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jeudi 19 avril 2007 - U-Zine

Xeöhl

La Pisithanate

U-Zine

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Curieuse formation nous venant de France, Xeöhl nous sort son premier album chez Eisiger Mond Productions. Et pour un premier album, on remarquera que “Un Genre de Noir” a été, jusqu’à présent, fort bien accueilli... Etant donné que cet opus est apparu depuis relativement peu de temps et que le groupe commence à se forger un nom, U-zine a donc décidé d’interviewer Le Pisithanate (basse/chant).

U-zine.net : Salut à toi. Pour commencer, peux-tu nous dresser un bref historique de Xeöhl ? Et si je peux me permettre, où êtes-vous basés ?

LE PISITHANATE : Il y a tout juste dix ans naissait une première mouture de XEOHL, dénommée CULTE NOIR, dans laquelle certains combattants se sont avilis… Avant que ne sombre le frêle esquif, noyé par la torpeur et les vicissitudes de la vie. La mèche s’est à nouveau allumée alors qu’un projet plus stable, plus développé et surtout moins routinier se faisait jour. Les acquis se sont concrétisés durant l’hiver 2004/2005, avec une formation renouvelée –intégrant SECOND SPIRIT à la guitare et EMP à la batterie- et des compositions abouties. Aujourd’hui, chacun vaque à ses propres occupations, est parti habiter loin des autres, nous n’avons donc pas d’attaches fixes.

Brünnhilde : J'imagine qu'à chaque fois que tu acceptes de répondre à une interview, on te pose ces mêmes questions... Mais on n'y échappe pas. Pourquoi Xeöhl ?

LE PISITHANATE : Je ne saurais définir précisément ce qui détermine le sens de cette entité. Ce que je constate, c’est qu’elle m’est apparue comme une vision, un glyphe abstrait ouvrant la voie houleuse du gouffre. Il s’agit d’une force tournoyante et convulsive, âpre et désordonnée, ces caractères étant soulignés par l’aspect écorché de sa prononciation. Son immatérialité est sans phare et sans fard, son fond, insondable, telle la diction de l’innommable.

B. : Vous avez intitulé votre premier album "Un Genre de Noir" ? Que signifie ce titre ?

LE PISITHANATE : Ce titre, à l’instar du nom du groupe, se devait de refléter l’écho de notre singularité, de notre déviance. Notre appartenance à l’obscurité y est évidente, mais, par le truchement d’une recherche esthétique personnelle, l’image en est altérée. Tout devient opaque, flou, imprécis, jusqu’au visuel utilisé, reste calciné en négatif d’un passé devenu terne mais toujours ardent.

B. : "L'Art se meurt d'illusions sur la forme, se nourrit de désillusions sur le fond"... Petite explication s'impose.

LE PISITHANATE : A l’origine, cette phrase ne devait s’offrir qu’à celui qui braverait et traverserait Yog-Sothoth, à savoir ouvrir le boîtier du disque... Le désir de l’artiste n’est-il pas de déclencher la foudre, de relier la terre aux cieux, de démystifier l’inconnu? Cela peut être débattu, toutefois une constante demeure : de l’excitation d’une nouvelle porte enfoncée survient l’inlassable recherche d’une prochaine. Toute la vie de l’humanité repose sur cet échafaudage rouillé, une vérole jamais rassasiée.

B. : Que représente la pochette de ce premier album ?

LE PISITHANATE : C’est un écrin fait de cire, travaillé en négatif. Le résultat est un genre de noir, comme s’il s’agissait d’une teinte de noir occulte et inexistante en notre monde, une couleur tombée du ciel. Cette pochette synthétise et sublime les mots du livret, les maux livrés dans un maelström de circonvolutions stridentes, de pics infranchissables, de froide incandescence. A chacun d’y percevoir le malaise ou de le nier.

B. : Dans vos interviews, vous citez souvent les Légions Noires comme étant vos principales influences. Dans LLN, justement, quels sont les groupes dont vous êtes amateurs ?

LE PISITHANATE : Je parlerais simplement en mon nom. VLAD TEPES, BELKETRE, VERMYAPRE KOMMANDO, SEVISS, VERMETH et quelques autres représentaient bien l’idée musicale qui était alors mienne aux prémices précipices de XEOHL. Leur travail sur les dissonances et la malséance qui s’en dégageait me donnaient un avant-goût de ce qui aboutirait en l’écoute de groupes tels PRESENT, SHUB NIGGURATH, ESKATON, MAGMA, ART ZOYD ou encore ZOIKHEM, entre autres.

B. : J'ai cru lire le nom de Magma dans l'une de vos interviews, ce qui s'avère fort surprenant... La zeuhl est-il un genre qui vous influence ?

LE PISITHANATE : Savoir faire de la musique ne s’improvise pas. Faire fructifier une pluralité de connaissances dans ses divers aspects est une des clefs pour enrichir son vocabulaire. Bien que la référence ne soit pas explicite, si MAGMA n’était jamais passé par mes oreilles, le résultat d’UN GENRE DE NOIR serait vraisemblablement tout autre. Et, depuis que les sonorités de la Zeuhl se sont emparées de ma vision, elles habitent chacune de mes pensées, et donc ma musique. Si XEOHL est à nouveau à même de poursuivre sa spirale inéluctable vers le vide, l’influence sera prépondérante.

