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jeudi 10 juin 2010 - U-Zine

JC Jess

JC, Dick & Ju

U-Zine

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Il y a ces groupes qui semblent vous ramener trente ans en arrière, comme si le temps s’était arrêté et que l’évolution musicale et la mutation métallique n’avaient jamais eu lieu. Parmi eux, on commence à entendre sérieusement parler de JC Jess, groupe du guitariste de Nightmare, œuvrant dans un hard/heavy rafraichissant et clairement taillé pour le live. Sans fioritures et avec une sérieuse envie de coller des coups de « tatanes » dans la fourmilière conformiste du métal actuel, JC Jess s’évertue à créer cette ambiance rock n’roll et couillu qui a, elle, bien disparue avec le temps…

Salut ! Peux-tu te présenter et présenter JC Jess à ceux qui ne connaitraient pas encore le groupe ?

Dick : Hello ! Bon alors JC JESS c’est à la base le projet solo de JC, d’où le nom du projet, avec lequel il a pu sortir deux albums « Matter In your Hand » et « Wake of The Dead ». En parallèle, une formation taillée pour le live a dû être mise sur pied avec les membres actuels, et c’est après de nombreux concerts qu’on a donc décidé de former un vrai groupe, et l’EP « Extratime » fraichement sorti témoigne du travail du groupe.
Le style général de la musique tourne autour du heavy/hard bien couillu, mais avec la mention « décapsulage de fions » qui est notre spécialité !

Juju : Après toutes les déceptions que JC avait connues avec ses anciens groupes, ça a été difficile de le convaincre de re-signer avec nous, surtout qu’il aimait beaucoup sa place de patron ! Mais il s’est rendu à l’évidence, on avance plus facilement quand on est tous dans le même bateau et motivé. Et puis… c’est toujours un peu lui le patron (on lui fait croire pour qu’il soit content !).

Quels ont été les retours de Wake of the Dead ?

Dick : Et bien, on peut dire qu’ils ont été partagés. Dans un premier temps, certains fans qui suivaient le groupe depuis le premier album ont été un peu surpris de Wake of the Dead. En effet, pour « Matter in your Hand », les gens ont apprécié le caractère direct des chansons de cet album. Mais ça c’était avant, maintenant dès que tu arrives sur scène en balançant un « Wake of the Dead » ou un « Just on You », c’est le pogo et la bouillie de cervicales assurés. Wake of the Dead s’est maintenant fait une bonne place au sein de nos fans. Pour les critiques, c’est comme tout, il y en a qui en diront du très bon, et d’autres qui sortiront toujours le même refrain sur l’originalité, la vieillerie du style etc. Mais ce qui est aussi très ressorti c’est qu’il était plus difficile d’accès…

J.C. : D'une manière générale, les critiques ont plus apprécié le « wake of the dead » qui était moins léger et plus consistant, mais forcément plus long à assimiler pour le public qui aimait le côté simple et direct du premier. C'est vrai que le passage en live des morceaux leur a donné toute leur ampleur.

Juju : C’est vrai que « Wake of the dead » est un album beaucoup plus sombre que « Matter in your hand », en témoigne la pochette que personne n’a aimée au passage. Il est ressorti aussi que les morceaux étaient très variés, voir trop, on nous a dit qu’on se cherchait ou même que l’on s’égarait. Mais la vérité c’est que Wake of the dead est un album qu’il faut écouter et pas seulement entendre, et durant lequel, à mon sens, on ne peut pas s’ennuyer.

Avez-vous pu tourner convenablement pour le promouvoir ?

Dick : Et bien après chaque groupe se fixe son objectif afin de dire si oui ou non il a tourné assez pour son nouvel album. Ce que je peux te dire c’est que notre nombre de concerts par an ne fait qu’augmenter depuis le début, on bouge de plus en plus et ca c’est vraiment cool car on ne va pas pouvoir rester enfermés dans nos montagnes éternellement. C’est pourquoi aujourd’hui, en plus des concerts qu’on choppe régulièrement chez nous, on s’organise pour se bouger le cul un peu partout : on a pour l’instant bien bougé dans l’ouest de la France en passant par Rennes ou Nantes, quelques fois dans le sud à Marseille, mais aussi dans le nord de la France où on a pu rencontrer nos potes d’Arès (salutations au « Poussif » et à ses sous-fifres au passage !!!), ainsi que les grandes villes de notre coin comme Lyon ou Saint-Etienne. Donc on peut dire que d’une manière générale on commence à pouvoir bien bouger, mais il reste encore des coins inexplorés, problème auquel il faudra vite remédier !!

Juju : On sera bientôt chez nos amis les ch’tis ! J’espère que y’aura des frites et surtout de la moule !!(rires)

Le fait d’avoir dans vos rangs le guitariste d’un groupe bien plus important que vous (en l’occurrence Nightmare) est-il un réel avantage ?

