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Album

29/05/15 - TieumaPuma

Sweet Jesus

You Destroy Yourself

LabelAtomic Action ! Records
stylePunk Hardcore
formatAlbum
paysUSA
sortiemars 2015
La note de
TieumaPuma
8/10


TieumaPuma

Chroniqueur Punk Hardcore, bassiste dans JEANNE et MIND AWAKE, chanteur dans GALERE, posteur régulier sur DROIDxRAGE. xVx

Quand les membres d'un groupe déjà connu forment d'autres projets, ces derniers ont vite tendance à prendre de l'ampleur grâce à la renommée de ceux qui les composent. Dans le désordre, on peut citer Todd Jones, tête pensante de bien des formations (CARRY ON, INTERNAL AFFAIRS, NAILS), ou plus récemment les frères Young et leur intarissable créativité (TWITCHING TONGUES, DISGRACE, VIOLENT SITUATION...). La liste peut être encore longue. Mais est-ce que la qualité de ces groupes est liée à ces grands noms ? J'aurais tendance à dire que oui, certains disques que j'ai appréciés n'étant peut-être que banals malgré qu'ils aient été sortis par des supergroupes. Mais ce n'est pas une règle applicable dans tous les cas, et encore moins dans celui qui nous intéresse aujourd'hui.

Originaire du Massachusetts, SWEET JESUS est plutôt bien servi quant à son line-up. On y retrouve des membres de SOUL CONTROL, DROPDEAD, VERSE, bien d'autres encore, mais surtout le chanteur de feu HAVE HEART. Si j’insiste sur ce point, c'est surtout parce que je vois pas mal d'articles et de publications se focaliser là-dessus, ce qui selon moi est une erreur. Parce que dès leur premier EP, Box, sortit sur Triple B Records l'an dernier, c'est bien plus que la signature de Pat Flynn ou de Shawn Costa que l'on pouvait reconnaître. C'est un nouvel élan de Revolution Summer, déjà plein de belles promesses, dans la droite lignée de ce que leurs potes GIVE sont en train de faire. Avec cette nouvelle galette, estampillée Atomic Action! et sortie en mars 2015, les gars de Boston ont décidé de remonter le niveau d'un cran.

Quand on parle du hardcore 90's de Washington DC, les premiers groupes à faire surface sont, la plupart du temps, FUGAZI ou RITES OF SPRING. A raison, puisqu'ils sont quand même en grande partie responsable de ce type de sons. Mais on en oublie souvent un autre nom tout aussi important, SWIZ, qui est malheureusement passé sous le radar. A mon avis, c'est principalement dû au fait qu'ils étaient signés sur un label bien plus petit que Dischord. Donc si vous n'êtes pas familier avec le groupe sus-cité, je vous le conseille vivement. Car s'il y a un groupe qu'il faut apprécier pour aller plus loin dans cette chronique, c'est bien celui là. Shawn Brown, leur chanteur, apparaît même sur le morceau Same Man.

Ceci étant dit, cela ne vous servira que comme piste pour savoir où vous vous aventurez. Parce-que si SWEET JESUS ont rendu une sorte d'hommage à SWIZ avec ce You Destroy Yourself, ils se sont bien gardés de faire du plagiat. On retrouve bien évidemment le côté furieux de la dite formation, ses passages mélo et son chant plein d'émotions. Pas de mosh parts ou de gang vocals. Toute la lourdeur et l’agressivité se construit dans les compositions en elles-même, dans le travail du son. Les codes sont donc là et surtout ils sont bien assimilés. En premier lieu, je trouve que ce LP est d'abord un gros travail sur les références, et de ce côté-là, c'est bien réussi. Pas d'excès ou de fioritures hors contexte, qui viendraient donner un côté vague à l'ensemble.