B. : Vu qu'on parlait des Légions Noires plus haut, les deux sujets sont liés, finalement... Que penses-tu des gens qui dépensent plein de pognon pour acquérir un "objet de collection" comme une soi-disant première édition d'un album de Mütiilation, par exemple ?

LE PISITHANATE : Je suis moi-même collectionneur, c’est un de mes travers. Selon moi, pour qu’un objet gagne une valeur culte, il doit s’extraire du simpliste phénomène anecdotique et éphémère. Plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte dans le cas que tu mentionnes: la loi de l’offre et de la demande, soumise au diktat du libéralisme économique, le culte de la performance et la singularité que cela suppose, l’effet de mode qui se surajoute ou s’oppose au point précédent, le ressenti développé autour de l’objet, et sans doute une foule d’autres points. Ma réponse est celle-ci: je refuse le langage de l’argent, préférant le message de l’affect.

B. : A l'inverse, quel est ton point de vue sur le téléchargement ?

LE PISITHANATE : Sans nul doute, le téléchargement illégal est une des meilleurs sources de diffusion planétaire d’un média visuel ou sonore. Les majors peuvent bien fustiger les fraudeurs et communiquer sur une situation alarmante, la réalité est que dans le même temps leur chiffre d’affaire n’a cessé de croître. De plus, leur système de téléchargement légal est une vaste fumisterie, sachant que l’acheteur ne possédera qu’un produit virtuel, dépossédé de sa matière tactile et visuelle. Il semblerait à l’inverse que des structures indépendantes en soient victimes, comme l’atteste une partie des protagonistes de ce secteur. L’offre actuelle en terme de sorties de disques est devenue si imposante que découvrir ne s’impose pas, mais se mérite, par un investissement personnel, et, bien souvent, par le biais du téléchargement illégal. Dans mon cas, cela me permet de me faire une idée concrète avant l’achat. J’écoute de plus en plus de fichiers téléchargés et, pourtant, j’achète toujours plus de disques. Le problème se pose selon mes critères en ces termes: souhaite-t’on consommer négligemment du virtuel stérile à outrance, sans s’attarder sur un ensemble cohérent ou, à l’inverse, recherche-t’on une forme d’art totale où le disque s’écoute et se regarde, se vit et se raconte?

B. : Pour en revenir à votre nouvel album, comment définirais-tu "Un Genre de Noir" ?

LE PISITHANATE : De cet album émane une aura crépusculaire, tumultueuse, nauséeuse. Requiem hypnotique, marche funèbre sans rémission, sa matière est à la fois passée et présente, archaïque et contemporaine. Elle lie dans un tout syncrétique l’oppression primaire des premiers groupes norvégiens aux dissonances contrastées et sinueuses d’une certaine scène américaine actuelle. Ce n’est pas une révélation, mais un chant du cygne, un regard fugace sur le passé fangeux du groupe, alors que celui-ci sous pesait l’éventualité prochaine de la réalisation d’un premier album. Il pourrait ainsi susciter le contentement chez tout individu avide d’un métal tranchant et neurasthénique, aux antipodes du carnaval offert par les grands pontes fatigués et oublieux d’une certaine sincérité.

B. : Maintenant que l'enregistrement de votre album est terminé et sorti chez Eisiger Mond Productions, est-ce que tu aimerais y changer quelque chose ? Globalement, êtes-vous satisfaits du travail de Yamaël ?

LE PISITHANATE : Changer quoi que ce soit à ce disque serait trahir l’esprit qui habitait chaque membre du groupe à l’époque de sa concrétisation. Cette production représente bien plus qu’une simple collection de titres, elle est un espace temps inaltérable et définitivement réel. Transformer ce résultat reviendrait à effacer une partie de sa mémoire, devenir amnésique. Je suis très satisfait du colossal travail accompli par SECOND SPIRIT et EMP. YAMAEL a apporté la touche finale à ce projet, en permettant au disque de voir le jour, ce qui en fait un allier décisif. Le travail de médiatisation fonctionne, XEOHL atteint ses objectifs humblement et le label développe son armature.

B. : À l'heure actuelle, quels sont vos projets ? Des concerts en vue, peut-être ?

LE PISITHANATE : Aucun concert n’a ou ne sera donné. La dernière page de ce chapitre se refermera bientôt. Penser au futur du groupe est pour l’heure une gageure, chaque membre étant impliqué dans d’autres formations, d’autres projets, avec cependant en ligne de mire un concept basé sur un unique morceau, intriquant les nouveaux facteurs musicaux propres à l’évolution. Ne vous attendez pas à un emploi du temps réglé, à un retour fracassant, XEOHL frappe dans le dos.

B. : Qu'est-ce que tu écoutes, en ce moment ?

LE PISITHANATE : En vrac: ZAAR, NERLICH, DEEZIE RASCAL, BRAND X, GRAND BELIAL’S KEY, NAKED CITY, NECRO, MESSIAEN, KOREKYOJIN, L’ATELIER, PAVOR, SOTOS, MZ 412 et tant d’autres artistes qu’en écrire davantage se traduirait par un étalage futile.

B. : Un dernier mot pour la fin ?

LE PISITHANATE : La fin est un point de non retour.

Merci au Pisithanate pour l'éloquence de ses réponses...