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mercredi 22 août 2007 - U-Zine

Arkhon Infaustus

DevianT

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Le quatrième album d'Arkhon Infaustus étant sorti depuis trois mois maintenant, U-zine a décidé d'interviewer le guitariste/chanteur du groupe, DevianT.

U-zine.net : Salut à toi, commençons par quelques questions banales... Pour ceux qui ne vous connaissent toujours pas, pourrais-tu te présenter et nous parler un peu d'Arkhon Infaustus ? Relater les grands événements qui ont marqué l'histoire de votre groupe... Ou nous dire pourquoi vous avez choisi le nom "Arkhon Infaustus", par exemple. Comment avez-vous eu l'idée de créer le groupe, quelle relation entretiens-tu avec les autres membres du groupe ? Quels sont/ont été vos influences (musicales ou autres...) ? Enfin bref, comme tu veux.

DevianT : Nous sommes Arkhon Infaustus, groupe de Black Death metal satanique. Créé par moi-même par besoin d’exutoire. Nous avons derrière nous 1 MCD : « in Sperma Infernum », 3 albums : « Hell Injection », « Filth Catalyst », « Perdition Insanabilis » et quelques EPs. Osmose productions sort actuellement « Orthodoxyn », notre 4eme album en CD, LP et Digibook limité.
Nous avons fait 4 tournées européennes avec Mortician, Vader, Deicide et Belphegor.
Arkhon Infaustus est un mélange de latin et de grec et est, pour nous, un des nombreux noms de SATAN.

Brünnhilde : De quoi parlent les textes de votre nouvel opus et de manière générale, qui se charge de les écrire ? Par ailleurs, pourquoi avez-vous nommé votre album Orthodoxyn ?

D. : Le néologisme Orthodoxyn part du terme « Orthodoxy of synn », « Synn » étant l’ancien anglais du mot « Sin ». L’Orthodoxie du péché. Cela correspond nettement à notre façon de vivre. Mais nous pouvons aussi l’interpréter ainsi : Orthodoxie et Toxine.
L’album parle de notre attachement pour notre Seigneur Satan. Il évoque sa réalité selon les différentes perceptions qui peuvent l’entourer. Du Magnificat à l’ouverture quantique, Arkhon Infaustus se pose en Apôtre absolu du Mal. Nous traitons de la difformité du Tao et des liens de Babylone entre la perception des divinités et les chemins terrestres et spirituels. La mort et la béatification dans la chair dévorée ou encore dans la re-sanctification de Judas Iscariot. Il est impossible de traiter autant de sujets en si peu de temps. Nous mettons dans chaque élément d’Arkhon Infaustus tellement de sens, que pour nous, chaque album, chaque morceau, chaque riff, chaque mot, est un tout, lourd de sens et de réalité.

B. : Selon toi, quelles différences et quelles similitudes y a-t-il entre Orthodoxyn et Perdition Insanabilis ? Comment s'est déroulé l'enregistrement de l'album ?

D. : Pour nous « Orthodoxyn » est la suite logique de « Perdition Insanabilis », la principale différence fut dans la manière d’aborder le son, nous voulions absolument partir sur quelque chose de beaucoup plus organique et violent. Nous avons enregistré volontairement les trois précédents albums de la même manière, en allant dans la même direction. Il était temps de changer cette direction car au final notre son ne nous permettait pas de mettre à la surface toute notre musique. Notre style n’a pas changé, il a bien sur évolué, mais c’est juste qu’avant le son n’était pas assez clair pour y comprendre tous les riffs. Notre démarche au final à été beaucoup plus «rock’n roll» que metal sans bien sur nous écarter de notre objectif : faire d’Orthodoxyn l’album le plus sombre d’Arkhon Infaustus.


B. : Si je ne me trompe pas, vous avez signé chez Osmose juste avant la sortie de votre premier opus, Hell Injection, en 2001. Concrètement, quel rôle Osmose a-t-il joué pour Arkhon Infaustus ? Quels changements avez-vous connu entre l'époque où vous n’étiez pas chez Osmose et la période qui a suivie votre signature avec eux ?

D. : Tout a été très vite pour nous, entre la création et la mise en place du groupe, l’enregistrement de la démo, sa réédition en MCD sur Mordgrimm rec., le changement de line up (batteur), l’enregistrement du EP Dead Cunt Maniac sur SPK et notre signature sur Osmose en 2000 il ne s’est passé que 3 ans et nous avions déjà un album presque prêt.
Osmose a placé toute leur confiance en nous et nous soutient depuis le début. Nous n’aurions pas eu un tel parcours sans eux.

B. : Vos oeuvres s'ouvrent au black et au death. Quel est le genre que tu affectionnes le plus ?

D. : Le Black Metal. L’underground bien sûr, le sincère. C’est ce qui correspond le plus à mon idéologie.

B. : Maintenant qu'Orthodoxyn est "dans les bacs", quels sont vos projets ? Un nouvel album est-il déjà en route ? Avez-vous des concerts de prévus ? Comptez-vous continuer avec Osmose ?

