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dimanche 9 novembre 2008 - U-Zine

Heidenfest 2008

La Locomotive - Paris

U-Zine

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La grosse écurie Rock The Nation (Metalcamp, Paganfest) nous gâte en cette fin d’année 2008, avec plusieurs concerts « brochette party » de groupes de renoms (La tournée Metalfest avec en headliner Morbid Angel et le Heidenfest mené par Finntroll). C’est dans une Loco archi complète (il y avait même des gens sans billet à l’extérieur qui ont tenté leur chance, en vain) que Finntroll, Primordial, Eluveitie, Equilibrium, Catamenia et Manegarm se sont donnés la pareille. L’ambiance était bon enfant, avec même un slammeur sur la file d’attente à l’entrée, vu par les musiciens de Catamenia en train de fumer dehors, au regard ahuri devant la scène qui se passait là…

J’avais prévu le coup, n’ayant jamais vu autant de gens rentrer dans La Loco : je me suis posté durant tout le festival sur le côté, là où on est plus haut que la fosse, s’appuyant confortablement sur une barrière, et étant à la hauteur des groupes…

Après une attente assez courte, ce sont les suédois de Manegarm qui sont entrés sur scène. C’était la première fois que je les voyais. Et bien quelle surprise !! De la vraie musique festive viking, très bien interprétée et très vivante. La qualité du son était bonne elle aussi, et je crois que c’était le meilleur son de la soirée. Manegarm avait un musicien de plus : le chanteur Erik Grawsio a laissé sa batterie de côté (confiée à un batteur session), pour mieux se concentrer sur son rôle de frontman. Les compos de guitares ont touché le public, tout comme l’alternance des rythmiques à bière, des passages planants et les moments plus sombres quasi dark / black metal (notamment sur le morceau « Sigrblot »). J’ai rarement constaté un tel accueil pour une première partie : un véritable carton. La setlist du groupe, courte à cause du nombre de groupes présents ce soir, était axée sur leur dernier album Vargstenen, avec en intro et en fin 2 morceaux de choix pour les fans !

En plus, le violoniste du groupe, Jan Liljekvits, a un jeu de scène particulièrement étonnant : il est comme fou ou paraît ivre (un peu à l’image des samouraïs qui triomphaient grâce à leur ivresse selon la légende). Il contraste avec le reste du groupe, plus posé, mais qui cependant bougeait pas mal et faisait des poses en duo, trio, quatuor pour les photos… Bref, le public parisien a passé un bon moment, en atteste l’affolement du tout nouveau décibel mètre installé dans la salle. La prestation de Manegarm aurait volontiers pu durer quelques minutes de plus, espérons cela pour la prochaine fois. Pour moi, le meilleur show de la soirée !

Setlist :1) Sigrblot - 2) I underjorden – 3) Genom Världar Nio – 4) Vedergällningens tid – 5) Hemfärd

C’est ensuite un groupe plus expérimenté, Catamenia qui est monté sur les planches de La Locomotive. Cette fois-ci, l'ambiance était différente : du black mélodique peu prétentieux, qui allait avoir du mal à convaincre la jeune assistance présente ce soir là. Après une interminable intro, le groupe a commencé à jouer. J’ai eu une crise de rire à ce moment là : le public dans la fosse, encore sous l’effet de Manegarm, commençait à pogotter vaillamment pendant les premiers accords de Catamenia. Puis, se rendant compte de la rythmique « anormale » pour le thème Pagan de la soirée, les mouvements des gens se sont arrêtés net, et des têtes ahuries ont commencé à poindre de partout. Ce n’est qu’avec l’arrivée du 2ème chanteur, à la belle voix claire, Kari Vähäkuopus, que le public a commencé à un peu plus apprécier. La qualité du son avait baissé d’un ton, et les mouvements des finlandais contrastaient grandement avec l’attitude positive de Manegarm. Tout ça pour dire qu’ils n’ont pas fait mouche. J’ai aussi bien ri en écoutant les réactions ébahies de certains metalleux qui ont découvert la guitare du chanteur : une Moser Bastard V. La guitare tape à l’œil, bien « evil » qui impressionne le public… mais qui avait ce soir là un son de merde… (néanmoins, pour avoir vu Goatwhore au Chaulnes Metal Fest 2008, je peux dire qu’on peut en sortir un très bon son). La bonne prestation du chanteur à voix claire a trop été éclipsée par la qualité médiocre des compos, des clichés du style, et du manque d’engouement du public. De mon côté, je me suis ennuyé aussi.

