Interviews Retour
dimanche 3 novembre 2013 - U-Zine

DxS

Julien Negro (guitares / chant)

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Pour faire écho à la sortie de leur nouvel album "The Wretched Host", U-Zine s'est rapproché du très actif Julien, chanteur et guitariste du groupe pour prendre la température avant que le disque n'atterrisse dans les bacs pour une conversation fort enrichissante.

1. Bonjour à vous DxS ! alors que s’est-il passé pour le groupe et ses membres depuis The Musical Box il y a deux ans ?

Bonjour tout le monde ! Après la sortie de notre EP, nous avons fait quelques dates sur Nice, puis avons décidé de mettre les concerts de côté pour nous consacrer à ce deuxième album. Nous n’avons pas voulu précipiter les choses et préféré prendre notre temps pour la composition, plutôt que de forcer l’inspiration. Avec le recul je pense que c’était le bon choix.

2. Pouvez-vous nous présenter ce nouvel album « The Wretched Host » ?

« The Wretched Host » est un concept album, le deuxième pour DXS, que nous avons voulu plus mature, sombre, mais aussi surprenant et éclectique. Nous avons essayé, avec succès je l’espère, de digérer toutes nos influences et de proposer un disque qui sonne principalement comme du DXS. Les huit morceaux qu’il renferme sont définitivement metal, progressifs mais pas dans le sens péjoratif du terme, et teintés de couleurs black et death qui leur donne un côté vraiment unique. Je pense en tous les cas que nous avons réussi à proposer un album homogène qui ne laissera pas indifférent.

3. Votre dossier de presse mentionne une histoire, un concept mais ne rentre pas dans les détails. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous sommes partis d’un background qu’avait écrit Jean-Michel, puis j’ai écrit une histoire autour de cet univers (qui était déjà plus ou moins présent dans notre premier album). L’idée était d’écrire quelque chose de sombre et qui ne se révèle qu’au fur et à mesure des titres, la clé de l’histoire étant révélée au dernier morceau. Même si les personnes qui se pencheront dessus à travers les textes risquent d’être minoritaires, les paroles font partie d’un tout formé également de la musique et de l’artwork, je préfère donc ne pas donner trop de détails et laisser les auditeurs découvrir ce qui s’y passe ! Ce que je peux dire, c’est que l’action se déroule dans un futur dystopique, ultra religieux, où la délinquance et la violence ont disparus. L’héroïne, au début de l’histoire, découvre que son frère vient d’être assassiné et décide de partir sur les traces du meurtrier.

4. Dans le même domaine : Qui est donc ce « wretched host » ?

Je vais malheureusement devoir te répondre la même chose qu’à la précédente question  C’est un personnage clé qu’on ne découvre que plus loin dans l’histoire, et qui va faire sensiblement basculer le cours du récit.

5. Qu’avez-vous demandé à D Rainaud avant qu’il n’attaque son travail au Darth Mader studio ?

De faire ce qu’il voulait ! Damien est un ami proche depuis des années, il est devenu pote avec Logan Mader (Machine Head, Soulfly) et est parti il y a quelques temps vivre à Los Angeles pour travailler avec lui. C’est un ingénieur du son au top qui commence à se faire un nom dans le milieu, et on voulait vraiment qu’il nous fasse un son « à nous ». Lorsqu’il nous a demandé des références de mix pour se faire une idée de ce que nous voulions, nous ne lui avons rien donné et lui avons laissé carte blanche. Les seules directives étaient que tout soit bien équilibré, et que, en grand fan de Queen que je suis, les chœurs soient bien mis en avant. J’ai pas mal travaillé avec lui par la suite au fur et à mesure pour affiner les morceaux. Il a été particulièrement disponible et nous passions littéralement des journées ensemble à mixer à des milliers de kilomètres l’un de l’autre.

6. Vous avez inclus des morceaux qui figuraient sur votre EP « The Musical Box ». Comment les avez-vous retravaillés avant de les incorporer sur ce disque ?

Même s’ils ont été complétement réenregistrés pour l’occasion, les deux morceaux du EP ont été très peu remaniés. En les jouant « live », nous nous sommes rendu compte notamment que certains plans de batterie étaient un peu trop touffus à quelques endroits, on les a donc modifiés pour qu’ils soient plus directs. En fait, « The Musical Box » et « Eyes Without A Face » devaient depuis le départ figurer sur l’album, bien avant l’idée de sortir un EP, et nous savions même déjà à l’époque où ils se situeraient dans le concept. Au final, ce qui différencie vraiment les deux versions de ces morceaux c’est qu’avec la pratique nous les avons beaucoup mieux joués sur « The Wretched Host » !