D. : Il est apparemment prévu un 5eme album sur Osmose, au vu de notre contrat. Mais pour l’instant nous sommes en « pause ». Je travaille actuellement sur un projet parallèle et devrait sortir cette année un Mcd suivit d’un album.

B. : Dans de nombreuses interviews, tu affirmes explicitement que tu es sataniste, que tu es croyant et que tu "vis" le satanisme... Quelle est ta propre définition du satanisme ? Comment vis-tu le satanisme ? Depuis quand es-tu sataniste et pourquoi ? Y a-t-il éventuellement des auteurs ou tout simplement des personnages qui t'ont amené à te "convertir", en quelques sortes, à cette religion ?

D. : Je ne suis pas sûr que cela puisse vraiment s’expliquer. C’est quelque chose que tu as en toi depuis le jour ou tu te rends compte de ta conscience. Elle s’est développée à mon adolescence, peut être vers 13 ou 14 ans, mais je ne pouvais pas l’assumer car ton amour pour Satan quand tu es jeune est quelque chose que tu ne peux pas cerner ni comprendre. La musique et des groupes comme Acheron ou Deicide m’ont permis de pouvoir l’accepter pleinement. Ensuite j’ai intégré une secte durant plusieurs années ou j’ai beaucoup pratiqué. Entre autre avec Torturer car c’est là que nous nous sommes rencontrés. A l’époque le Satanisme n’était absolument pas développé comme aujourd’hui. Actuellement n’importe quel trou du cul qui a son groupe de black metal porte sa petite croix inversée et son petit pentagramme parce que c’est un vrai rebelle et que de toute façon les chrétiens c’est pas bien. A l’époque porter de tels symboles avait une véritable signification, ce n’était pas anodin. Ca impliquait quelque chose de réellement profond et de, pour ainsi dire, irréversible.
La spécificité du Satanisme est qu’elle va à l’inverse de tous les autres dogmes même si bien sur on y retrouve le côté rituel chez certain car ça ne peut pas non plus aller que dans un sens, tu ne peux pas à la fois demander quelque chose et ne pas offrir une part de ton âme et énergie en offrande. Pour revenir à l’idéologie du satanisme en quelques mots, je dirais que c’est une religion qui rejette une norme pré établie par l’homme, homme(s) qui se sont permis de parler au nom d’un Dieu, qui ont établi une morale pour canaliser les masses, sans parler de la raison économique. Le Satanisme c’est la recherche sans fin de choses nouvelles, d’expériences intérieures, de noirceur, de chute, c’est la liberté de répondre à son propre instinct, de ne pas avoir de limite dans la recherche de son plaisir même si la plupart du temps c’est destructeur. L’homme est une merde, à quoi bon vivre 80 ans à ses côtés.

B. : Arkhon Infaustus est perçu comme un groupe contre le christianisme. Selon Michel Houellebecq, et c'est une phrase qui lui a valu bien des critiques, « La religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré. » Doit-on comprendre qu'à l'inverse de Houellebecq, vous êtes totalement anti-chrétiens et que vous considérez le christianisme comme "la pire des religions" ? Ou, au contraire, vous estimez que toutes les institutions religieuses sont "la même merde", pour ainsi dire, et qu'Arkhon Infaustus crache autant sur le christianisme, que sur le judaïsme, que sur l'islam... ?

D. : Les propos de Houellebecq ont mal été interprétés, du moins exagérés. S’il avait dit la même chose sur le Christianisme pas un de ses connards de journaliste n’auraient levé le petit doigt. On est aussi effondré à la lecture de la bible. Dans aucun de ses livres Houellebecq nous montre sont attachement à une quelconque religion, bien au contraire, ses/son personnage est le plus souvent en chute libre et ne se rattrape à rien. La France est devenu un pays de tabous. Il y a vingt ans les choses étaient différentes, pour preuves tu peux lire ou écouter du Desproges ou même du Coluches qui avaient des discours bien plus crus et extrêmes cachés derrière de l’humour. Mais ce qui faisait rire et applaudir les gens dans la salle s’était la vérité cachée derrière cet humour. Nous sommes dans une démocratie fasciste ou il est mieux vu d’augmenter l’effet de serre et de détruire la planète que de dire que ton voisin polygame te casse les couilles 24h sur 24h à cause du bruit de ses huit gosses non élevés.
Forcement notre histoire, notre culture nous tourne vers le Christianisme qui se trouvait être en Europe la religion la plus présente et donc le symbole de cette moralité/normalité que nous rejetons. Mais au final notre rejet est mondial, quelque soit la race, l’origine, la religion. C’est d’ailleurs pour cela que nous n’utilisons que des symboles satanistes comme le Baphomet et non des croix inversées.

B. : Est-ce que, selon toi, le black metal se doit être forcément sataniste ? Que penses-tu, par exemple, des groupes de black païens ?

D. : Par définition, ce n’est pas de moi, le Black Metal se veut noir. Pour moi le black pagan ou ce genre de conneries n’existent pas. Pourquoi pas du Speed Doom ou du Black Straightedge ?