Dick : Et bien, de toutes manières le souci, groupe plus important ou pas, c’est toujours l’emploi du temps... Quand tu as des musiciens qui ont plusieurs projets, il faut que tu organises le travail du groupe avec tout ca, et c’est ce qui est le plus dur. Maintenant, il vaut mieux demander l’avis de la personne concernée !!!!

Ju : Bon c’est vrai que je fais aussi partie d’une petite formation jazz, mais de la à dire que c’est bien plus important que JC Jess … (rires)

J.C. C'est sûr que concernant l'emploi du temps ce n'est pas vraiment un avantage. Cela dit ça nous apporte au niveau du business car on voit comment ça se passe plus haut et ça nous aide à ne pas faire d'erreur à ce niveau.

Vous avez un son très roots et old school. Est-ce une manière de vous différenciez du heavy metal actuel, souvent très propre et mélodique, ou un réel état d’esprit appartenant aux années passées ?

Dick : C’est vrai qu’on a fait cet EP dans l’idée d’avoir un son très roots, bien comme il faut. C’est vrai qu’on aurait pu enregistrer la batterie avec le nouveau matériel de Trig qu’on connait aujourd’hui, et brancher les grattes dans un POD et tout masteriser sur PC avec 2 ou 3 plugins piratés ; on aurait eu à peu de choses près le son de la plupart des prods d’aujourd’hui…mais c’est vrai que ce n’est pas l’esprit du groupe, on a tous de près ou de loin baigner dans le heavy ou le hard des années 80/90… Et pour tout ça c’est pas l’ingé son qui va me contredire n’est ce pas … ?

J.C. : Le groupe est né sur les planches et est incontestablement un groupe de live. Il est donc très important que la prod le reflète. C'est pourquoi on a tenu à enregistrer les musiciens avec une vraie batterie acoustique et des vrais amplis. On n' a pas utilisé de midi et tout ce qu'il y a sur l'E.P. a été joué ! On n' a pas voulu aseptisé le son en compressant de trop pour donner un peu l'impression que le groupe est en face de toi quand tu écoutes le CD. Après on verra pour le prochain !

Comment vous situez-vous vis-à-vis de la scène française actuelle, souvent très extrême et avant-gardiste, ou plus typiquement black ? Il doit y avoir peu de place pour un groupe comme JC Jess non ?

Dick : Ah oui, la scène métal française…c’est compliqué tout ca. C’est assez déprimant de voir que le heavy en France est si délaissé que ca…je veux dire, tu cherches à organiser des concerts un peu partout et tu ne trouves que des groupes d’extrême !!! Tu ne trouves plus de groupes pour renouveler le style, les seuls groupes que tu trouves sont des formations qui ont déjà quelques années d’expérience. En même temps, le style est tellement descendu la plupart du temps par la critique en général par son manque d’originalité et tout le baratin qui suit lorsqu’il s’agit d’un groupe national ou local qui évolue dans ce style, ca doit décourager plus d’un groupe de s’engager là-dedans, et en parallèle les fans de metal ne s’orientent plus vers ce style au profit du metal extrême a priori plus original, qui tournerait moins en rond…
Donc pour un groupe comme nous c’est évident que c’est compliqué…Maintenant un vrai fan de heavy ou un métalleux pas trop fermé d’esprit ne s’y trompera pas et trouvera son compte chez JC Jess !!

Juju : J’ai pas dû bien comprendre la question… Si tout le monde fait du black ou de l’extrême, on a toute la place qu’on veut non ? (rires)

J.C. : Je ne pense pas que le heavy soit moins original que l'extrême. Ce dernier a également été tourné dans tout les sens et compte énormément de groupes qui font la même chose. La nouveauté se résume souvent aux différents sons de clavier utilisés, ou au fait d'utiliser un orchestre ou un accordéon... L'originalité passe aussi par la personnalité et dans l'interprétation. Heureusement il reste quand même des fans de heavy en France et l'avantage pour nous qui faisons une sorte de « hard-heavy », c'est qu'il nous arrive de toucher un public à priori non métal et qui nous disent : « c'est super ce que vous faites, moi je croyais que le métal c'était que des beuglements et du bruit ».

Pourquoi avoir sorti un ep après deux albums et ne pas avoir attendu un peu d’avoir assez de matériel pour un album longue durée ?