7. Quelles sont les contingences à respecter lorsque l’on mélange du progressif et de l’extrême, deux genres qui n’étaient pas voués à se rencontrer ?

Je ne pense pas que ça soit réfléchi, c’est du feeling pur et simple. Si un blast semble coller à un certain endroit, alors pourquoi ne pas l’essayer ? Je pense que cela prouve justement que ces deux styles ne sont pas si éloignés que ça, ou en tous les cas qu’ils peuvent cohabiter de manière symbiotique. L’unique chose que nous avions décidée dès le départ, c’était d’attaquer l’album avec un morceau violent, quitte à déstabiliser l’auditeur qui s’attendrait à une continuité sur les autres morceaux. Pour le growl, c’est un peu le même principe. Si un riff se prête à ce type de chant, on se lance ! Il est même arrivé que le placement soit fait en fonction de l’histoire, et plus particulièrement du personnage qui s’exprime à ce moment donné, ou vice versa (sur « Demise Of Time » par exemple, le côté narratif des paroles s’est basé essentiellement sur le fait que les couplets allaient être interprétés en growls). Un détail qui aidera peut-être certains à mieux s’aiguiller dans la compréhension de l’histoire, qui sait.

8. Inclure du sax et du trombone ne va pas laisser les auditeurs indifférents ! N’aviez-vous pas envie d’en mettre plus sur l’album ? comment est venue l’idée ? n’aviez-vous pas peur que les fans soient désarçonnés ?

J’adore le saxophone, c’est même mon instrument principal en fait. Mais je ne trouve pas qu’il colle à notre style de musique. J’aime beaucoup par exemple ce que fait Ihsahn en solo, mais je n’accroche pas du tout à l’usage qu’il fait de l’instrument. Pour moi, le sax est l’instrument emblématique du jazz, et perd son essence sorti de ce contexte. Donc quand l’idée d’en mettre dans un morceau est venue, c’était clairement pour dérouter les gens, voir même agacer les détracteurs du style. Le « latin » me semblait d’ailleurs particulièrement identifiable par tout le monde et donc parfait pour ce petit interlude, en plus de coller à l’histoire et aux paroles. Cela dit, nous sommes loin d’être les premiers à faire ce genre de blague musicale, je pense principalement au groupe de hardcore américain Candiria qui incorpore régulièrement des cuivres et des passages jazzy dans ses compositions. Au final, je trouve que l’on ne s’en est pas trop mal sorti et que ces quelques secondes de folies passent plutôt bien au sein du morceau. Nous avons même eu droit à des plaintes de métaleux frustrés, donc mission accomplie !

9. Quelles limites vous étiez-vous fixées en termes de composition ?

Nous ne nous sommes pas vraiment fixées de limite, plutôt des règles de composition. Avec le recul et les concerts qui ont suivi sa sortie, notre premier album nous paraissait peut-être un peu trop alambiqué. Nous avons essayé sur « The Wretched Host » de simplifier certaines choses, que les couplets et les refrains soient plus simples et donc plus efficaces, d’autant qu’il me fallait maintenant assurer le chant en plus de la guitare, chose que je ne faisais pas lorsque nous étions cinq. Il y a également beaucoup moins de soli de guitare car je me considère loin d’être un bon soliste. Je pense que la richesse du disque vient beaucoup plus des arrangements que de la technicité intrinsèque des parties instrumentales, et que c’est grâce à ces arrangements que les morceaux ne se dévoilent pas totalement à la première écoute. Une chose par contre que je me suis imposée dès le début, c’est que le chant soit impeccable. J’ai pris la première fois le micro dans le groupe par nécessité alors que je ne suis pas du tout chanteur, et j’avais certainement besoin de me prouver que j’étais capable de le faire. J’ai passé beaucoup de temps à peaufiner les harmonies vocales et je suis plutôt content du résultat, même si j’ai bien conscience que ça ne plaira pas forcément à tout le monde.