Puis, ce sont les allemands d’Equilibrium qui ont pris le relais. Dès le début, le leader Helge Stang a mis les choses au point : pas de batteur pour la tournée, et donc une boîte à rythme en remplacement. J’ai déjà assisté à des concerts avec boîte à rythme (et pas qu’en punk) et je dois dire qu’il est assez difficile de faire oublier sa présence. Et bien Equilibrium a presque réussi sa mission, et a bien contenté le public (notamment sur le morceau « Blut Im Auge »). C’est avant tout les prestations du guitariste René Berthiaume et celle du chanteur Helge Stang qui ont permis au groupe de se faire apprécier. On a notamment vu Stang sortir un camescope et filmer le public et ses musiciens tout en chantant. Vous imaginez l’ambiance que ça a mis dans le public, rien qu’à l’idée d’être filmé. Il pouvait faire semblant de filmer… ou pas. On ne le saura jamais. Toujours est-il que c’est assez rare de voir ça sur scène.

Par contre, là encore, la qualité des compos (surtout celles issues de leur premier album Turis Fratyr) a été mise à mal par un mauvais son : trop de basses. La basse justement, était la première touche féminine du festival, avec une Sandra Völkl d’une grande timidité…
Je retiendrais d’Equilibrium un concert correct mais sans plus, qui a pas mal fait bouger le public (les premiers slams de la soirée, et il faisait chaud dans la salle), mais là encore, Manegarm était passé avant…

Après Equilibrium, ce sont les suisses d’Eluveitie, à la présence récurrente sur notre territoire ces dernières années (et encore l’année prochaine, en 1ère partie de Kreator…), qui ont fait se poursuivre le festival. La scène de La Loco, avec les 8 musiciens du groupe, paraissait étriquée. C’est avec un son ne mettant pas assez en valeur les instruments folkloriques que sont les flutes, le violon irlandais, la vieille à roue, la cornemuse, la mandoline, qu’Eluveitie a pourtant réussi à se mettre le public dans la poche. Très vite, on a constaté que les 2 remplaçants des jumeaux Kirder (pour ma part, vus la dernière fois au Hellfest 2008), Päde Kistler et Kay Brem ont parfaitement su s’intégrer au groupe. Néanmoins, ce ne sont pas eux, ni le batteur, ni les 2 guitaristes qui retiennent l’attention : il s’agit d’une part du leader Chrigel Glanzmann , au grand charisme et des 2 charmantes femmes Anna Murphy et Meri Tadic. Aussi, les compos du groupe, prenant d’abord leur source dans la mode celtique, folk, mais aussi dans le death mélo suédois (même si ce n’est pas très élaboré et original), font que le concert a passé très vite. Les changements d’instruments de chacun (hors guitaristes, bassiste et batteur) apportent une réelle diversité à leur set. Le point culminant, a été leur morceau le moins « bon » : « Inis Mona », le remake In Flamessien du morceau au riff de ManauLa tribu de Dana » - 1998) qu’on connaît tous, étant déjà un remake (« Tri martolod » - 1978) d’Alan Stivell.

Résultat des courses : 112 décibels à l’applaudimètre… Le top de la soirée.
Pour ma part, s’il n’y avait pas cette diversité instrumentale, je m’ennuierais royalement…

Allez, je me permets une petite dose d’humour. Connaissez-vous le premier nom de groupe des irlandais de Primordial ? C’était Forsaken. Le constat a été étonnant, à l’arrivée du groupe, puisqu’environ 1/4 du public avait quitté la fosse. C’était, il est vrai, un ouf de soulagement au niveau de la guerre dans le pit, mais, pour une 2ème tête d’affiche de soirée, ça fait bizarre de voir autant de gens partir. Qu’importe, Naihmass Nemtheanga et ses hommes sont venus dans cette tournée pour jouer la carte de la différence. Nous allons voir si le groupe a récolté de l’indifférence…