Dick : C’est à cause de nos fans locaux ca héhé… On avait beau montrer nos culs sur scène rien n’y a fait, il fallait renouveler un peu notre set-list et envoyer des morceaux qui chient car on était menacé de jouer devant un public qui refuserait de foutre le bordel à nos concerts en guise de manifestation de leur volonté de nouveaux morceaux…c’est qu’on a des fans locaux très exigeants !!! Bon ensuite, l’autre vrai raison, c’est que comme tu peux le constater « Extratime » est le travail du groupe, donc c’est une première, et on interview JC Jessne peut pas dire que le style de notre musique soit homogène et allant dans une direction bien déterminé. Et cet EP nous permet de balancer 5 titres qui n’auraient peut être pas tous eu leur place sur un album longue durée du fait des trop grandes différences de style entre ces titres.

J.C. : Oui et de plus ça nous fait un coup d'essai ! Je rappelle que pour Dick et Juju, il s'agissait de leur première expérience studio donc commencer par un E.P. était peut être plus sage.

Où avez-vous enregistré ExtraTime ?

Dick : Aha c’est l’heure d’un petit spot publicitaire…

J.C. : On l'a enregistré chez moi au Savern'Studio. J'ai pu monter cette structure et c'est très pratique pour le groupe. De plus on peut travailler dans une ambiance très cool et sans pression.
 

Le visuel de la pochette est assez étrange. Peux-tu nous en dire un peu plus à son sujet ?

Dick : aha c’est toujours marrant de voir que depuis le début du groupe, les pochettes sont tout le temps vivement critiquées !!! En fait, la pochette est en rapport avec la chanson qui porte le titre de l’EP. Extratime parle donc d’un condamné à mort (d’où la chaise électrique dans cette pièce blanche…) avec cette petite pendule qui traine accrochée au mur…Et si tu prends le rond de CD tu pourras remarquer qu’il représente le cadran d’une horloge mais qui comporte 13 heures au lieu de 12, ce qui représente le fameux « extratime », bonus de temps que tout le monde voudrait…

Juju : Etrange ? C’est sympa. Tous les autres disent qu’elle est carrément pourrie. (rires)

J.C. Je tiens à dire que j'étais contre le fait d'avoir une pochette blanche mais j'ai dû me plier à la majorité. Mais bon c'est vrai que c'est plus pratique pour signer et j'ai quand même pu placer une tête de mort !

Où en êtes-vous au niveau contractuel ?

J.C. : On travaille avec Brennus pour la distrib mais on fait beaucoup en autoprod. En effet les propositions qu'on a reçu n'étaient pas intéressantes et à notre niveau, c'est plus avantageux. Avec l'état du marché du disque, les labels n'ont plus de budget et ne peuvent plus investir sur des groupes inconnus. Il faut donc trouver des solutions et le fait de faire beaucoup par nous même nous assure plus de contrôle et de retombées financières.
Cela dit on continue à démarcher à chaque sortie de disque et on ne sait jamais ce qui pourrait tomber.

On sent bien que vous n’êtes pas là pour révolutionner le métal mais bel et bien pour prendre du bon temps et jouer avec vos tripes ce qui vous tient à cœur. Dans cette optique, que penses-tu des groupes qui préfèrent le luxe de surfer sur un phénomène de mode plutôt que de proposer quelque chose de plus sincère ?

Juju : Ils prennent le chemin de la facilité, mais les phénomènes de mode ne durent qu’un temps. Le bon gros heavy bien couillu à peut-être moins la côte, mais son goût se transmet de génération en génération…

J.C. : Personnellement j'ai eu beaucoup d'expériences musicales allant du blues avec cuivres au black symphonique en passant par le prog. Cela dit en tant que chanteur et artistiquement je suis obligé d'être sincère et authentique si on veut être crédible, et c'est pour ça que je suis revenu au Heavy. C'est vrai qu'à chaque mode on voit énormément de groupes s'engouffrer dedans, ce n'est pas forcément une facilité, c'est juste qu'ils veulent faire la même musique que leurs groupes préférés.
Pour la révolution, on n'a pas la prétention de vouloir inventer un style, mais de le faire vivre et évoluer avec notre vision et interprétation de musiciens actuels. Il y avait eu le heavy à dragon et le heavy à beaux gosses dans les années 90, le notre est plus teinté hard, authentique et orienté live. C'est vrai qu'on a des détracteurs par rapport à ce style, mais je pense que cela vient du fait qu'il est plus ancien que les autres. Si l'on doit arrêter d'en faire et n'écouter que ce qui est sorti dans le passé ça serait bien malheureux, et dans ce cas il faudrait aussi arrêter de faire du blues, du rock et du hard-rock, et tout le monde se retrouverait à faire du death-core (rires).

Je te laisse le mot de la fin…

J.C. : Merci à tous de l'intérêt pour le groupe, on bosse dur pour vous divertir alors n'hésitez pas à nous soutenir, et rendez vous aux concerts pour découvrir J.C.JESS prendre toute sa dimension !

au groupe entier pour sa disponibilité