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lundi 22 octobre 2007 - U-Zine

Sael

Raphaël

U-Zine

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Après la sortie du nouveau EP "Océan" sur Pictonian Records, quelques questions ont été posées au guitariste et fondateur du groupe, Raphaël.

U-zine.net : Salut Raphaël. Pour se débarrasser des questions fatidiques : peux-tu te présenter toi et ton groupe et passer en revue les évènements qui ont marqué le parcours de Sael ? Quelles sont tes influences, tes classiques, et quelle(s) raison(s) t'a/t'ont poussé à nommer ton projet "Sael" ?

Raphaël : Alors pour mettre les choses au clair, j'espère une fois pour toutes, le groupe s'appelle Sael, et pas « Sahel ». Parce qu'avec les chroniques d'océan, entre les plaisantins et les analphabètes, on en est arrivés a un stade ou les gens croient qu'on a appelé le groupe comme ça en référence au desert. Or n'importe quelle personne suffisamment lettrée pour pouvoir écrire son prénom sans faire de ratures aura bien compris qu'il n'en est rien. Le nom du groupe est en fait un acronyme en allemand (le groupe a été fondé en Allemagne) personnel et maladroit que je n'ai pas jugé necessaire d'expliciter et que je n'expliciterai pas, maintenant le groupe s'appelle comme ça et ne changera pas de nom.

Donc, comme je disais (désolé de m'emporter, mais certaines choses sont agaçantes à la longue), le groupe a été fondé à Munich vers l'hiver 2003 avec les deux membres d' Odem Arcarum, on a enregistré une démo sur place, puis je suis rentré en France, on a monté un nouveau line up avec des gens d'Asmodée et Joachim, avec qui je jouais déjà dans Annthennath. Avec ce line up on a enregistré un split avec Azaghal, puis Océan, après avoir été rejoints par Serge et Matthieu. Matthieu a ensuite remplacé Thomas à la basse, et on enregistre actuellement notre premier longue durée.
Concernant les influences, quand le groupe s'est monté, elles tournaient essentiellement autour de Darkthrone et Burzum, non pas que j'écoutais que ça, mais la volonté était de produire une musique assez basique, proche du black metal norvégien du début des 90ies. Au fur et à mesure des années, les influences se sont élargies de plus en plus (essentiellement au metal tout de même), et c'est au finale un schéma plutôt classique. Je ne pense pas que le groupe se soit encore dissocié de ses influences, mais avec le temps, on affine de plus en plus notre personnalité musicale, je ne sais pas quand le processus aboutira, mais on ne presse pas les choses, elles arriveront naturellement.

Mes « classiques » sont trop nombreux pour en donner la liste complète ... en black metal je dirai que Satanic Art de Dodheimsgard, Eld de Enslaved, Transylvanian Hunger de Darkthrone, et Written in Waters de Ved Buens Ende, sont des albums que j'écoute encore aujourd'hui avec le même plaisir que quand je les ai découverts, et qui continuent à m'influencer.

B. : Actuellement, vous avez enregistré une démo, un split et cette année, un EP qui s'intitule "Océan"... Le EP est apparu chez le label Pictonian Records qui, je suppose, est assez récent puisqu'il s'agit de sa première sortie. Et si j'ai bien compris, c'est le label de Vincent, le batteur du groupe... Depuis combien de temps existe ce label et quels sont les avantages de travailler avec ton batteur ?

R. : Il ne s'agit pas de notre batteur, mais d'un ami du groupe qui s'appelle Vincent aussi. Le label a été monté assez récemment et n'a sorti pour le moment qu'Océan, mais c'est également Pictonian qui va sortir The 6th Extinction, notre prochain album et normalement l'album d'Annthennath aussi. Vincent est très motivé, et nous soutient à 100%, moralement et financièrement, donc on est plutôt satisfaits de bosser avec lui. De plus, il habite le même coin que nous, donc si les choses tournaient vinaigre on aurait pas beaucoup de route à faire pour se foutre sur la gueule héhéhé.

B. : Comment s'est déroulé l'enregistrement du disque ?

R. : Mal. C'était long et chiant. Mais on a appris beaucoup de nos (mes) erreurs, et les choses ne pourront que mieux se passer pour le prochain. D'ailleurs les choses avancent beaucoup plus facilement et résolument pour le moment, ce qui me rend plutôt optimiste. Mais on n'est pas encore à l'abri de la malediction qui semble s'être abattue sur nous pour Océan.

B. : Pour l'instant, quels sont les retours que vous avez eu avec ce disque ?

R. : Globalement assez bons, à l'exception de quelques chroniques/avis qui sont assez mitigés. On nous a surtout reproché notre manque d'originalité, notre son ou la durée du Mcd. Mais bon, pour être honnête avec toi, et je pense me faire l'écho de l'avis général (tacite) en te disant ça, on a souvent l'impression du côté des musiciens de ne pas parler le même langage que les chroniqueurs. Et même dans des chroniques très élogieuses, je ne reconnais parfois ni le groupe ni l'album. J'en veux pour preuve la liste invraisemblable et baroque de groupes auxquels on a été comparés, ou auxquels on nous a accusé d'avoir « tout pompé » comme cela l'a été dit dans une chronique récente.