Le chanteur, puisque c’est bien lui l’attraction du groupe, arborait un corpse paint blanc sur la tête, et avait mis la couche de faux sang qu’il fallait. Que dire… Moi qui apprécie énormément Celtic Frost ou Candlemass, je dois dire qu’à chaque fois que je vois Primordial en concert, je les trouve un ton en dessous des maîtres. Ce n’est pas l’attitude du chanteur, sa grande force de persuasion maléfique, sa façon de happer la foule du regard qui pose problème (justement, c’est la grosse pierre de l’édifice) : en fait, je trouve le reste des musiciens moyens dans leur attitude. Ils ne rentrent pas dans le trip et dénotent par rapport à la musique proposée. Même si les compos des irlandais sont très bonnes à écouter en disque, il manque ce quelque chose qui fait la différence sur scène. Un Irish spirit, pourtant un peu présent avec le drapeau irlandais sur l'ampli de guitare... Alors, quand en plus on a un son moyen, ça rend tout de suite moins bien. A titre de comparaison pour ceux qui les ont vus au Hellfest 2008, c’était mieux à Clisson. Primordial a axé sa setlist sur ses 2 dernières offrandes The Gathering Wilderness et To The Nameless Dead. Les fans du groupe ont semblé énormément apprécier le concert, tandis que les autres en sont restés au stade de l’indifférence.

Setlist :1) Empire Falls - 2) Gallows Hymn - 3) As Rome Burns - 4) Sons of Morrigan - 5) Coffin Ships - 6) The Song of the Tomb - 7) Gods to the Godless - 8) Heathen Tribes

La salle s'est de nouveau remplie et menaçait d'imploser pour l'arrivée de Finntroll sur scène. Le public a réservé au groupe le 2ème meilleur accueil de la soirée (derrière Eluveitie). Les nombreux jeunes fans de pagan s'en sont donnés à cœur joie. La qualité du son n'était pas au rendez-vous là encore, mais cela n'a pas empêché les finlandais au chant suédois de délivrer un set plutôt long (contrairement aux autres groupes) et intense. Sauf que, dans la soirée, nous avons vu mieux en la matière ! D'une part, Finntroll n'utilise pas d'instruments folkloriques et se repose sur les compos de Trollhorn le claviériste. Je trouve que ça enlève un peu d'esprit festif à la musique. Un clavier ne peut pas tenir la comparaison face aux joyeux drilles d'Eluveitie et leurs multiples instruments. D'autres part, si on enlève le chanteur Vreth et Routa l'un des 2 guitaristes, Finntroll est un groupe statique sur scène, à tel point que je n'ai même pas pu prendre une seule photo de Trollhorn, à cause d'un Skrymer (guitariste rythmique) immobile à son poste. Ce manque de mouvement a rappelé qu'un petit groupe en première partie, Manegarm, avait mis le feu à La Loco précédemment. Enfin, je trouve le batteur de Finntroll, Beast Dominator, d'une nonchalance absolue sur scène ! Rien, aucune émotion, aucune variation de position, de trait de visage... Il fait son boulot, point barre.

Autant dire que même si le public a semblé apprécier (comme toujours, les fans, qui ne prennent pas de recul sur ce qu'ils voient et entendent...), je me suis ennuyé à mourir.

Setlist :1) Avgrunden Öppnas (Intro) – 2) Nedgang – 3) Slaget Vid Blodsälv – 4) Fiskarens Fiende – 5) Korpens Saga – 6) Ur Djupet – 7) Ormhäxan – 8) Nattfödd – 9) Midnattens Widunder – 10) Aldhissla – 11) Trollhammaren – 12) Jaktens Tid – 13) En Mäktid Här – RAPPEL :14) Rivfader – 15) Det Iskalla Trollblodet

Il est 00h10, et la sortie de La Loco se fait lentement. En effet, une seule petite porte était prévue pour écouler le flot de metalleux en sueur. Alors quand en plus, une soirée gay est organisée aux différents étages, bonjour la cohue. Qu'importe, la tournée Heidenfest est passée en France pour une unique date, le concert était complet et la bonne ambiance de mise. Je retiendrai la très bonne surprise Manegarm, qui ne m'a pas fait regretter d'avoir acheté mon billet.