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Album

02/04/15 - Dolorès

Fhoi Myore / Wyrms

Les Limbes Pourpres / Mehxôhorr - Les IV Dimensions Cosmogoniques

LabelOssuaire Records
styleBlack Metal
formatSplit
paysFrance
sortiemars 2015
La note de
Dolorès
7/10


Dolorès

Non.

Fhoi Myore semble s'abonner aux splits, en faisant quelques infidélités à Pestiferum dont il a partagé un petit bout de vie en 2013. Le quatuor s'associe cette fois à un autre projet français dont le style est à nouveau très proche, comparable en de nombreux points, Wyrms, tout en revenant chez Ossuaire Records.
Néanmoins, leur relation date d'un certain temps déjà, puisque Tedd de Wyrms avait déjà réalisé des artworks pour eux, ainsi que celui du présent split. Cependant, il nous faut tout de suite crever l'abcès. Pourquoi y a-t-il, sur la pochette, un orc énorme avec le chibre à l'air ? Clairement, c'est un peu dérangeant au premier abord. De ce que j'en ai compris, ce mignon petit orc n'a aucune raison de porter un pagne, il n'est qu'un être violent, et n'a nullement besoin d'être habillé pour accomplir sa tâche : tout détruire. Une fois cette énigme résolue, disons simplement que le cadre est posé.

Le split se divise donc en deux, avec dans un premier temps, Fhoi Myore qui ne propose que deux titres assez longs. A la suite de ceux-ci, Wyrms en présente quatre, qui gardent la marque du groupe depuis leur dernier album, celle d'imposer des numéros pour former comme une véritable narration et tisser des liens entre les morceaux.

Disons-le tout de suite, "Chair-Monde" ressemble à la composition parfaite pour lancer ce type d'album, entre une batterie dévastatrice et des riffs acérés, le tout pour placer quelques mélodies qui restent assurément en tête. A écouter Fhoi Myore, je les placerais à mi-chemin entre Aorlhac et Neptrecus, c'est à dire formant un Black plus ou moins mélodique, porté par la rythmique, et qui a tendance à ne jamais trop ralentir le tempo, ni jouer uniquement sur la vélocité pour donner une impression de bestialité. En outre, on y retrouve le petit côté Black "médiéval" des groupes cités, bien que ce terme n'ait pas de sens véritablement fixe. Ajoutons-y qu'il est difficile de nier la similitude des chanteurs de Fhoi Myore et Aorlhac lorsqu'on attaque les aigus.
Le quatuor niçois se fait tout de même épique sur ces deux titres, comme à son habitude. "Le Prince Des Mers De Sang" en est le bon exemple, en installant peu à peu les bases pour prendre ses aises puis nous surprendre. Le titre défile avec un enchaînement naturel de riffs ravageurs, entre quelques envolées mélodieuses et épiques, pas si loin de leurs confrères de Wyrms où ces mêmes traits deviennent omniprésents.
Le point négatif restera selon moi le chant, un peu trop souvent écorché dans les aigus. Il semble manquer de consistance, de résonnance, en sonnant un peu comme s'il était ajouté sur le tas, créant un léger décalage avec le reste.

A la suite de cela, Wyrms se fait bien plus rock'n'roll voire punk dès les premières minutes. Les guitares ont un son un peu plus cru, granuleux, bien que le premier titre nous impose une mélodie permanente avec sa guitare lead largement valorisée. Clairement, ces quatres titres assez courts (en comparaison avec Fhoi Myore) ne proposent aucun temps mort. Côté batterie on nous martèle le crâne dans tous les sens tandis que les guitares et le chant s'essaient à un mix entre leur camarade de split et des figures plus ou moins lointaines telles que Windir, Immortal ou Taake. Le mélange est tout à fait réussi puisque les morceaux semblent donner un seul ensemble d'une vingtaine de minutes, en alignant des tempi variés mais toujours très dynamiques pour garder ardentes les braises.
Reste qu'il est dommage que les paroles ne suivent pas le délire de ces morceaux aux noms improbables. Le groupe semble se construire un univers quasiment Heroic-Fantasy ou fantastique par les visuels, l'atmosphère, et les titres similaires à des chapitres. En parallèle, les textes restent assez pauvres, alors qu'ils auraient pu compléter cet univers à merveille.
Cependant, quand on fait attention au fait que les titres soient numérotés, on ne peut que saluer les compositions pour s'enchaîner de manière aussi cohérente et logique afin d'honorer leur ordre respectif.

Si nombreux sont les splits à proposer des associations parfois un peu bancales, en liant des groupes parfois trop différents tant sur le fond que la forme, ce n'est pas le cas ici. Fhoi Myore s'allie d'ailleurs encore mieux avec Wyrms qu'il ne le faisait avec Pestiferum. Les deux projets sont sur la même longueur d'ondes en proposant des titres très similaires bien que chacun garde sa patte et ses particularités. L'ensemble est cohérent, en gardant toujours ce petit écho underground constant par la production particulière du vinyle, loin d'être lisse, offrant néanmoins un split de qualité.
Je finirai par saluer le travail de Tedd sur l'intérieur du vinyle. Si la pochette est loin de me convaincre, la première illustration intérieure un peu Lovecraftienne (un navire insalubre au milieu des flots déchaînés, entouré d'un cadre de crânes encore moins rassurant) est juste incroyablement prenante et illustre à merveille le texte de "Le Prince Des Mers De Sang", bravo pour cela.

1. Fhoi Myore - Chair-Monde
2. Fhoi Myore - Le Prince Des Mers De Sang
3. Wyrms - I - Ràhiissis, L'Origine Et L'Eternité
4. Wyrms - II - Wohrnnaks, Le Vide Et La Matière
5. Wyrms - III - Yôehrhrr, La Conscience Et La Mort
6. Wyrms - IV - Mehxôhorr, La Réalité Et Au-Delà