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Album

09 décembre 2014 - U-Zine

Ahab

The Call of The Wretched Sea

LabelNapalm Records
styleFuneral Doom
formatAlbum
paysAllemagne
sortieoctobre 2006
La note de
U-Zine
10/10


U-Zine

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« Envoûtés, ils fixent la baleine, ils la regardent balancer de droite et de gauche son front, porteur du destin, et contemplent le vaste demi-cercle d'écume que son élan soulève devant elle. Elle est la vision même du Jugement dernier, de la vengeance immédiate, de l'éternelle malice devant l'impuissance humaine. » Écrit Herman Melville dans son célèbre roman Moby Dick. Source d’inspiration des 3 allemands d’Ahab, l’histoire de la baleine maudite devient, en plus d’un chef d’œuvre littéraire, un chef d’œuvre musical. Ce jeune groupe formé depuis 2004 nous raconte la dernière chasse du cachalot blanc dans un doom des plus oppressants et d’émotion sans égale.

Composé de 7 titres, ce premier album est remarquable. La production est impeccable, le son excellent, l’artwork et le thème originaux sans oublier la musique qui est carrément grandiose. Ahab nous offre un « The Call of the Wretched Sea » solide et gare à ceux qui disent que le doom est ennuyeux ! Ici, c’est très loin d’être le cas…

L’album s’ouvre avec « Below the Sun »qui nous plonge sans attendre par son intro angoissante au milieu des eaux noires de la mer. Les riffs deviennent lourds accompagnés de mélodies provenant du plus profond des abysses. Les profondeurs appellent…La batterie, pachyderme brutal, n’est pas sans évoquer l’animal gigantesque qui s’y promène. Tout est là pour nous mettre dans l’ambiance : les guitares sont tantôt lourdes, tantôt plus aériennes, la batterie obsessionnelle et les chants déterminés. Le cœur plane ensuite sur le pacifique. Le second morceau fait régner son atmosphère sur un océan angoissant. Le lieu devient infernal et se fait d’autant plus effrayant que des murmures se font entendre sur un joli passage acoustique très mystique. Une voix des Abymes s’élève…Le climat change avec « Old Thunder ». Les arpèges, et le solo superbe qui les superpose, viennent contredire dans une harmonie magnifique des rythmiques frappantes, suffocantes. Ca se saccade mais la mélodie reste toujours présente comme un appel envoûtant dans le souffle marin. Des chœurs, qui rappellent des chants marins anxieux, apparaissent. Le tonnerre est proche, la musique augmente d’intensité même si cette petite mélodie mystérieuse se glisse encore et toujours au creux de notre oreille. L’accalmie revient…L’instrumentale « Of the Monstruous Pictures of Whales » délivre une ambiance d’une paisibilité cauchemardesque qui augure le calme avant la tempête. On se voit au milieu d’une étendue d’eau noire et sans limites, le vent susurrant ses airs funéraires et les vagues chantant la plainte de Moby Dick, celle de la faiblesse humaine. Le 5eme morceau vient confirmer nos craintes. Le vent s’agite sur une intro très lente où un cri à faire trembler vient s’exécuter. Des voix au loin s’agitent, puis le capitaine parle sur un fond d’acoustique à peine audible mais d’une suggestion ingénieuse. La mer se fait plus trouble tandis que les riffs deviennent plus écorchés, plus vifs sous leurs accents de cavalière. La tension monte, la chasse approche… « The Hunt » s’élève en choeurs sombres, graves et perdus. La musique est essence d’oppression, prenante dans sa grande lenteur et dans ses mélodies chargées de crispation. Enfin, ce n’est pas dans un happy end que s’achève ces 62mn mais dans une dernière exhorte, un serment solennel porteur de mélodie profonde et de misère définitive.

J’aurais pu vous en dire plus sur cet opus (je trouve que j’en ai déjà trop dit) mais je préfère laisser Ahab vous le dire à sa manière…Non seulement cette formation montre des qualités artistiques indéniables mais elle prouve aussi que littérature, culture et musique peuvent s’unir pour offrir des compositions remarquables…L’œuvre d’ Herman Melville étend sa portée dans l’ombre musicale du doom. Face à une telle puissance, on ne peut que se sentir fragile dans notre condition, ému dans sa musique véritable et troublé devant sa réalité éternelle mais, pour citer Melville encore une fois, « Qu’est ce que la réalité, sinon un impondérable ? ».


1. Below The Sun
2. The Pacific
3. Old Thunder
4. Of The Monstruous Pictures of Whales
5. The Sermon
6. The Hunt
7. Ahab’s Oath

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