Voici maintenant quelques questions de l'un des lecteurs du webzine (Inhuman) :

1. Vous êtes un groupe plutôt provocateur, de nombreuses rumeurs circulent à votre sujet, comment réagissez vous face à cela ? La rumeur la plus récurrente est celle selon laquelle vous seriez NS, vrai ou faux ?

D. : Qu’est ce que ça peut lui foutre ? Dire que nous sommes satanistes et que nous voudrions voir 90% de la population mondial disparaître semble moins important qu’on nous colle une image de NS, même si nous ne le sommes pas du tout. Cette question m’a toujours énervé car elle montre l’humain dans toute la splendeur de son hypocrisie.
Non nous ne sommes pas NS car cette idéologie ne nous correspond pas du tout. Il suffit simplement à la personne qui se pose cette question de se servir de son cerveau, si cerveau il y a. Nous sommes satanismes, camés, alcooliques, dépravés et nous avons bien sûr un look tout à fait convenable, en somme nous devons représenter l’élite nationale socialiste. Non ?!

2. Quel est ton point de vue sur le téléchargement illégal ?

D. : L’avenir est peu prometteur pour la musique. Il y a à la fois beaucoup trop de groupes dû à la facilité actuellement de sortir un CD, beaucoup trop de petits labels et plus trop rien d’innovant. Il y a 15 ans on pouvait acheter un album de metal au hasard en n’étant quasiment sûr de tomber sur quelque chose de qualité et de créatif. J’ai l’occasion d’écouter énormément de démos et d’albums de jeunes groupes et, sans être con, je peux te dire que 98% n’a absolument aucun n’intérêt. La scène est complètement noyée, donc le manque d’envie de perdre des centaines d’euros dans des Cds qu’on écoutera qu’une fois pousse forcement au téléchargement. Pour certaines personnes cela devient quelque chose de complètement naturel et avec le temps, s’il n’y a pas de solution d’ici là, ça sera la disparition de la musique alternative et underground au profit de toutes les merdes jetables mais lucratives issues d’émissions comme la star académie ou d’autre aberration du genre. Je pense que les gens n’ont pas conscience de ce qu’il va résulter du téléchargement illégal, la plus part pensent que de toute manière tous les labels et les groupes sont bourrés de tunes. La vérité est qu’actuellement tous les labels, sans exception, se demandent comment ils vont finir l’année.

3. Quels sont les disques qui tournent chez toi actuellement ?

D. : J’adore le dernier Gorgoroth “AMSG” , sinon il y a Gogüs “ Phantomgrave : I am the Catacomb”, Celtic Frost “Monotheist”, Stillhet “Dømt at have sit liv forbrudt”, l’advance de Dead Congregation, l’advance de Sjodogg, l’advance du Dirge, etc… les autres trucs ne sont pas du metal.

4. La scène metal extrême française, vous en pensez quoi ?

D. : Très peu de chose m’intéresse et c’est dommage. Je ne demande qu’à découvrir de vrais groupes sincères, de vrais gars, avec de bonnes idées. Actuellement ce qui tourne le plus dans ma chaîne en groupe français c’est Deathspell Omega, Antaeus et Dirge.

5. D'où vous est venue l'idée de proposer des shows aussi provocateurs, avec pornographie, perversité à la clé ?

D. : Nous ne nous sommes pas posé la question. A l’époque ça ne se faisait pas et je ne sais pas si quelqu’un la fait depuis. On voulait mettre en image notre musique mais pas en film projeté sur un écran blanc derrière la batterie.

6. Certains vous taxent d'opportunistes avec cette attitude "je t'aime moi non plus" avec votre désormais célèbre "nous sommes Arkhon Infaustus, allez vous faire foutre" en début de concert. Qu'en penses-tu ?

D. : Oui et alors ?! Ces gens peuvent continuer à nous taxer d’opportunistes cachés derrière leur anonymat. Il n’y a pas de problème. Par contre cette phrase : "nous sommes Arkhon Infaustus, allez vous faire foutre", j’ai dû la dire une voir peu être deux fois et c’était en rapport à l’attitude du public. En général la phrase que je dis en début de concert depuis plusieurs tournées est « Nous sommes ces putain de bâtards d’Arkhon Infaustus », dû à notre réputation que nous assumons pleinement. Juste pour dire « On sait ce que vous pensez de nous mais nous sommes là, debout et on le restera ». Depuis le comportement du public, surtout à Paris, a beaucoup changé. Notre dernier concert à Paris, au Nouveau Casino, est un de mes meilleurs souvenirs.

7. Y a-t-il des groupes dont vous vous sentez proche spirituellement ?

Nous ne nous sentons proche de personne, nous sommes des personnes assez misanthropes. L’expérience fait que nous avons été trop souvent déçu par des groupes ou des gens qui au final n’étaient pas comme ils le laissaient penser. Nous restons distants mais nous avons malgré tout des influences diverses et variées de tous horizons artistiques.

B. : Merci pour l'interview, la conclusion de cette interview est tienne.

Merci pour ton interview. AMSG.
DevianT

Merci à DevianT et à Inhuman pour ses questions.