10. D’ailleurs comment se passe la création d’un morceau chez DxS ?

Là encore, il n’y a pas vraiment de règle. Lorsque l’un d’entre nous à une idée, ou un morceau complet, il le soumet au reste du groupe qui validera, réarrangera ou complètera selon son inspiration. Sur « Eyes Without A Face » par exemple, Olivier est parti d’une très vieille composition que j’avais écrite il y a 15 ans, en a récupéré quelques riffs pour monter une structure avant que Jean-Michel et moi-même n’y fassions des modifications. Sur « Wreath Of Ashes », Olivier nous a envoyé ce qui est devenu l’intro et le refrain du morceau, et j’ai complété avec un couplet et une grille de solo que j’avais sous la main. Tout se fait véritablement au cas par cas, en totale démocratie, et lorsque un morceau plait à tout le monde, il est validé.

11. Vous avez laissé pas mal de temps entre la présentation de vos morceaux et celle de votre artwork. Comment s’est déroulée la recherche de l’illustration qui collait à votre musique ?

Le temps a été long car nous n’avons choisi l’illustrateur que fin septembre. L’idée de départ était de travailler avec Travis Smith (Opeth, Nevermore, Devin Townsend, etc) avec qui j’avais déjà bossé pour mon autre groupe Lord of Mushrooms. Un type non seulement génial mais extrêmement gentil. Il se trouvait qu’il avait déjà beaucoup de travail en attente et nous a demandé un peu de temps pour voir s’il arriverait à terminer ses artworks en cours et à s’occuper de nous. Finalement, la date de lancement de la campagne de financement participatif approchait et il n’avait pas encore réussi à se libérer, il nous a donc fallu trouver une autre solution. C’est mon ami Arno Strobl (le chanteur de Carnival In Coal notamment), qui m’a aiguillé sur le boulot d’Hicham du Strychneen Studio. Les autres ont aimé, la deadline lui convenait et on lui a donc donné carte blanche et 30 jours pour nous sortir un artwork digne de ce nom, après lui avoir détaillé l’histoire et quelques idées graphiques. Autant dire qu’il a particulièrement bien réussi à saisir l’essence de l’album, et on a été véritablement bluffé par le résultat lorsqu’il nous a envoyé son illustration il y a quelques jours. On aurait vraiment adoré qu’il fasse l’intégralité des 16 pages du livret, mais c’était impossible en terme de temps, c’est donc Alex et moi-même qui nous y sommes collé et avons réalisé tout le reste de la jaquette.

12. On vous connait plus sous le nom de DxS que celui plus long de Devious Experiment of Synesthesis, n’avez-vous jamais pensé à vous en séparer ? Et pensez-vous que votre identité colle toujours à ces termes particuliers ?

Lorsque nous avons changé de line-up il y a deux ans, j’ai essayé de convaincre les autres de modifier le nom, mais sans succès ! Cela-dit, dans le petit microcosme du metal azuréen, le groupe avait déjà sa réputation, et même si notre musique a indéniablement murie depuis nos débuts, notre style n’a pas tant changé que ça. Donc après tout, pourquoi changer ? Le principe de synesthésie était un thème central du premier album, et l’univers utilisé dans l’histoire de « The Wretched Host » avait justement déjà été créé par Jean-Michel pour « Catharsys », ce qui rapproche encore un peu ces deux disques et rend notre nom finalement pas si hors sujet.

13. Au vu des posts facebook, et de votre investissement général, ne trouvez-vous pas ça épuisant de mener campagne pour réaliser un album ? sans cynisme aucun, où allez-vous chercher la motivation ?

C’était effectivement beaucoup de boulot, aussi bien à la préparation que pour tout le côté communication qu’il faut assurer derrière. Je ne te cache pas qu’au début de la campagne, nous n’étions même pas sûrs d’arriver au premier palier, et au final le budget a été atteint en 15 jours seulement. Lorsque nous avons signé avec AdArcA Records en milieu d’année, il était clair dès le début que tout cela serait à notre charge, mais qu’en échange nous aurions un contrôle total sur notre musique et surtout sur l’album. En fait, l’idée du crowdfunding nous est venue très tôt : l’industrie du disque a fondamentalement changé, et il nous paraissait beaucoup plus judicieux de se donner à fond quelques temps pour permettre la sortie du disque plutôt que de confier ça à une maison de disque qui ferait de toute façon la moitié du travail et ne nous reverserait pas un centime. Une fois l’album dans la boite, nous avons cherché un label, mais sans trop se casser la tête, car on ne voulait pas se retrouver avec un contrat comme j’en avais déjà eu beaucoup auparavant. Figure-toi qu’il m’est même déjà arrivé de rédiger les plaquettes promo de mon groupe alors que le label avait un service communication. Un comble non ? AdArcA, avec son statut, nous donne une certaine légitimité, notamment en ce qui concerne les professionnels du secteur (magazines, tourneurs, etc), mais nous décidons de tout ce que nous faisons dans l’intérêt du groupe. Bref, aujourd’hui, en échange d’un peu de travail, le disque est prêt à sortir, et nous n’avons pas à rendre de compte à une maison de disques qui ne te donne pas les chiffres de tes ventes ou t’obliges à acheter tes propres albums (du vécu encore une fois). Je pense que le jeu en vaut largement la chandelle.

