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vendredi 18 mai 2012 - U-Zine

Mongolito + Diapsiquir + Sol Invictus

Magasin 4 - Bruxelles

U-Zine

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Aaaaaaah la Belgique. Je n’y vais pas souvent, mais c’est toujours un enchantement dès que j’y fous les pieds. Y a des bon coupaings là bas, des putains de gauffres, et de la bonne bière. Un peu le paradis gastronomique de tout métalleu qui se respecte en somme.

Et il y a aussi du metal, beaucoup, souvent, en l’occurrence, c’est à Bruxelles qu’est revenu l’insigne honneur d’accueillir une affiche pour le moins improbable, composée de Mongolito, de Diapsiquir et de Sol Invictus. Lorsque l’on sait la difficulté que peuvent rencontrer les organisateurs à maintenir la production d’un groupe de l’acabit de Diapsiquir, nous ne manquerons pas de saluer l’audace du Magasin 4 d’avoir accepté d’assurer la soirée, qui m’aura permis avant toute chose, accompagné d’un Jaff Belge totalement néophyte des groupes ici présents, de voir si Diapsiquir est bel et bien capable de foutre un flingue sur la tempe de Dieu le sourire aux lèvres.


Le Magasin 4 ne paye pas de mine, petite entrée taguée, ambiance enfumée et chiottes graffées, la salle semble directement ancrée dans l’esprit traditionnel HxC, et dégage une atmosphère très agréable, faiblement éclairée, propice aux groupes venus se produire sur place. Ah, et la bière est à 1,70€, et c’est parti pour la chasse aux papillons.

Mongolito ouvre donc ce soir le bal face à une salle qui se remplit peu à peu. Ambiance tamisée, bougies et tout le bordel, projections sur un écran de belle taille. Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre mais les premières effluves du drone / dark ambiant distillées par l’unique savant fou du projet affublé d’un masque à l’expression figée dans un rictus à faire frémir ne mettrons pas longtemps à plonger l’auditoire dans la pénombre, à mi chemin entre réconfort et souffle glacé. Le style voulant ça, les morceaux sont longs, monotones, hypnotiques et suffisamment gorgés d’émotions pour séduire la plupart. Secondé de temps à autre par un grand gaillard qui viendra ponctuer la guitare de courtes percussions, Mongolito puise toute sa force par la puissance évocatrice de ses visuels, très esthétiques dans le morbide, collant parfaitement à l’ambiance psalmodique du riffing. Reste à savoir si l’absence d’esthétique compensée par le confort de l’écoute sur cd conserverait le même retentissement que ça n’en a eu ce soir là. Une bien belle surprise quoi qu’il en soit qui se sera achevée sous les ovations d’un public manifestement conquis.


Je dois avouer qu’au-delà de mon scepticisme quant à la légitimité de trouver Diapsiquir sur scène, et les réserves émises sur son dernier brûlot A.N.T.I., même si elles s’égrainaient à mesure que je m’en éloignais pour mieux y revenir, je savais au fond de moi qu’il FALLAIT que j’assiste à ce concert pour entériner ou non définitivement mon opinion sur le dernier album des Parisiens, eu égard au profond respect et admiration que j’entretiens pour les sorties précédentes du groupe.

Et je n’ai pas été déçu bien au contraire, et ce concert aura eu raison des dernières réticences ressenties à l’écoute d’A.N.T.I. comme si tout, ce soir, avait pris un sens. Diapsiquir sur scène, c’est précisément la force de frappe qu’on attendait de lui, l’absence de provocation gratuite et adolescente, et pourtant provocant jusqu’au bout des ongles, mais dans cet ode au choquant se trouve cette conviction féroce qui rend Diapsiquir unique et inégalable. Dès qu’A.N.T.I. a résonné dans le magasin 4, pas si rempli que ça mais à l’affluence honorable, c’est la déferlante de haine, de pulsions morbides, secondé par des visuels d’apocalypse urbaine, un vrai reflet de la négativité du quotidien, et ce, sur tout le long du concert. Desservi par un son qui aura eu beaucoup de peine à trouver ses marques, la faute à des guitares en retrait, une boîte à rythme omniprésente et une voix pas toujours audible, l’ensemble du concert manquera clairement d’audibilité pour quiconque n’était pas familier des morceaux proposés. Car au délà de la qualité discutable du son, c’est aussi à une relecture de certains titres que Diapsiquir nous proposera ici, la plupart du temps contribuant largement à exacerber l’inconfort des propos, bien souvent assassins d’un Toxik/Damien possédé par son art.

Les compositions d’A.N.T.I. font parfaitement écho à celles nettement plus anciennes, rajoutent justement à la cohésion des propos tenus par la dernière salve de Diapsiquir et ne dénotent absolument pas, contrairement à ce que j’en aurai cru. Brillant d’un bout à l’autre, absorbant peu à peu toute substance et toute lumière de la salle, c’est la réinterprétation plus calme et plus folle, en tir-tendu jusqu’à une explosion finale des plus macabres de l’excellente Génération Maudite, Pénétration interdite qui achèvera les plus sceptiques / prudes, qui outrés par des visuels et des lyrics plus que subversifs, ont quitté la salle, médusés, sous des ‘Vous êtes des pédophiles ‘ etc.. sous le regard d’un Damien impassible. La frénésie d’un Ennui et son compte à rebours final fais un effet monstrueux.

Fais-le aura conclu le set de la manière la plus abrupte qui soit, le dernier couplet repris par les aficionados résonnant comme un éloge au suicide avec une force et une conviction troublante.

C’est éprouvés, rincés et satisfaits que la buvette nous a tendu les bras pour digérer ce concert, du genre qu’on ne voit pas tous les jours. Jusqu’à l’arrivée de Sol Invictus.
Je serai nettement plus bref sur cette formation de néo/dark-folk qui avait manifestement grandement contribué à l’affluence du soir. Nul doute que le spectacle aura été bon, aura trouvé son public (très enthousiaste à leur arrivée et en dépit de quelques couacs de son au niveau du violon), mais n’étant pas venu pour eux, encore subjugué par la noirceur abyssale dont on commençait juste à s’extirper et une grosse marche qui nous attendait l’ami Jaff et moi-même auront eu raison de notre volonté d’en voir plus. Quoi qu’il en soit, Sol Invictus a baigné de lumière un endroit qui puait le vice, peut-être la cohésion de l’affiche se trouvait-elle là.

Une putain de bonne soirée, qui te fais sincèrement tester ta complaisance ou non dans le morbide. Et merde, de mon côté, j’ai adoré, je dois aussi être foutu.

Merci infiniment à Jaff (Fat Heal/Low Tank) pour m'avoir emmené et profité de l'OVNI ensemble, au Mag' 4 et à Undercore Bxl pour avoir maintenu cette soirée qu'on ne reverra pas de sitôt.

Merci également au photographe Massimo Cataldo dont vous pourrez voir tous les clichés et bien d'autres en cliquantpar ici