Ceci dit, nous n'avons pas à nous plaindre jusqu'à présent, et on ne se plaint pas. Recevoir des mauvaises chroniques, ou entendre des avis allant dans ce sens fait partie du jeu, et notre but n'est pas, loin de là, d'obtenir un consensus. On prete au final une attention modérée à tout ces retours, même si, bien évidemment, une bonne chronique fait toujours plaisir, et qu'une mauvaise est toujours déplaisante à recevoir.

B. : Si tu devais résumer "Océan" en trois mots ?

R. : J'en sais rien, je n'ai pas de disposition innée pour le marketing, alors je ne trouverai pas de slogan choc pour en faire un best seller. A dire vrai je suis passé à la suite depuis un bon moment, car Océan n'est sorti qu'en 2007, mais l'enregistrement a commencé en 2004/5 (je ne sais plus trop) et les compos dataient pour l'essentiel de mon séjour en Allemagne, donc je ne suis plus vraiment « dans le bain » si tu veux. Je me concentre plus sur la suite dorénavant. Je suis satisfait de ce disque, et de l'avoir sorti, mais la page est tournée depuis un bon moment pour moi.

B. : Je suis passée sur votre page myspace et j'ai écouté votre reprise d'Ulver qui devrait apparaître sur un tribute dédié au groupe. Pour que vous fassiez une reprise, j'imagine que c'est l'un de vos groupes favoris... Comment s'est passé l'affaire ? Est-ce que le tribute est déjà disponible ou est-ce qu'il n'est pas encore sorti ?

R. : C'est le batteur de Smohalla (excellent groupe dont je vous conseille la découverte si vous ne connaissez pas déjà) qui nous a parlé du plan. On s'est bien évidemment jetés sur l'occasion, Ulver étant une de nos influences, et un groupe que je respecte pour l'intégralité de sa discographie et de sa démarche. Faire des reprises est un exercice qui m'a toujours tenté, mais les occasions ne s'étaient pas présentées jusqu'à ce tribute. C'est en tous cas un exercice que j'aimerai renouveler.
Concernant la sortie, si j'ai bien tout compris, le tribute devrait d'abord sortir gratuitement sur le net (vers la mi décembre il me semble), puis en mai 2008 sous la forme d'un double cd. Les informations sont centralisées sur cette page : http://www.myspace.com/asphasph
Il s'agira d'un tribute essentiellement underground, avec peu de pointures, mais d'après ce que j'ai pu écouter jusqu'à présent du travail des autres groupes, il devrait valoir le détour.

B. : Quels sont vos projets, maintenant, avec Sael ?

R. : On est en ce moment en plein enregistrement du prochain album. Pour le moment la batterie et la basse ont été enregistrées, et le son promet d'être bien meilleur que pour Océan. C'est Xort du Drudenhaus qui s'est chargé de l'enregistrement de la batterie et qui mixera l'album, et crois moi, il fait des miracles. Je suis très optimiste quant au son de l'album. L'enregistrement des guitares devrait avoir lieu cet hiver, et le chant suivra.
Toutes prétentions gardées, cet album devrait être bien supérieur à Océan. les compos sont meilleures, plus affinées, mieux arrangées, elles auront un son plus adapté, je suis très content de la tournure que prennent les choses. Concernant les influences, le spectre s'est encore élargi, et je ne doute pas qu'on laisse du monde sur le pavé parmi les gens qui ont aimé le premier. La priorité absolue pendant le processus de composition et d'arrangement a été de soigner les ambiances. On s'appesantit plus sur certains passages qui nous semblaient clé, en gardant un peu ce côté transitions brutales qu'il y avait dans le mini Mais globalement, tout est mieux amené. On table pour le moment sur une sortie vers le printemps prochain, mais sous reserve que tout se déroule comme prévu bien sûr.
On prévoit aussi de ré-enregistrer la démo avec les musiciens d'Odem Arcarum pour fermer ce chapitre une fois pour toutes sur une note positive, en corrigeant tous les défauts qu'elle avait (son&interprétation) et en rendant justice aux morceaux une fois pour toutes. Cet enregistrement devrait comporter quelques bonus, comme deux morceaux d' « époque » jamais enregistrés, et éventuellement deux morceaux inédits issus des sessions d'Océan. Je ne sais pas encore sous quel format sortira cet enregistrement, mais j'aimerai assez en faire un cd de bonus pour une édition limitée du prochain album ... rien n'est encore décidé à ce propos, on verra.
Sinon parmi les projets qui aboutiront peut être un jour, j'aimerai enregistrer un 7" acoustique, avec uniquement de la guitare et du chant (un peu dans l'esprit du Kveldssang pour en revenir à Ulver, mais sans côté folk), et éventuellement quelques autres instruments (flute, violon, mellotron ...). Là aussi le projet est assez vague, et la priorité absolue reste l'album.

