies très éthérées et de très prenantes parties de trombone, une longue pièce fabuleuse qui montre que Sear Bliss a vu les choses en grand et a enfin trouvé la maîtrise de tous ses éléments mélodiques, atmosphériques et cuivrés, et Metal y compris, avec à la clé des rythmes bien mordants.

Sear Bliss est donc en très grande forme, même si Letters From The Edge ne sera pas irréprochable, le groupe retombant parfois dans certains de ses travers passés. Si "Haven" demeure appréciable dans l’absolu, les mélodies sont moins originales (on a déjà entendu ce genre de mélopées semi-acoustiques chez des dizaines et des dizaines de groupes de Black atmo) et les passages de trombone sonnent pour le coup un peu trop forcés. "The Main Divide" lui souffre du riffing un peu trop basique (les patterns de batterie également) qu’on a parfois pu déplorer lors de la carrière de Sear Bliss, le groupe hongrois demeure un peu limité de ce côté, de même que le chant de canard d’András Nagy peut toujours s’avérer rébarbatif, en particulier sur ce morceau qui n’est pas non plus exempt de longueurs. On appréciera toutefois les incursions toujours pertinentes de cuivres, et de toute façon tout est pardonné lorsqu’on tombe sur le final "Shroud", conclusion absolument fantastique menée par une mélodie incroyable (qui est assez similaire à celle de l’intro "Crossing the Frozen River", histoire de boucler la boucle), des moments purement épiques et un final très enlevé avec même du chant clair histoire de finir dans la lumière. Un final qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du Mysticism de Khors avec "Red Mirrors", mais en mieux. D’ailleurs c’est même toute la démarche de la carrière de Khors que l’on peut retrouver ici, Sear Bliss ayant avec brio passé le cap vers quelque chose de plus accrocheur, mélodique et atmosphérique. Les formations hongroises comme ukrainiennes ont mis le temps pour y arriver, mais comme pour l’excellent Night Falls Onto The Fronts Of Ours, le résultat est là avec Letters From The Edge. Sear Bliss a réussi quelque chose d’assez grandiose à force de persévérer, et se révèle sous un jour nouveau, en dosant mieux son côté atmosphérique et mélodique, en réussissant à pondre de vrais morceaux de référence, et surtout en jouant à fond la carte de ses propres originalités avec les passages de trombone qui n’ont jamais été aussi bien intégrés. Alors, comme toujours depuis le début de leur carrière finalement, il faudra aimer ces sonorités cuivrées, de même que le chant toujours particulier et le riffing parfois primitif, mais Sear Bliss signe ici un retour en fanfare avec une de ses meilleures œuvres voire son meilleur opus, plus inspiré, réussi et enivrant que jamais.

 

Tracklist de Letters From The Edge :

1. Crossing the Frozen River (1:14)
2. Forbidden Doors (6:01)
3. Seven Springs (5:08)
4. A Mirror in the Forest (4:50)
5. Abandoned Peaks (5:02)
6. Haven (3:45)
7. The Main Divide (6:27)
8. Leaving Forever Land (10:03)
9. At the Banks of Lethe (1:12)
10. Shroud (7:07)

 

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