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Album

31 juillet 2016 - Dolorès

Drought

Rudra Bhakti

LabelAvantgarde Music
styleBlack Metal
formatEP
paysItalie
sortieavril 2016
La note de
Dolorès
7.5/10


Dolorès

Non.

Bien que la tendance ait été relancée ces dernières années, l’esthétique hindoue dans le Metal Extrême est loin d’être omniprésente. Néanmoins, on comprend assez vite pourquoi les deux se marient à merveille : le côté mystérieux et noir de croyances anciennes et lointaines, la figure de déesse de la destruction qu’est Kali, l’extravagance de ces divinités pour nos esprits occidentaux, les visages grimaçants et effrayants d’une iconographie particulière… Tant d’éléments qui en font un sujet parfait à aborder pour un groupe de Black Metal actuel qui ne saurait par où commencer.

La sortie de l’EP de Drought a, en ce sens, un petit côté opportuniste. En effet, Cult Of Fire a ouvert la voie, notamment depuis l’album de 2013 qui a fait couler beaucoup d’encre. Est-ce réellement original de suivre un chemin déjà tracé avec autant de succès dans le milieu ?

En réalité, il faut savoir que Drought est très loin d’emprunter les mêmes sentiers. Black rentre-dedans, violent à souhait, et tout sauf subtil, on arrive très rapidement à l’éloigner des mélodies exotiques aux sonorités traditionnelles auxquelles on s’attendait en voyant la pochette et les thèmes abordés. Finalement, la création d’une ambiance mystérieuse, baignée d’encens et des faibles lumières dorées de l’Orient dans une noirceur inquiétante, n’est contenue principalement que dans l’introduction, « Suryanamaskara (Entering The Gate Of The Raging Sun) ». Une fois passées les cinq premières minutes, plus de répit, on rentre dans le tas le temps de deux morceaux aux allures parfois Black / Death, me rappelant entre autres la brutalité d'Abyssal.

Dissonant à souhait, ce premier EP de Drought n’est par contre pas doté d’un son exceptionnel, d’une production qui aurait pu largement faire honneur à ces riffs efficaces. Un défaut selon moi, car c’est le seul élément qui peut rendre l’ensemble lassant, limiter l’immersion dans l’ambiance obscure et sale du groupe.

Le dernier titre, s’étalant sur douze minutes, propose une autre facette du groupe. On n’est plus dans la simple intro ambiante, ou la violence immédiate des deux titres suivants. « Collapse Of Maya (Transfiguration Of The Warrior) » prouve, en fin d’EP, que Drought est capable de composer des titres qui se placeraient plutôt dans un entre-deux, avec des riffs (à peine) plus subtils, ou encore une ambiance et une progression plus marquées, sans totalement délaisser le Black guerrier qui leur sied parfaitement. On replace aussi quelques passages ambiants, aux chœurs lointains et inquiétants… Rien de nouveau à l’horizon mais une simple alternance prouvant que le groupe n’est pas uniquement là pour taper non-stop pendant dix minutes sans tenter une seule fois de laisser passer un sentiment autre que celui de la destruction et du chaos. Drought se distingue en ce sens.

L’EP est censé traiter de concepts tantriques et yogiques, de transfiguration, de l’être humain, du feu purificateur. Ne m’y connaissant que très peu, je ne l’ai pas forcément ressenti de cette manière mais il faut avouer que l’intention est quand même là, palpable. Les cinq musiciens sont Italiens mais la force qu’ils donnent à leur musique fait vite oublier cette sorte d’imposture. A noter qu’il s’agit plutôt d’un projet collectif à distance, d’où le fait que le groupe ne se prononce que très peu sur leur provenance ou l’identité des membres, car cela n’a pas réellement d’importance pour eux. Même s’ils ont précisé que certains avaient 10 à 15 ans d’expérience dans des groupes…

Pour résumer, ce qui ressort de « Rudra Bhakti » est un ensemble pro, crédible et intense de 25 minutes, avec une pochette de Blessend qui rend curieux, avouez-le.
 

1. Suryanamaskara (Entering The Gate Of The Raging Sun)
2. Fire Breathing (Urdva Kundali Arise)
3. Reveal The Unlight (Sudden Awareness)
4. Collapse Of Maya (Transfiguration Of The Warrior)