Mais là où SWEET JESUS s'en sont bien sortis, c'est en intégrant leurs références personnelles sans qu’elles ne fassent tache. Bien que honnêtement, je ne les trouve pas très éloignées, puisque si l'on écoute les derniers travaux de HAVE HEART ou VERSE, on retrouve largement des sonorités tirées de la fin de TURNING POINT voire même tout simplement de groupes présents sur Jade Tree Records ou Dischord. Mais ce qu'ils ont pris dans ce cas-là, c'est l’agressivité. Certains vont grincer des dents, mais je retrouve des riffs qu'OUTSPOKEN auraient pu écrire, comme c'est le cas sur Even Breathing. Des chansons comme Bedsides se rapportent plus à 411 par exemple ou SILENT MAJORITY pour Bedsick, pas le côté mélodique pour lequel ces groupes sont connus, mais plutôt leurs passages les plus abrasifs. La mélodie, ils l'ont tirée directement de DAG NASTY, et donc de SWIZ par extension. Un mélange qu'ils ont su équilibrer avec intelligence pour ne pas tomber dans un punk trop rentre-dedans, ou qui dégouline trop d'arrangements. 

Le morceau éponyme, avec pour seules paroles un sample que je n'ai pas pu identifier, est le plus émo du disque pour moi tant il rappelle des groupes comme STILL LIFE ou MOSS ICON. Et c'est d'ailleurs encore une fois bien dosé. La voix de Pat Flynn ne tombe jamais dans le tire-larmes, même si on en est pas très loin sur Sorry Things, et les compositions ne se chargent pas de mauvais goût avec une surcharge de mélancolie. C'est directement une vision très années 90 du style que nous apporte le groupe, dans tout ce qu'il s'y fait de mieux. On est loin de ce qui m'avait déplu dans des albums comme Songs To Scream At The Sun, surchargé de plans se voulant passionnés mais trop peu efficaces, à la limite du mou. Cet aspect-là est bien mieux étudié et colle plus à ce qui me parle en matière de hardcore à l'écriture sensible, avec une énergie très soutenue sans rentrer dans le bourrin. 

Goliath clôture ce LP avec cette intro à la SNAPCASE et me rappelle qu'il y a pas si longtemps, j'ai écrit une chronique sur ARTICLES OF FAITH, dont le morceau et l'ambiance générale du disque se rapprochent énormément, ce punk rock énervé mais touchant. Sur ces 10 morceaux, je n'ai pas relevé de longueurs particulières, même après plusieurs écoutes, ou de morceaux à jeter. L'ensemble est homogène, résultat d'un passage de l'EP au LP réussi et surtout maîtrisé. Le pari n'était pourtant pas gagné d'avance, mais on sent que le groupe a travaillé sur chaque détail pour sortir un album comme ils le voulaient, un hommage de bonne facture au Revolution Summer. C'est peut-être le seul vrai reproche que j'ai à faire, un travail trop dans la contemplation d'une époque, mais qui pour être honnête de ne me dérange pas vraiment, parce-que je l'aime bien cette époque. 

Selon moi, c'est un album très réussi que nous a pondu l'équipe de Boston, bourré de références intéressantes et bien composé, dans un style qui mériterait d'être plus représenté en ces temps de revival à tout va. C'est un souffle d'air frais à la manière de leurs contemporains de GIVE ou PRAISE que SWEET JESUS nous offre là, même si c'est avant tout un salut à la scène de Washington plus qu'une appropriation du genre, je suis toujours content d'entendre ce genre de sons. Ce disque est surtout à écouter comme la sortie d'un groupe à part entière, et pas seulement le nouveau projet de Pat Flynn ou Shawn Costa, qui a réfléchi aux plus petits détails et pris le temps de bien faire. Je conseille vraiment à tous ceux qui aiment SWIZ et à tous ceux qui veulent découvrir cette scène. Je sais qu'il est un peu tôt, mais ce disque figure déjà dans mon top de l'année.

Tracklist :

1. Time For Grace
2. The Light Of Sun
3. Same Man
4. Bedsides
5. Sorry Things
6. Stonefaced
7. Even Breathing
8. Bedsick
9. You Destroy Yourself
10 .Goliath