14. Alors vous allez livrer votre album à des fans de votre région ? c’est quoi cette histoire ? ça fonctionne ? et quelle est votre bière préférée (et celle que vous allez apporter bien sûr !) ?

Quand j’ai commencé à réfléchir sur l’organisation de la campagne, j’ai lu les FAQ de Kisskissbankbank de A à Z et les ai tout simplement appliquées à la lettre. Ils conseillaient notamment de ne pas hésiter à mettre des choses un peu farfelues car elles avaient souvent des chances d’être achetées. Je me suis donc bien creusé la tête, car nous n’avions pas vraiment de goodies à donner en cadeau, t-shirts, affiches ou autres. Cette idée d’apporter l’album en main propre m’est venue, je ne sais pas trop comment, ainsi que de proposer à une personne de figurer dans un des artworks du livret. Je t’avoue que nous n’y avons pas cru un instant au début, mais l’idée nous a beaucoup amusés. Au final, la photo dans l’artwork a été achetée le premier jour de la campagne, et nous avons aujourd’hui 5 personnes ayant opté pour une livraison à la maison sur les 10 disponibles. Pour ce qui est des bières, je suis obligé de laisser le choix des armes à mes collègues car je ne bois pas une goutte d’alcool. J’ai pensé proposer de venir avec des sachets de tisane mais quelque chose me dit que ce n’était pas une bonne stratégie !

15. Et maintenant, quels sont les plans du groupe et de ses membres ?

Les plans immédiats sont la promotion de l’album, car même si la campagne de financement arrive à échéance, il y a encore pas mal de travail derrière avant que le cd soit finalement disponible. Pour la suite nous n’avons pas encore vraiment fait de plan, car nous sommes tous très occupés avec nos vies personnelles. Les nouvelles idées de compos arrivent déjà, donc qui sait, peut-être qu’un autre album verra le jour plus rapidement que prévu ! Je t’avoue que si nous avions le temps et l’argent, je ne serais vraiment pas contre tourner un petit clip pour notre morceau « salsa » (bien que techniquement ça ne soit pas de la salsa mais du songo), avec le groupe grimé en big band de jazz !

16. On t’a entendu jouer avec Anthropia , est-ce un featuring ou un projet à part entière ? cette expérience d’aborder des morceaux sous un biais différent est-elle transposable chez DxS (acoustique, jazz, bossa nova ou d’autres aventures ?!) ?

Je ne veux pas te dire de bêtise, mais cela doit faire maintenant pas loin de 8 ou 9 ans que je joue dans Anthropia (ndr : note pour plus tard, revérifier ses infos pour éviter de passer pour une buse !). Damien Rainaud (qui en est d’ailleurs le batteur), encore lui, est en train actuellement de mixer notre troisième album, qui sortira vraisemblablement en début d’année 2014. L’album live acoustique que nous avons sorti il y a quelques temps a été une super aventure. J’ai réalisé une grande partie des arrangements et ça a été à la fois enrichissant et génial à jouer. Nous avons aussi pensé pendant un temps tenter le coup avec DXS, mais les compositions du premier album s’y prêtaient beaucoup moins bien. Même si les nouveaux morceaux seraient peut-être plus adaptés, c’est tout de même beaucoup de travail, alors je ne sais pas si on relancera l’idée. A voir !

17. Merci pour tes réponses, et traditionnellement, on vous laisse les derniers mots, alors à vous de jouer !

Nous souhaitons particulièrement remercier du fond du cœur tous ceux qui ont participé à la campagne de financement de «The Wretched Host », sans qui rien n’aurait été possible. Un grand merci également à U-zine et à toi Jérôme pour l’accueil et la chronique très juste que tu as faite de notre album ! On espère en tous cas que cette interview vous aura donné envie de jeter une oreille sur ce nouveau CD si ce n’est pas déjà fait !

Merci Julien et j'espère que l'on se retrouvera sur les routes de France pour une démonstration live de DXS !