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Album

09/12/14 - U-Zine

Cynic

Kindly Bent To Free Us

LabelSeason Of Mist
styleProgressif
formatAlbum
paysUSA
sortiefévrier 2014
La note de
U-Zine
8.5/10


U-Zine

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En général le métal attire l’œil à grands coups de sang ou de cuir enrobant des filles généreusement dotées par la nature. Mais quand on aborde un album de Cynic, on comprend vite que le classement dans les bacs de nos disquaires préférés semble à revoir. Chez Cynic, on a l’art et la manière de faire tourner les têtes. Non pas parce qu’ils font tomber les minettes à tour de bras mais plutôt parce que dès qu’on s’approche de leur monde, on tombe dans un maelström de science et de mysticisme presque post 68. Et les couleurs très « analyses médicales » ou infra rouge de Kindly Bent To Free Us (c’est bon vous pouvez respirer) nous portent déjà loin aux confins de l’esprit et aussi un peu du risible car soyons honnêtes, cette pochette est vraiment laide. Mais on sait aussi que presqu’aucun autre groupe ne pourrait se permettre de telle originalité et être pourtant aussi reconnaissable.

Parce que la marque de fabrique de Cynic c’est avant tout son esprit, son son et sa manière de composer. Et de ce côté, vous ne serez pas dépaysés. Si vous connaissez et appréciez le groupe, vous pouvez d’ores et déjà poser une oreille sur ce troisième album. Car oui, après plus de vingt-cinq ans de carrière, Kindly Bent To Free Usest seulement leur troisième album. Et le pas entre leurs débuts et aujourd’hui est considérable et le statut de groupe culte qu’ils ont acquis en sortant un excellent album, Focus, en 1995 puis en prenant du recul jusqu’à récemment leur a assuré une liberté de mouvement quasi-totale.

Et cette liberté, ils s’en servent pour faire les choses comme ils l’entendent. En premier lieu, ils peuvent sortir un album très travaillé et aussi très court. Pour un groupe de progressif, huit titres et moins de quarante minutes, on peut trouver cela étonnant. Mais après quelques écoutes et une lecture des propos du trio, on comprend qu’ils ont mis l’accent sur la précision et l’aspect fouillé de la composition tant les morceaux fourmillent de détails. D’ailleurs, le rendu sur des titres comme Gitanjali est incroyable. On a l’impression que les musiciens avancent d’un bloc tant la cohésion dans le trio est parfaite : la basse de Malone et la batterie de Reinert poussent les mêmes notes, le même rythme (normal me direz-vous) mais jusque dans ses moindres finesses. On comprend que cela prenne des années pour obtenir une telle cohésion. Et une certaine dose de talent aussi !

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Cynic, il faut émettre une mise en garde : le chant de Paul Masvidal est très souvent retouché au vocoder et parfois un peu geignard, ce qui n’en n’a jamais fait l’atout principal du groupe mais une caractéristique reconnaissable entre mille. L’autre élément de leur personnalité est le duo basse / batterie extrêmement technique et surtout servi par un son qui les met presque plus en avant que la guitare. D’ailleurs si ce dernier est excellent, le groupe a choisi un environnement que l’on pourrait qualifier de « vintage », loin de la froideur des sons modernes. On peut supposer que pour se rapprocher du prog et du jazz, ce choix est de loin le plus cohérent.

Si l’on voulait mettre des couleurs sur Kindly Bent To Free Us, ce seraient des couleurs très lumineuses bien loin de celles que l’on pourrait mettre en voyant le nom Cynic. La triplette de départ : True Hallucinations Speak, The Lion’s Roar et Kindly Bent To Free Us sont des chansons dont l’ambiance est très positive, les mélodies sont douces et solaires. Par douces, je n’entends pas cul-cul ou encore niaises et surtout qui ne renient en rien l’esprit progressif du groupe : le groove du couple de Kindly est travaillé en doublette basse-batterie. Il ne faut pas croire que le métal qui compose le berceau de Cynic est mis de côté, mais ils le fondent à leur sauce : Holy Fallout hausse le ton mais rien ne va droit, les rythmiques sont délicatement tordues ce qui demande à l’auditeur un effort pour s’accrocher.

D’un autre côté, ils ont su aussi pêcher quelques influences récentes comme le clavier sur le refrain de Infinite Shape que l’on pourrait prendre pour du Lucassen (Ayreon). On ressent aussi le mélange des genres avec une grosse part de jazz sur la chanson titre mais aussi du rock prog plus classique : le break sur True Hallucinations Speak est une marque immanquable. On retrouve aussi des riffs de guitare qui sentent le metal plus sombre sur Infinite Shape. Certaines mélodies prêteraient à la médiation comme Moon Heart Sun Head ou Endlessly Bountiful, titre dont l’intérêt est assez discutable sauf comme outro pour l’album tant le contenu ne joue que sur une ambiance presque muzak. On y verrait presque un coucher de soleil après une journée de printemps.

Finalement la rareté a du bon car retrouver Cynic sur album est toujours un plaisir immense. Même s’il est difficile de se laisser embarquer au premier abord et qu’il faut des écoutes approfondies pour profiter de la pleine valeur de leur musique, on se laisse quand même bercer par leurs mélodies. Leur ancrage dans le métal est toujours indéniable même si la distance est réelle avec le cœur du genre. Alors, on se prépare plutôt à un voyage tout en douceur progressive plutôt qu’à la vitesse de la lumière avec Kindly Bent To Free Us. Bien sûr on pourrait revenir un million de fois sur le fait que Cynic reste un groupe légèrement anachronique mais ils l’étaient déjà en 1995, donc ne boudons pas notre plaisir et si vous avez été initié à ce trio, vous savez que vous faites le bon choix.

1. "True Hallucination Speak"
2. "The Lion's Roar"
3. "Kindly Bent to Free Us"
4. "Infinite Shapes"
5. "Moon Heart Sun Head"
6. "Gitanjali"
7. "Holy Fallout"
8. "Endlessly Bountiful"

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