B. : Au sein du groupe, vous jouez tous dans une ou plusieurs autres formations... Vous avez le temps de gérer ? Est-ce que ça ne pose pas trop de problèmes ?

R. : Sisi, c'est infernal même. A nous tous, on cumule 12 groupes en comptant Sael, donc jongler avec les plannings et les disponibilités de chacun relève souvent du chemin de croix. Cela contribue à expliquer pourquoi sortir un album nous prends autant de temps (entre autres raisons). On pense de plus en plus à faire quelques concerts dans un futur incertain ... les choses risquent d'être particulièrement pénibles à organiser.

B. : Qu'est-ce que tu écoutes, en ce moment ? Quels sont les groupes qui ont attiré ton attention dernièrement ?

R. : Dans les sorties récentes, j'ai été assez enthousiasmé par le Dernier Negura Bunget (Om), l'album de Obscurus Advocam et le dernier Glorior Belli. Mais je ne me tiens pas très au courant des dernières sorties, et mes achats tournent bien plus souvent autour de vieux classiques qui manquent à ma discothèque que de nouveautés. Nourrir une discothèque coûte cher, et quand tu n'écoutes pas de mp3 ni de copies comme moi, les choses prennent du temps.

B. : Est-ce que tu n'écoutes rien d'autres que du métal ou y a-t-il d'autres genres de musique que tu apprécies ?

R. : Si tu veux, je ne connais que deux sortes de musiques, la bonne et la mauvaise, j'écoute de tout, sans restrictions aucune. Ma décennie de prédilection reste les 70ies, que ce soit pour le rock progressif, psychédélique, ou pour le heavy metal embryonnaire, mais mon horizon musical est très large. Quand j'écoute de la musique, je peux passer de Nina Simone à Grim Reaper, d'Europe et Morbid Angel ou de Negura Bunget à Scorpions sans aucune transition, je ne m'embarrasse pas de commandements de caste, j'écoute ce qui me plait quand j'en ai envie, point.

B. : Vous avez de bons groupes de BM, par chez vous ?

R. : A mon goût oui, plutôt, qu'il s'agisse de Asmodée, Malleus Maleficarum, d'Acarus Sarcopt, ou encore d' Angmar, je trouve que la région est relativement bien fournie, peu de groupes, mais rarement mauvais. Mais bon je suis assez mal placé pour en parler en toute objectivité car il y a assez peu de musiciens au final dans tous ces groupes, et tout le monde joue dans le groupe d'un autre, etc.

B. : Qu'est-ce que tu penses de la scène black metal française actuelle, si tu la compares à la scène en Allemagne, par exemple ? D'après votre biographie, tu y as vécu quelques temps et ce serait même là que tu aurais créé Sael...

J'ai pas vraiment une conscience nationale de scène ... et je ne me tiens de toutes façons pas suffisamment informé pour donner un jugement péremptoire sur telle ou telle scène. Je sais qu'il existe de très bons groupes en France et en Allemagne aussi ... mon raisonnement ne va pas plus loin, désolé. En revanche pour ce qui est de l'affluence au concert, du public et de son attitude, il n'y a pas photo. La France s'attarde dans une crise d'adolescence imbécile et est peuplée de posers, et même si la situation est loin d'être idyllique en Allemagne, elle est je t'assure bien différente. Si tu es allé(e) par exemple au Hellfest et au Wacken, je pense que tu vois très bien de quoi je veux parler.

B. : Est-ce tu lis des fanzines ? Si la réponse est non, pourquoi ? C'est que tu n'en vois pas l'intérêt, que tu n'en as rien à foutre... Ou peut-être qu'aucun fanzine n'a réussi à t'intéresser jusqu'à présent ? Si la réponse est oui, est-ce qu'il y en a qui te bottent le cul ?

R. : J'ai jamais vraiment fait l'effort de m'intéresser à la presse metal underground ... d'où le fait que je ne sois pas très au courant de ce qui s'y passe. Je suis quoiqu'il arrive plus attiré par la presse papier (fanzine) que par les webzines mais ça fait tellement longtemps que je n'en ai pas acheté que je ne saurai même pas te dire quels titres existent encore.

B. : Quoi de neuf avec ton autre projet Annthennath ?

R. : Un album est en préparation depuis un moment déjà. Il sera constitué pour moitié de plages ambiantes et drone, et pour l'autre moitié de black metal assez rapide et violent ... le processus est très lent, je ne peux donc pas te dire combien de temps les choses vont nous prendre et donc quand ça sortira. Toutes les plages ambiantes sont composées et enregistrées, mais il reste pas mal de travail encore sur le reste. Nous sommes en tous cas désormais quatre, car Julien de Withdrawn/Diskarial nous a rejoint à la batterie, et Welkin de Angmar à la basse. Là encore, la logistique est très rude à mettre en place pour des enregistrements, donc quoiqu'il arrive, cet album mettra du temps à être terminé.

B. : Je te laisse les derniers mots.

R. : Merci pour ton interview.

RH.

Merci à Raphaël pour le temps qu'il a consacré à répondre à mes questions.