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Album

18/03/15 - Dolorès

Glaciation

Sur Les Falaises De Marbre

LabelOsmose Productions
styleBlack Metal
formatAlbum
paysFrance
sortiefévrier 2015
La note de
Dolorès
6.5/10


Dolorès

Non.

On ne peut pas dire que le premier opus de Glaciation soit passé inaperçu. C'était en 2012, une petite curiosité voyait le jour, hymne à la gloire du Black Metal d'antan, sous le nom de "1994". Par sa pochette étrange, source de prises de parole animées sur la toile, par son line-up inconnu à ce moment-là, par son aura indéniablement intrigante au moment de la sortie, Glaciation a marqué la scène.

Nous voilà début 2015 et quelques changements ont eu lieu. On retrouve toujours des musiciens empruntés à Alcest, Diapsiquir, Necroblaspheme, j'ai nommé Winterhalter, François Duguest et Hugo Moerman. Neige reprend place en tant que guest, tandis qu'Indria assure la basse et qu'un nouveau chanteur vient succéder à Valnoir. Il s'agit de Hreidmarr, le frontman de feu Anorexia Nervosa et de The CNK.

A cette idée, il est déjà évident que la voie du groupe risque de dévier. Les titres de "1994", maîtrisés, froids, sereins et stériles, laissent la place à une nouvelle facette du groupe. Les cendres du départ de Valnoir auront été les fondations pour tirer vers le haut et repenser le groupe, qui n'est pourtant plus mené par sa tête pensante originelle.
Selon la logique des choses, l'artwork diffère complètement aussi, on retrouve ici la patte de Førtifem qui se distingue profondément de ce que Valnoir avait proposé pour "1994", en recentrant le nouvel album sur la vague des pochettes inspirées des gravures à squelettes et ruines sinistres.

Le retour de Hreidmarr dans un groupe plus fortement Black que The CNK, après la déception liée à "Révisionnisme" a du en étonner et en ravir plus d'un, et ce serait mentir de nier que la nostalgie d'un chant à la Anorexia Nervosa joue beaucoup sur cet album. Il nous a manqué, le voilà, il retrouve ses hurlements sales mais contrôlés, ses déclamations poétiques, incantatoires et parfois presque sensuelles. Sans pour autant réchauffer des idées de ce qui a fait les particularités d'Anorexia Nervosa, il est clair que la personnalité et le talent du chanteur donnent une identité tout à fait nouvelle à Glaciation, le laissant se détacher nettement de son prédécesseur.

Seule ligne directrice qu'on retrouve, celle de jouer avec les contrastes, les variations et les pauses improbables. On retrouvera alors, éparpillés sur les titres, des passages ambiants, ou par exemple un sample de Marguerite Duras qui, quand on y pense, ne propose pas une atmosphère si éloignée de la musique de Glaciation, et m'évoque les mêmes couleurs froides, les mêmes espaces clos qui mettent mal à l'aise, les mêmes angoisses.
Que de références quand à cela s'ajoute le titre de l'album, écho direct à l'écrivain Ernst Jünger et son roman de 1939, considéré comme son chef-d'oeuvre.

Contrairement à ce qu'on pouvait penser à la première approche du projet, lors du lancement de 2012, le groupe n'est toujours pas dans l'unique retour aux sources Black Metal old school. Par ses sonorités plus modernes, par ses passages atmosphériques marqués, par ces élans de chant clair en langue française et par la basse parfois un peu rock, presque new wave, Glaciation prend quelques risques, même s'ils sont subtils et légers, en proposant "Sur Les Falaises De Marbre".

Il reste pourtant clair que ces quarante minutes provoquent un petit vent de fraîcheur (remarquez que je n'ai toujours pas fait de jeu de mot foireux avec le nom du groupe), et de nouveauté. C'est ce que j'avais pu reprocher à "1994" qui, si on exclue la longue partie acoustique, n'était finalement pas l'opus unique, hors-norme qu'on attendait, et laissait beaucoup trop de côté l'aspect émotionnel qu'il aurait pu se permettre. Il y a ici quelque chose de plus majestueux, rendu par les différents timbres de voix, les riffs ravageurs et la batterie qui martèle là où il faut.

"Le Soleil Et L'Acier" propose une incroyable montée en puissance grâce à l'enchaînement des différents types de chant et d'une instru explosive, et reste un des moments les plus intenses de l'album, à égalité avec "La Mer, Les Ruines".


On clôture néanmoins encore une fois l'ensemble par une outro acoustique, en résumé le petit écho récurrent à Alcest qui n'est, cette fois-ci, pas sans rappeler "Sur L'Océan Couleur De Fer" par sa boucle d'arpèges qui n'en finit pas. Sans être désagréable ni jurer avec le reste, il faut avouer qu'elle reste assez facile et superficielle. Elle n'apporte pas grand chose, d'autant plus que le très court "Cinq" précédant ce titre éponyme final aurait très bien pu fermer l'album par son côté presque malsain, plus en accord avec les morceaux antérieurs.

On est tout de même loin d'avoir entre les mains l'album du siècle, mais il est évident que "Sur Les Falaises De Marbre" propose quelque chose qui s'écarte à la fois de ce qui se fait en Black français actuellement, et à la fois de ce que le groupe a proposé par le passé. Il reste néanmoins difficile de ne pas songer à Anorexia Nervosa lors des premières écoutes, par la présence de Hreidmarr, de se dire "tiens je m'écouterais bien un petit New Obscurantis Order", mais une fois passé l'effet de surprise, on se rend compte de l'aura totalement différente que Glaciation propose ici. Reste à voir si le projet réussira à se stabiliser avec ce nouveau line-up et à faire perdurer les idées ardentes.

1. Les Fiancées Sont Froides
2. La Mer, Les Ruines
3. Le Soleil Et L'Acier
4. Kaputt
5. Cinq
6. Sur Les Falaises De Marbre

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